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LA VRAIE LANGUE CELTIQUE




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" Mais ce qui distingue principalement l'organisation fédérative de la Suisse de celle de la Kabylie, c'est, chez la première, le caractère de permanence. La fédération, n'étant chez la seconde qu'accidentelle, est réduite aux proportions d'une alliance née des nécessités du moment et qui cesse avec elles. Le caractère dominant de la constitution Kabyle est donc l'indépendance absolue de la tribu vis-à-vis des autres tribus ; chaque tribu, en un mot forme un état séparé. "

Cette organisation singulière des Kabyles algériens décèle évidemment l'influence gauloise s'exerçant au milieu des anciens Gaetules et Libyes, et il n'y a pas jusqu'aux traits de leur visage qui ne viennent confirmer la présence des Celtes dans le Nord de l'Afrique, puisque, dit encore le général Daumas, " beaucoup de Kabyles ont les yeux bleus et les cheveux roux. " On pourrait attribuer ces caractères naturels au mélange des envahisseurs Vandales : mais comme ce dernier peuple appartenait aussi à la famille de Gomer, il a dû reproduire plus fortement les caractères imprimés dans les Berbers par le premier mélange de sang Gaulois.

On a remarqué avec quelle facilité la langue punique, par ses jeux de mots, savait créer les noms propres d'hommes. Les noms communs

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offrent aussi des combinaisons semblables et représentent en plusieurs monosyllabes associés, des phrases entières avec un sens rigoureux et précis. Nous choisirons dans la langue Kabyles quelques-unes de ces expressions pour que l'on puisse remarquer avec quel soin admirable les mots, substantifs ou verbes, sont composés.

Les anciens habitant de l'Afrique du nord n'élevaient point probablement les abeilles, dont les essaims se propageaient en liberté dans le creux des troncs d'arbres ou les fentes des rochers. Ces abeilles, peu accoutumées au voisinage des hommes et des animaux, tourmentaient cruellement les voyageurs qui passaient près de leur demeure et troublaient par leurs piqûres cuisantes la tranquillité de leur marche. Tel est le sens du mot abeille, en Kabyle, thizizouith, au pluriel thizizoua - to tease (tize), tourmenter - ease (ize) tranquillité, - way (oué) chemin -.

Nous employons pour cette interprétation le pluriel thizizoua ; toutefois en nous affranchissant des terminaisons propres au singulier ou au pluriel, le sens de thizizouith devient encore plus facile et plus clair, puisque c'est alors le bourdonnement de l'insecte qui importune et trouble le repos - to tease (tize) importuner, - ease (ize), repos - to whiz (houiz), bourdonner.

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Le mot miel, en Kabyle tament, reproduit cette pensée que la douceur finit toujours par apprivoiser et dompter - to tame (tème), dompter, apprivoiser, to end, finir.

Les termes puniques sont certainement l'expression exacte des habitudes de ces peuples, et cette vérité se manifeste avec puissance dans le verbe ramper, en Kab. mour'edh. Pour nous, ramper c'est avancer à la manière du serpent, mais pour un Numide, c'est s'engager dans les hautes herbes d'un marécage et aller de l'avant sans être aperçu - moor (mour), marécage, - to head (héd), conduire -.

Le verbe accabler, en Kab. r'ot, nous dit ce que pense ce peuple d'un homme qui se laisse surprendre par la chaleur, raw (râu), neuf, sans expérience, - hot, chaud, brûlant ; - il faut être, en effet, sans expérience de leur soleil brûlant pour s'exposer à ses ardeurs à certaines heures du jour.

Lorsque Salluste nous transmet que les libyes et les Gaetules vivaient comme des nomades, il oublie de nous dire que la terre nue ne leur plaisait guère pour y prendre leur repos ; c'était vraiment une couche trop douloureuse ; aussi avaient-ils soin d'y remédier en étendant leurs membres fatigués sur une bonne " natte " en Kab. aguerthil, - to ake (éke), faire mal,

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être douloureux, - earth (erth), terre, - to heal (hil), remédier à.

Nous pourrions croire que les Numides, à cause de leur nature fougueuse, se plaisaient au bruit et aux querelles ; mais leur langage dément cette pensée ; car un homme se livrant au vacarme est un homme " abject " amekrouth, - to make (méke), faire, - row (raou), bruit vacarme -.

Il y a, dans la langue Kabyle, bien des expressions monosyllabiques ; dans ces mots et leurs correspondants celtiques, il y a toujours une corrélation d'idées frappante. Ainsi moudre, en Kab. zed, se rapporte à to sate (séte), rassasier : embraser, en Kab. serr', dérive de to sear (sir), brûler : nuit, en Kab. idh, vient de to heed (hid), prendre garde : vilipender, en Kab. simes, isames, correspond à to shame (chème) faire honte.

Ce peuple belliqueux connaissait la bonne épée de combat, et, retenue dans la main vigoureuse de ses guerriers, cette épée affilée retombait sur la tête de l'ennemi avec un sifflement aigu ; épée en Kab. se traduit par iskim, - to hiss, siffler, - keen (kin) aigu, affilé.-

Le verbe abdiquer retient dans la langue numide un sens parfait : nous donnons, nous, à cette expression prise en soi, la signification

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d'une renonciation volontaire au souverain pouvoir : les numides y voient un héritier du trône, choisi parfois en toute liberté, et dans bien des circonstances reçu par force, c'est-à-dire imposé : abdiquer en Kab. se traduit par tekher, - to take (téke), prendre, recevoir, - heir (hér), héritier.

Il n'est pas jusqu'à notre vulgaire salière, en Kab. thaqsoult, qui n'ait les honneurs d'un mot composé, - to take (tèke), prendre, - to salt (sâult), assaisonner de sel, saler.

Nous pourrions ajouter d'autres mots Kabyles avec leur décomposition et leur signification en regard ; mais les exemples cités sont assez nombreux pour montrer dans la langue punique une dérivation parfaite du langage qui a précédé Babel.

Nous ne devons point cependant terminer ce court aperçu, sans interpréter le terme aroumi appliqué par le Kabyle au français. Pris collectivement, les français sont connus, en Kabylie, sous le nom de Afransis ; mais le Français pris en soi est, pour le Berber, l'homme qui l'a dompté, qui l'a surpassé en valeur guerrière, devant qui il doit s'incliner comme on s'incline devant la supériorité, et pour renfermer dans un seul mot toute son admiration, le français, c'est " le Grand " - aroumi, - roomy (roumi), grand -.

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Famille de Japhet

I

Gomer et ses fils

Nous avons déjà fait observer que Gomer, fils aîné de Japheth, était l'héritier des qualités corporelles distinguant Japheth de ses frères Sem et Cham. Gomer est la souche de la grande famille celtique, et saint Jérôme ainsi que Josèphe n'hésitent pas à appeler ses descendans Gomériens et Cimmériens. Les Galates établis en Asie appartiennent, d'après saint Jérôme, à la même famille Cimmérienne ou Cimbrique. La plus grande partie de ces Galates étaient des Tectosages, venus du midi de la Gaule à la poursuite d'aventures guerrières.

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Les trois fils de Gomer, Askenez, Riphath et Thogorma sont nommés par l'Ecriture Sainte parce qu'ils étaient chefs de peuples.

Quelques descendans d'Askenez - to ask, réclamer, - keen (kine), très froid, pénétrant, - haze (hèze), brouillard, brume, - se dirigeant vers le nord de l'Europe, ne craignirent pas de se fixer dans un pays aux brumes intenses, tandis que les autres s'établissaient en Asie tout près des Mèdes. Ils devinrent leurs alliés dans la guerre entreprise contre Babylone, et avec ces paroles de Jérémie : " Appelez contre Babylone les rois d'Ararat, de Menni et d'Askenez. " (1)

Josèphe croit que Riphath et ses enfants occupèrent la Paphlagonie, sur les bords méridionaux du Pont-Euxin, et cela paraît bien admissible ; car le nom de Riphath indique un marin très versé dans les manoeuvres se rapportant à la voilure des navires, - to reef (rif), prendre des riz, carguer les voiles, - to add, ajouter -.

Quant à Thogorma que même Josèphe pense avoir habité la Phrygie, son nom

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(1) Jer. c. 51. v. 27.

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dévoilerait l'inventeur des tissus de soie - tow (), filasse, étoupe, - to hawk (hâuk), colporter, - worm (oueurm), ver.

Les autres enfants de Gomer que la Genèse ne nomme pas, demeurèrent sans doute avec lui et constituèrent l'immense famille celtique, qui vint établir le centre de sa domination dans la Gaule, après avoir traversé, en suivant le cours du Danube, l'Europe - to err, aller çà et là, - to hope (hôpe) espérer - encore inhabitée.

Si nous pouvions connaître les anciennes dénominations que les enfants de Gomer ont laissées après eux dans leurs lentes migrations vers l'occident, il nous paraît croyable que ces dénominations seraient aisément expliquées par la langue des Tectosages et fourniraient des renseignements précieux sur leur marche et leurs diverses étapes à travers l'Europe.

II

Tubal et les Iberes

Parmi les frères de Gomer, Tubal est le seul qui nous intéresse en ce moment. Il s'était fixé avec sa famille ou son peuple au pied des montagnes du Caucase entre le Pont-Euxin et la mer

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Caspienne. Cette position fit de Tubal et de ses enfants de hardis marins, et son nom justifie cette pensée, puisque Tubal signifie une maison, une habitation en forme de baquet, - tub (teub) baquet, cuve, - hall (hâul) habitation, salle -.

Ptolémée désigne les descendans de Tubal par le nom de Tobéliens, tandis que Josèphe les connaît sous celui d'Ibériens. Une partie de ces Ibères abandonna le pays où ils s'étaient d'abord propagés, et se mettant, au dire des traditions basques, sous la conduite de Tharsis, neveu de Thubal, ils affrontèrent les périls de la navigation, à la recherche d'une nouvelle contrée dans laquelle ils pourraient s'établir, en conservant leurs habitudes et leurs moeurs particulières. Il est tout à fait curieux de constater que le nom de Tharsis, chef des Ibères émigrants, s'explique par la langue celtique aussi bien que celui de Tubal. Il nous révèle que les vaisseaux des Ibères, quelque forme qu'ils eussent d'ailleurs, étaient parfaitement goudronnés et en état de tenir la mer - tar, goudron, marin, - to size (saïze), enduire d'une matière visqueuse -.

Les Ibères portaient-ils déjà ce nom avant de se diriger vers l'Espagne, ou bien l'ont-ils reçu des Celtes lorsque les deux peuples se sont heurtés au midi de la Gaule ? Il serait bien difficile de l'affirmer d'une manière absolue ; d'ailleurs,

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la solution de cette question ne nous paraît point nécessaire. La seule chose que nous tenions à faire remarquer, c'est que les Ibères formaient une population bien clair-semée, lorsque les Celtes les ont rencontrés et noyés, pour ainsi dire, dans le flot de leur nation immense.

Transportés par leurs vaisseaux sur les côtes de la Péninsules Hispanique, pendant que les Celtes suivaient lentement le cours du Danube, il n'est pas étonnant que les Ibères aient occupé l'Espagne avec tranquillité, et se soient répandus sur le terrain Gaulois encore désert, jusqu'à ce que l'arrivée des Celtes les ait peu à peu refoulés au delà des Pyrénées.

Les Basques se considèrent avec raison comme les véritables descendans des Ibères, ayant pleinement conservé leurs traditions et une langue particulière.

Quelques esprits audacieux auraient voulu faire de ces Basques des hommes primitifs, n'ayant aucun rapport, aucune liaison avec les autres variétés humaines qu'ils auraient précédées dans le monde. Cette pensée est en contradiction complète avec ce que nous dit la Genèse : " Noé avait donc trois fils qui sortirent de l'arche, Sem, Cham et Japheth. Ce sont là les trois fils de Noé : et c'est d'eux qu'est sortie

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toute la race des hommes qui sont sur la terre. " (1)

L'Ecriture-Sainte contenant l'inaltérable vérité, il faut de toute nécessité que la langue basque, que l'on voudrait considérer comme ne se rattachant à aucune autre, ne soit, en réalité, qu'un des nombreux rameaux de langue primitive.

Ce langage, conservé au milieu des montagnes par des hommes de fer, d'une opiniâtreté et d'un courage indomptables, s'est perpétué dans une remarquable pureté et montre dans sa formation une dérivation certaine de la langue parlée par Noé et Japheth, puisque c'est un composé dont les éléments sont pris dans la langue primitive.

La langue basque se trouve par ce fait impuissante à donner aucune dénomination raisonnable, puisque chacun de ses termes forme déjà une phrase complète ; et de la sorte, elle ne possède plus les mots élémentaires, pour les associer et arriver à former des expressions nouvelles énonçant les qualités diverses des hommes ou de la nature dont elle voudrait présenter une idée exacte. Ce fait important explique comment les Ibères ont dû subir les

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(1) Gen. c. IX. v. 18. 19.

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dénominations imposées par le Neimheid Gaulois et qui exprimaient, par l'association des monosyllabes celtiques, ce qu'ils étaient eux-mêmes impuissants à traduire.

Du reste, les noms de Cantabres, Gascons, Vardulles et Ibères qui leur furent donnés, sont pris avec tant de vérité dans le vif de leurs moeurs, qu'il leur était impossible, soit de les changer, soit de les rejeter.

Avant d'expliquer les noms particuliers de ces tribus Ibériennes, nous essaierons d'interpréter quelques mots de la langue basque afin que sa filiation avec la langue primitive reste indubitable.

III

Langue Basque

Il n'est pas sans intérêt de remarquer, par la formation des mots basques, comment s'est faite à Babel la confusion du langage. Les mots nouveaux n'ont plus la même simplicité, ils expriment par l'association des termes primitifs, des propositions tantôt figurées, tantôt relatant un fait historique et réel. Ces combinaisons nouvelles sont aussi faciles à observer dans

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la langue Kabyle que dans la langue basque : néanmoins, celle-ci les reproduit dans une plus grande pureté et permet de saisir, pour ainsi dire, au passage, des pensées philosophiques surprenantes, des peintures de moeurs qui ne laissent rien à désirer.

Dans la langue des descendans de Tubal, " les hommes, ghizônac ", sont des êtres possédant des coutumes, c'est-à-dire, des lois non écrites, et comme la coutume, ou loi non écrite, est la manifestation de la volonté réglée par la raison, cette définition de l'homme par le terme " ghizônac " se rapporte parfaitement aux définitions les plus exactes qui en aient été faites, - guise (guaïse), coutume, - to own (ôn), posséder. - La syllabe ac n'est dans ce mot que la terminaison du pluriel.

Ces êtres à coutumes conservaient précieusement le souvenir des actions hardies, courageuses et les confiaient à la mémoire de leurs enfants pour les transmettre à la postérité, et c'est là le sens de " histoire, kondera " - to con, apprendre par coeur, - to dare (dére), oser avoir la hardiesse -.

L'habitude d'apprendre par coeur les actions d'éclat faites par les guerriers, ne prouve pas cependant que l'écriture fut alors inconnue. Le basque possède le verbe " écrire, ichkiribatzia. "

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L'existence de ce verbe dans la langue suppose évidemment l'emploi de caractères propres à fixer et à transmettre la parole. Nous ignorons sans doute la forme des caractères dont les Basques faisaient usage ; mais cette forme importe peu, puisqu'elle varie avec chaque nation. Nous ignorons encore sur quel papier ils traçaient les caractères de leur écriture ; toutefois, il serait injuste de leur refuser la connaissance et l'emploi d'une substance solide et légère telle qu'étaient les minces lames fournies par le papyrus d'Egypte. Les lames ou tuniques formant la tige du papyrus étaient au nombre de vingt environ. Chaque tunique faisant une feuille, on conçoit qu'une seule tige d'un arbuste de dix pieds de hauteur devait fournir de nombreuses feuilles de toute longueur. Ces feuilles pressées, battues, collées, et polies étaient l'objet d'un commerce important dans le monde ancien, et tous les peuples avaient la faculté d'user de papyrus pour écrire les contrats de vente et d'achat, les lettres et les conventions entre particuliers.

Nous donnons ces détails à cause de l'expression fort curieuse " quire " renfermée dans le verbe basque écrire, " ichkiribatzia. " Quire se traduit en celtique par " une main de papier " et les mots réunis dans ichkiribatzia affirme qu'écrire, c'est avoir la

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démangeaisons d'ajouter, d'accumuler, d'entasser les mains de papier, - to itch, démanger, - quire (qouaïre), une main de papier, - to heap (hip), entasser, accumuler, - to add, ajouter -.

Le teint brun qui fait distinguer avec tant de facilité les Ibères des Celtes, est rappelé dans le mot " visage, bisaiya " ; - bice (baïce), vert pâle, - high (haï), fort foncé en parlant d'une couleur.

Parmi les Celtes on comptait trois classes distinctes de personnes : les prêtres, les nobles et le peuple. Cette constitution se retrouve aussi dans la nation Tubalienne, puisque, à la mort d'un Ibère, l'héritier vassal payait une redevance au seigneur du fief : cette particularité est dévoilée par le terme " heriotzea, la mort ", car heriot en langue celtique, signifie la redevance payée par l'héritier au seigneur du fief à la mort du vassal. Au reste, les usages des celtes semblent revivre dans la langue basque ; ainsi un mort s'exprime par " hilbat ", c'est-à-dire une éminence, hill, un tumulus : la syllabe bat dans hilbat est un article indéfini répondant en français à un et une. L'expression hilbat annonce que les Ibère confiaient leurs morts à la terre, et cependant il est certain que, au moins pendant quelque temps, ils les ont livrés aux flammes.

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L'usage de brûler les morts sur un bûcher a bien pu s'introduire parmi les Ibères d'Espagne, tandis que à l'époque de la formation de leur langue ils suivaient la pratique des autres peuples qui les ensevelissaient.

On sait combien ce peuple se plaisait aux combats : le bruit des armes le faisait sourire, et mourir sur le champ de bataille était la seule ambition d'un guerrier : aussi il n'y a rien de surprenant à ce que le terme mourir " hiltzia ou hiltzea " présente l'image de l'épée, - hilt, poignée d'une épée.

Le " fer, burdina ", ce métal pesant, - to burden, charger embarrasser, - redoutables dans leurs mains guerrières, n'était lourd qu'au bras du lâche ; pour celui-là seul c'était un fardeau, une charge et un embarras.

Soldat invincibles, ils ne pouvaient supporter le déshonneur d'une défaite ; être vaincus, c'était pour eux avoir à subir, honteusement assis sur un banc de leur demeure, les huées outrageantes de l'ennemi : telle est la signification pittoresque de " vaincu, benzutua " - to bench, asseoir sur un banc, - hut, cabane - hue (hiou), huée -.

Quelle ignominie pour des hommes valeureux de se voir exposés, impuissants, aux insultes et à la dérision, pendant que passe légèrement et fièrement au milieu d'eux le triomphant

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" vainqueur, benzutzaïla " - to bench, asseoir sur un banc, - hut, cabane, - to sail (sél), passer légèrement -.

Aussi bien les vainqueurs devaient-ils être sans grande pitié, puisque le " massacre, sackaïla " n'était pour eux qu'un orgueilleux saccagement, - to sack, saccager, piller, - highly (haïli), avec orgueil -.

La langue basque présente dans la composition de ses mots des connaissances matérielles qu'on n'oserait même soupçonner ; ainsi elle assure que la partie des ports où ils amarraient les vaisseaux était fermée par une écluse : c'est là la signification de la " mer, itxasoa " - to hitch, amarrer, - sasse, écluse, - to oowe (ô), être obligé de -.

Hardis marins, les Basques étaient exposés à des naufrages désastreux et ils avaient renfermé dans l'expression elle-même de " naufrage, urigaldua ", ce fait certain ; se hâter de courir directement devant le vent, - to hurry, se hâter, - to gale, courrir devant le vent, - due (diou), directement -.

Les Ibères avaient leurs jours de travail et aussi leurs jours de fête : travailler, c'était exciter à prendre les armes en toute hâte ; tel était le " jour ouvrable, haste eguna ", - to haste, se hâter, - to egg, exciter, -

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gun, arme -. Mais lorsque arrivait le " jour de fête, besta eguna ", malheur à celui qui courait aux armes, car il était violemment maltraité par le bâton - to baste (béste) bâtonner, maltraiter, - to egg, exciter, - gun, arme.

" L'obscurité, ilhuntasuna " seule interrompait les fatigues de la chasse journalière - to heal (hil), apaiser, - to hunt, chasser -, et lorsque, dans leurs courses vagabondes, la lassitude les obligeait à prendre un repos momentané dans l'ombreuse profondeur des bois, cette " ombre, itzala " dévorait l'excès de leur chaleureuse ardeur - to eat (it) dévorer, - zeal, ardeur, - et plaçant sous leur tête une pierre ou un tronc d'arbre, ils appelaient à eux le " sommeil, loghitea " - log, bûche, billot, - to hit, toucher, atteindre -.

Les demeures des Ibères étaient ce qu'elles sont encore aujourd'hui, du moins pour la partie de la population la plus indigente. Ils habitaient des cavernes qu'ils perçaient pendant les jour de pluie et de " mauvais temps, dembora tcharra " - den, caverne, to bore, percer, - shower (chaoueur) ondée, giboulée -.

Ils les garnissaient de branches d'arbres lorsque revenait le " beau temps, d'embora ederra " - den, caverne, - to bore, percer, - to edder, garnir de fagots -.

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Qu'on ne soit point surpris de ces affirmations de la langue basque, puisque dans notre siècle encore, en Espagne, les familles les plus pauvres vivent dans les cavernes ou grottes creusées de leurs mains. La correspondance suivante insérée dans le journal l'Eclair, numéro du 7 juin 1885, donne à ce sujet quelques détails qui ne sont pas sans importance. Le correspondant se rendant à Burjasot, à la suite de la commission officielle envoyée pour étudier les mesures à prendre contre le terrible fléau du choléra, écrit à la date du 6 juin :

" En arrivant, nous avons appris que dans les dernières vingt-quatre heures, il y avait eu dix cas et six décès. Vous savez que ce village compte à peine 2,500 habitants. Nous allâmes visiter quelques cholériques.

" Nous avons trouvé un vieillard dans une de ces grottes qui servent de demeure à une partie de la population pauvre. C'est là une particularité fâcheuse dans les circonstances actuelles. On se sert d'abord des excavations qui se trouvent déjà faites au-dessus du sol ; puis on les agrandit suivant les besoins et l'augmentation de la famille..etc "

On peut voir là qu'il n'est point nécessaire de recourir aux siècles passés pour rencontrer des troglodytes, et qu'il est bien inutile d'imaginer

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à grand frais des systèmes de civilisation progressive pour l'humanité.

Il ne faudrait pas croire que les Basques fussent exclusivement chasseurs. L'agriculture était certainement en honneur parmi eux, et le terme " hildua " qui désigne la terre que soulève la charrue en creusant le sillon - hill, éminence, - due (diou), convenable, - montre que le labour soigné et profond ne leur était pas inconnu. Ils préféraient d'ailleurs les productions du sol aux métaux précieux existant abondamment dans leur pays, puisqu'ils fermaient les yeux au lieu de les ouvrir avidement, lorsque en hersant les champs, leurs regard étaient frappés par l'éclat de " l'argent, cilharra " que leur travail amenait à la surface de la terre cultivée, - to seel (sil), fermer les yeux, - to harrow, herser -.

Les noms de quelques mois de l'année se rapportent aussi aux productions du sol et aux travaux essentiels qu'on devait exécuter. Nous pouvons examiner brièvement la composition et le sens de ces noms.

" Janvier, Urtharrilla. " Le mauvais temps du mois de janvier arrête les travaux de ceux qui voudraient passer la herse dans leurs champs, - to hurt, nuire, - to harrow, herser, - to will (ouil) désirer, vouloir -.

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" Février, Otsaïla. " La chaleur est suffisante pour déterminer la débâcle des glaces des côtes du Pont-Euxin et permet de mettre à la voile - hot, chaud, - to sail (séle), mettre à la voile -.

" Mars, Martchoa. " Les pluies continuelles de mars changent forcément les terrains en marécages - marsh, marais, un lieu marécageux, - to owe (ô), devoir -.

" Avril, Aphirila. " Désirer que les céréales présentent bientôt l'image de l'épi - to ape, présenter l'image, - ear (ir) épi de blé, - to will (ouill), désirer.

" Mai, Maiyatza. " Aux épis souhaités viennent s'adjoindre, en mai, les brillantes fleurs des champs - to may (), cueillir des fleurs, - to add, ajouter -.

" Juin, Erearoa. " S'agiter pour passer la herse dans les champs - to hare (hère), s'agiter, - to harrow, passer la herse -.

" Juillet, Uztaïla. " Différer les grandes réunions, les assemblées, sans doute à cause de la chaleur - to hustle, remuer ensemble, - to while (houaïle), différer -.

" Août, Agorilla. " Les ruisseaux cessent de couler - ago, passé - to rill, couler, ruisseler -.

" Septembre, Bûruïla. " Désirer de se terrer, de s'enfermer dans les cavernes affectées à

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l'habitation, - to burrow (beurrô), se terrer, se retirer sous terre - to will (ouill) vouloir, souhaiter -

" Octobre, Urria. " Se hâter dans les travaux des champs - to hurry (heurri), se presser.

" Novembre, Hazila. " La brume se traîne sur les collines - to haze, faire un temps brumeux, - hill, colline -.

" Décembre, Abendoa. " Se couvrir de vêtements de laine - abb, trame de laine, - to endue (endiou), se revêtir.

Les périphrases employées dans la langue basque sont plus sensibles encore dans l'expression de certains faits naturels comme le lever et le coucher du soleil, le lever et le coucher de la lune.

" Le lever du soleil, iruzki atheratzea " présente le sens suivant : celui qui est fatigué, déteste d'entendre bourdonner dans l'air - to hear (hir), entendre, - to huzz (heuzz), bourdonner, - sky (skaï) air, - to hatter, harasser, - to hate, détester -.

" Le coucher du soleil, iruzki sartzea " accuse une formation semblable : le cultivateur arrivé au soir, déteste d'entendre bourdonner dans l'air, - to hear (hir) entendre, - to huzz, bourdonner, - sky, air - sart, terrain cultivé -.

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" Le lever de la lune, ilhargi atheratzea. " L'homme harassé de fatigue déteste de vouloir prêter l'oreille aux cris, - to will (ouill), vouloir, - to harck, prêter l'oreille, - hue (hiou), cri, - to hatter, harasser, - to hate, détester -.

" Le coucher de la lune, ilhargi sartzea. " Le cultivateur désire de prêter l'oreille aux cris, - to will (ouill) désirer, - to harck, prêter l'oreille, - hue (hiou), cri, - sart, terrain cultivé -.

Examinons encore d'autres expressions dont l'explication servira à placer la langue basque dans tout son jour, c'est à dire, comme dérivant pleinement de la langue primitive.

" Le matin, goïza " ; marcher avec facilité - to go, marcher, - ease (ize) ; aise, facilité -

" Midi, eghuerdi " ; moment où cesse la croissance de la lumière solaire et où commence sa décroissance - to egg, pousser, - hour (haour), moment, heure, - day (), jour -.

" Le soir, arratxa " ; courir en hâte vers le logis - to hare, courir - rath, en hâte -.

" Minuit, gaûherdi " ; aller vers l'heure, le moment du jour - to go, aller, - hour (haour), heure, - day (), jour -.

" Un champ, landa bat. " - Land, terre, - bat correspond à un.

" Une source, ithurri beghi bat. " Commencer

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à hâter sa course - heat (hit), course, - to hurry, hâter, - to begin (biguin), commencer.

" Une fontaine, ithurri bat. " Précipiter sa course, - heat (hit), course, - to hurry, précipiter.

" Cabane, etchôla. " Une foules de têtes sous le même toit, - head (hèd), tête, - shoal (chôl), une foule, une troupe.

" Epingle, ichkilin. " L'extrême propreté était bien loin de briller dans les hôtelleries où s'arrêtaient d'infortunés voyageurs consciencieusement armés d'une épingle : on comprend aisément de quels insectes dégoûtants et agaçants il est ici question, - to itch, démanger, - to kil, tuer, - to inn, loger dans une auberge.

" Maison, etchea. " Une tête qui médite, - head (hèd), tête, - to chew (tchou), méditer.

" Cave, sotua. " Partie de la maison où l'on pourrait devenir hébété à force de boire, - to sot, devenir hébété à force de boire, - how (haou), de quelle manière.

" Le tonnerre, ihurtzuria. " Voir en haut l'éclair qui est sûr de faire du mal, - sure (choure) sûr, - to eye (), voir.

" Les ténèbres, ilhumbeak. " Apaiser les bourdonnements, les aboiements et les bêlements

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- to heal (hil), apaiser, - hum, bourdonnement, - to bay (), aboyer, bêler -.

" S'aveugler, itxutzea. " L'oeil se referme par l'effet d'un coup, - to hit, donner un coup, to shut (cheut) se refermer -.

" Se casser l'os de la jambe, zango bat aûstea. " Gâter l'os de la jambe, - shank, l'os de la jambe, - bat, une - to waste (oueste), gâter -.

" Pleurs, nigarrac. " Refuser le nécessaire, - to niggard, refuser le nécessaire -.

" Rival, yelosstarria. " Pousser des cris d'horreur à la vue de l'ennemi et l'attaquer pour le piller, - to yell, pousser des cris d'horreur, - to host, attaquer, to harry, piller -.

" Famille, maïnada. " Ajouter l'essentiel, c'est-à-dire les enfants, - main, essentiel, - to add, ajouter -.

" L'honneur, ohorea. " Etre obligé d'avoir les cheveux blancs, - to owe (ô), être obligé, - hoar (hôre), qui a les cheveux blancs -.

Nous pourrions ainsi interpréter une foule d'autres termes pris dans la langue basque, mais comme ils sont moins intéressants que ceux que nous avons cités, nous les passerons sous silence, et nous terminerons cette série déjà assez longue par une expression prouvant que de tout temps la grande instruction et la

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doctrine élevée ont conduit les hommes à la " gloire, loria, - lore, doctrine, instruction, - to eye (), avoir l'oeil sur -.

IV

Les Cantabres - Les Iberes - Les Kjoekken-Moeddings du Danemark

Le langage des Ibères était de nature à surprendre vivement les Celtes : aussi, tout étonnés de n'en point saisir le sens, ils décorèrent les descendans de Tubal du nom de Cantabres, - to cant, parler un certain jargon, - abroad (abraud), à l'extérieur, - enveloppant ainsi dans une expression parfaite le langage fort curieux de ce peuple et son arrivée par mer dans la péninsule Hispanique.

Les Ibères, en s'établissant dans le Sud-ouest de l'Europe, ont choisi pour demeure les Pyrénées en souvenir de leur séjour dans les montagnes du Caucase. Ce choix avait bien sa raison ; car en changeant de pays, ils n'entendaient point changer de manière de vivre. Placés dans la région pyrénéenne, qui était pour eux comme un point central, ils avaient, en se dirigeant du côté du Nord, un magnifique terrain de chasse

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comprenant toute la terre gauloise encore déserte, où les fauves ne leur feraient point défaut. Du reste, ils possédaient tout ce qui est nécessaire pour de longues courses. Une santé de fer, un courage à toute épreuve et l'habitude de chasser toute espèce de bêtes sauvages. Ils n'avaient point à s'embarrasser de provisions ; le gibier tué à la chasse suffisait à des jours nombreux. Une seule chose était indispensable, lorsque, rencontrant une caverne propre à servir d'abri temporaire, ils désiraient préparer, à un ardent foyer, le repas nécessaire ; c'était le silex, dont le nom basque est suarria, c'est-à-dire, un trait de lumière ou étincelle courant çà et là par l'effet du choc de deux objets dont l'un, le silex, est penché de côté, et l'autre, acier ou fer, est brandi, - to sway (soué), faire pencher de côté, brandir, - to hare, courir çà et là, - ray (), trait de lumière. -

Les armes employées dans leurs chasses lointaines ne différaient guère sans doute de celles qu'ils avaient plus tard à la main dans la lutte soutenue contre les Gaulois, et on ne peut, sans injustice, leur refuser les armes de fer, puisque ce mot existe dans leur langue. De longs mois pouvaient s'écouler entre le départ des chasseurs Ibères et le retour au foyer domestique, et ils mesuraient leur éloignement au

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moyen de certains objets comme lamelles de pierre tendre, ou bien morceaux de bois de renne, sur lesquels ils marquaient par des lignes ou des encoches les jours déjà écoulés depuis qu'ils avaient quitté leur demeure habituelle. Dans la caverne de Bize (Aude) un explorateur, M. C.Cailhol, a recueilli une lamelle de pierre assez tendre portant nombre d'encoches sur les bords ; dans la grotte d'Arignac (Haute-Garonne), M. Edouard Lartet en fouillant le sol (1860), " y trouva quantité d'ossements de l'ours des cavernes, de l'aurochs, du renne, du cheval, etc.. " et dans une plate forme placée au devant de la grotte, au milieu de débris très intéressants, " une lame de bois de renne accidentellement coupée aux deux bouts, dont l'une des faces, parfaitement polie, offre deux séries de lignes transversales également distancées entre elles, et dont les bords latéraux sont marqués d'encoches plus profondes, assez régulièrement espacées. M. Lartet voit dans ces lignes et ces entailles des signes de numération, et M. Steinhauer a émis l'idée que ce sont des marques de chasse. " (1)

Des accidents multipliés survenaient sans doute aux Ibères dans la poursuite des fauves, plusieurs

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(1) L'homme primitif, par M. Louis Figuier.

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n'ont point revu le foyer et ont été ensevelis dans les cavernes bien connues des chasseurs. Dans la grotte d'Aurignac fermée par une dalle, " le terrassier Bonnemaison découvrit, en 1852, les restes de dix-sept squelettes humains. " (1) L'abris de Cro-Magnon (Dordogne), fouillé par M. Louis Lartet en 1868, lui a livré plusieurs squelettes humains.

" Cet abri, dit M. Louis Figuier, aurait servi, suivant M. Louis Lartet, de rendez-vous de chasse, d'habitation et enfin de lieu de sépulture. Sept morts y avaient été inhumés ; on a pu recueillir les restes de ces squelettes, mais trois crânes seulement sont à peu près intacts.

" Est-il permis, ajoute M. Louis Figuier, de savoir à qu'elle race appartenaient les hommes de la sépulture de Cro-Magnon et de se faire, par conséquent, une idée de la race humaine qui a vécu dans nos contrées aux temps du grand ours et du mammouth ? La race de Cro-Magnon n'est pas aussi différente de toutes les races anciennes ou modernes que le pense M. Broca. Selon M. Pruner-Bey, tous les crânes décrits jusqu'ici, et se rapportant à l'époque du grand ours et du mammouth, sont

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(1) L'homme primitif, par M. louis Figuier.

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" analogues à ceux des esquimaux et des lapons de nos jours. M. Pruner-Bey appelle race mongoloïde primitive ces premiers habitants de notre sol. Nous verrons plus loin que des crânes et d'autres débris retrouvés en Belgique, par M. Dupont, à solutré, dans le Mâconnais, par M. de Ferry, et à Bruniquel par M.Brun, enfin les mâchoires provenant d'Aurignac et d'Arcy-sur-cure, confirment cette conclusion.

" Les hommes appartenant à la race mongoloïde primitive avaient la tête généralement arrondie, le visage taillé en losange, les mâchoires et les dents un peu dirigés en avant, enfin, selon toute probabilité, le teint brun et les cheveux noirs et durs... Il existe encore des restes de cette race mongoloïde primitive : ce sont les Basques... " (1)

Les Ibères ont donc laissé des traces non équivoques de leurs habitudes de chasseurs et les restes de grand ours et de mammouth retrouvés abondamment dans les cavernes attestent que la chair de ces animaux entrait dans leur alimentation. Le nom porté par les Ibères confirme pleinement toutes ces appréciations, en déclarant qu'ils étaient chasseurs d'ours et que la chair des ours étaient leur nourriture habituelle - to eat (it), manger, - bear (bér), ours.

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(1) L'homme primitif par M. Louis Figuier, page 113.

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Le peuple Ibère n'est point le seul qui ait laissé dans le sol des traces sensibles de ses moeurs. Un autre peuple de notre Europe, non seulement chasseur mais encore pêcheur a abandonné la connaissance de son alimentation aux investigations patientes des savants. Les détails donnés, à ce sujet, par M. Louis Figuier sur les amas coquilliers du Danemark, présentent un si grand intérêt que nous ne saurions résister au désir d'en citer la partie la plus importante.

" Placée au dernier rang, dit M. Louis Figuier, par l'étendue de son territoire et le nombre de ses habitants, la nation Danoise est pourtant l'une des plus grandes de l'Europe par la place qu'elle a su conquérir dans les sciences et les arts. Ce vaillant petit peuple possède une foule d'hommes distingués qui font honneur à la science. Les patientes recherches de ses archéologues et de ses antiquaires ont fouillé la poussière des âges pour ressusciter un monde disparu. Leurs travaux, contrôlés par les observations des naturalistes, ont jeté un jour éclatant sur les premières étapes de l'humanité.

" Aucune terre n'est d'ailleurs plus propre que le danemark à de pareilles investigations. Les antiquités s'y rencontrent à chaque pas : il ne s'agit que de savoir les interroger pour en tirer d'importantes révélations touchant les

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" moeurs, les coutumes et l'industrie des populations antéhistoriques. Le Musée de copenhague, qui renferme des antiquités de divers états scandinaves, est sans rival dans le monde.

" Parmi les objets classés dans ce riche musée, on remarque un grand nombre provenant des Kjoekken-moeddings.

" Et d'abord, qu'est-ce que ces Kjoekken-moeddings, dont le nom est si rude à prononcer pour une bouche française, et qui nous apprend suffisamment qu'il s'agit ici de l'âge de la pierre ?

" Sur différents points des côtes danoises, particulièrement dans la partie septentrionale, où la mer a découpé ces criques étroites et profondes connues sous le nom de fiords, on remarque d'énormes accumulations de coquilles. En général, ces dépôts ne sont élevés que d'un mètre au-dessus du niveau de la mer ; mais, dans quelques lieux escarpés, leur altitude est assez grande...

" Que rencontre-t-on dans ces amas ? Une énorme quantité de coquilles marines, et surtout de coquilles d'huîtres, des ossements brisés de mammifères, des restes d'oiseaux et de poissons, enfin des silex grossièrement taillés.

" On avait pensé d'abord qu'il ne s'agissait là

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" que de quelque banc de coquilles fossiles, terrain autrefois submergé et qui aurait été rendu apparent par un soulèvement du sol, dû à une cause volcanique. Mais un savant danois, M. Steenstrup combattit cette opinion en se fondant sur ce fait, que les coquilles proviennent de quatre espèces qui ne vivent jamais ensemble, et qu'elles ont dù, par conséquent, être rassemblées par l'homme. M. Steenstrup faisait également remarquer que ces coquilles avaient appartenu, pour la plupart, à des individus arrivés à leur pleine croissance, qu'on n'y en voyait presque jamais de jeunes. Une telle singularité indiquait évidemment une intention raisonnée, un acte de la volonté humaine.

" Lorsqu'on eut découvert dans les Kjoekken-moeddings tous les débris que nous avons énumérés, lorsqu'on y eut trouvé des restes de foyers, sortes de petites plates-formes qui conservaient encore la trace du feu, on devina l'origine de ces immenses amas coquilliers. Il y avait eu là des peuplades qui vivaient de pêche et de chasse, et qui jetaient autour de leurs cabanes les restes de leur repas, consistant surtout en coquillages. Peu à peu ces débris s'étaient accumulés, et avaient constitué les bancs considérables dont il s'agit. De là le nom de Kjoekken-moeddings, composé de deux mots :

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" Kjoekken, cuisine, et moeddings, amas de rebuts. Les Kjoekken-moeddings sont donc les rebuts des repas des populations primitives du Danemark.

" ... Il est bon de faire remarquer que le Danemark n'a pas le privilège des amas de coquilliers. On en a découvert en Angleterre, dans le pays de Cornouailles et le Devonshire, en Ecosse, et même en France, près d'Hyères (Bouches-du-Rhône).

" Les espèces de mollusque dont les coquilles forment la masse presque entière des Kjoekken-moeddings sont l'huître, le cardium, la moule et la littorine.

" Les arêtes des poissons se trouvent en grande abondance dans les amas coquilliers. Elles appartiennent au hareng, au cabillaud, à la limande et à l'anguille. On peu en inférer que les habitants primitifs du Danemark ne craignaient pas de s'aventurer sur les flots dans de frêles esquifs : le hareng et le cabillaud ne se pêchent en effet qu'à une assez grande distance des côtes.

" Les ossements des mammifères sont aussi fort répandus dans les Kjoekken-moeddings. Les plus communs sont ceux du cerf, du chevreuil et du sanglier, qui, au dire de M. Steenstrup, y figurent pour les 97 centièmes. Les autres proviennent de l'urus, de l'ours brun, du loup,

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" du renard, du chien, du chat sauvage, du lynx, de la martre, de la loutre, du marsouin, du phoque, du rat d'eau, du castor et du hérisson.

" De quelques espèce d'oiseaux dont on recueille les restes dans les Kjoekken-moeddings, la plupart sont aquatiques, fait qui s'explique naturellement par la situation de l'homme sur les bords de la mer. " (1)

L'interprétation par la langue celtique de Kjoekken-moeddings confirme et éclaire puissamment l'exposé de M. Louis Figuier sur les amas coquilliers du Danemark. Ces amas sont vraiment des rebuts de repas, et le mot savamment combiné de Kjoekken-moeddings indique avec assurance, que l'on rejetait tout ce qui aurait été douloureux à la bouche, c'est-à-dire, les arêtes aiguës, les entrailles et la tête des poissons - jaw (djâu), bouche, - to ake (éke), être douloureux, - keen (kin), aigu, - maw (mâu), panse, - head (hèd), la tête, - to ding (digne), jeter avec violence, - jawakekeen-mawheadding -.

Le peuple dont les rebuts de repas ont produit les amas coquilliers est-il tellement primitif que l'histoire n'en ait conservé aucun souvenir ? M. Louis Figuier signale avec juste raison des

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(1) L'homme primitif par M. Louis Figuier.

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amas semblables en Angleterre, dans le pays de Cornouailles et le Devonshire, et cela n'est guère surprenant, puisque la tribu de pêcheurs qui a fait les kjoekken-moeddings du Danemark, a pu, du moins pendant quelque temps, conserver ses moeurs anciennes, quand elle s'est emparée de l'Angleterre d'une manière définitive. Cette tribu appartenait aux Tectosages établis entre le Rhin et l'Oder ; c'était celle des Angles, - to angle, pêcher à la ligne, - et ce nom significatif dit trop haut les occupations habituelles de ce peuple, pour que l'on puisse sérieusement refuser de le reconnaître comme l'auteur des Kjoekken-moeddings.

Cette digression sur les amas coquilliers du Danemark ne doit point nous faire perdre de vue les Ibères et leurs chasses dangereuses au grand ours des cavernes. L'habitude de la chasse à l'ours n'est pas encore disparue des moeurs des Basques, et, chose remarquable, dans les contrats de mariage, les pères de famille, aujourd'hui même, attribuent en dot à leurs enfants une part de possession d'ours, soit un quart, un tiers ou une moitié, suivant le nombre des enfants à doter. Les receveurs français de l'enregistrement connaissent très bien cette particularité, et ne négligent point de percevoir les droits de l'Etat sur cet apport en valeur d'ours.

On ignore l'époque précise où les Ibères vinrent

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aborder sur la terre d'Espagne. Quelques historiens fixent leur émigration dans l'année 523 après le déluge, c'est-à-dire, 1824 ans avant jésus-Christ. Ce serait ainsi dans le même siècle où Inachus, le plus ancien de tous les rois connus par les Grecs, fonda le royaume d'Argos, tandis qu'en Orient, Abraham laissait par sa mort (1821 avant jésus-Christ) son fils Isaac héritier de sa foi, de sa puissance et des promesses divines.

V

Les Gascons - Les Occitani - Les Aquitains et leurs tribus - Auch - Bordeaux

Les Celtes avaient imposé aux descendans de Tubal certaines dénominations dans lesquelles se révélaient des coutumes que le siècles n'ont pu effacer. Ainsi, le nom de Vardulles a été donné à une tribu ibérienne à cause de l'habitude de ces peuples de conserver sur leurs épaules, et le jour et la nuit, une espèce de manteau - to ward, garder, - hull, couverture extérieure, manteau, - et on sait que les fils des Vardulles ne dérogent point à cet usage.

Il n'entre point dans notre pensée d'examiner tous les noms des tribus ibériennes ; il faut faire

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néanmoins une exception bien méritée pour les Vascons ou Gascons.

" D'après l'histoire, les Basques avaient le privilège de former l'avant-garde des armées carthaginoises, et de se mesurer les premiers avec l'ennemi. " Leur réputation de courage indomptable était si bien établie, que " César n'osant point traverser la Vasconie, tant il les redoutait, se rendit en Espagne, pour éviter leur rencontre, par la vallée d'Aspe, dans le Béarn. " (1)

Les Gascons ont donné leur nom à notre Gascogne française. On ne peut guère dire que leur établissement dans l'Aquitaine ait été un envahissement, car les Aquitains étaient pour eux des frères, et les Gascons étaient venus à leur secours pour combattre le joug de la domination que Clovis cherchait à leur imposer. Nous les voyons d'abord sous les enfants de Clovis établis jusqu'à la rive droite de l'Adour, et plus tard, vers l'année 626 après Jésus-Christ, occupant la Novempopulanie tout entière qui désormais s'appelle Gascogne.

Ils ont reçu leur nom étrange de la chaussure particulière qu'ils avaient adoptée et que leurs descendans n'ont point abandonnée. Gaskins,

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(1) Guide Français-basque par M. L. Fabre.

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en langue celtique, signifie une large chaussure à l'antique. C'est la sandale qu'en Languedoc on nomme spardillo, en Catalogne spadrilla, et que les Basques appellent spartinac. Il est loin de manquer de sens le mot spartinac : il est composé du verbe to spar, préluder au combat, et de l'adjectif thin (thinn), délié, clair-semé, peu nombreux.

Cette chaussure légère permettait aux Basques de se livrer à la guerre d'embuscades : doués d'une agilité rare, et pour ainsi dire insaisissables, ils avançaient peu nombreux, préludant au combat par des coups sûrs et isolés qui devaient singulièrement étonner leurs ennemis. Ce terme spartinac nous montre dans son vrai jour le caractère du génie guerrier des Basques : ils étaient dans ces temps reculés ce qu'ils sont encore aujourd'hui, des guerrilleros.

Après nous avoir donné la signification des noms des tribus ibériennes, la langue celtique nous expliquera avec la même facilité ceux des tribus vivant dans l'Aquitaine. Dans cette partie de la Gaule, la famille celtique a laissé les traces les plus grandes et les plus fortes de son mélange avec la famille ibérienne. Tous les auteurs ont reproduit les traits différents de caractère qui séparent les Ibères et les Celtes : ceux ci étaient gais, légers, ardents, aimant les combats

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et prompts à l'attaque ; les Ibères au contraire étaient graves, sérieux, presque sombres, aimant aussi la guerre et la soutenant avec une opiniâtreté invincible. Lorsque les deux peuples se sont rencontrés, le choc a dû être terrible. Après avoir combattu pour la possession du pays, rapporte Diodore de Sicile, les Celtes et les Ibères l'ont habité en commun, en vertu d'un accord pacifique, et ils se sont mêlés par des alliances. De ce mélange est sortie la nation Celtibérienne, dans laquelle le sang ibère est resté prédominant.

Les Aquitains qui, d'après leurs traditions, ne seraient pas issus des Celtes, appartiennent à la famille Celtibérienne, car s'ils se rapprochent fortement des Ibères par les traits et les moeurs, ils n'en ont pas moins adopté les habitudes et les institutions des Celtes. Nous en présenterons une preuve dans l'institution des soldures, qui nous paraît être absolument celtique quoiqu'on l'attribue généralement à la nation ibérienne.

" Une institution qui lui est particulière (à l'Aquitaine), et qui est étrangère aux Gaulois, dit le très estimable auteur de l'Histoire de la Gascogne, l'abbé Monlezun, est celle des solduriens, ou plutôt saldunes (de l'Escualdunal, zaldi ou saldi, cheval ; salduna, qui a un cheval, cavalier, l'eques romain) ;

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on nommait ainsi des soldats qui se vouaient à un chef, partageaient à jamais sa destinée ou plutôt s'identifiaient tellement avec lui qu'il n'est pas d'exemple qu'un seul lui ait jamais survécu. (1) Dès que le chef succombait, on les voyait chercher dans la mêlée un mort glorieuse, et s'ils ne pouvaient l'y trouver, ils revenaient se percer sur le corps de celui qui avait leur foi. "

On peut observer que dans le récit de la guerre contre les Aquitains, César parle seulement de l'institution des soldurii, sans affirmer d'ailleurs que les soldures n'existassent point dans les autres parties de la Gaule. Ce terme de soldures, qui dans la langue basque n'offre aucune idée à l'esprit, présente, au contraire, dans la langue des Tectosages, un sens parfaitement en rapport avec lui, et accidents de la guerre ne les sépareront pas ; la vie, à la mort ; il vivra ou mourra avec lui, et les accidents de la guerre ne les sépareront pas ; la vie du soldure ne durera pas plus que la vie de son chef. - Soul (sôl), vie, âme. - to dure (dioure), durer.-

De nos jours encore, le soldat ne se nomme-t-il pas soldier, dans l'anglo-saxon ? D'où provient ce soldier, sinon de soldure (soldioure), et comment

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(1) J.César, de bell. gall. lib. III, 22.

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ce terme existerait-il dans l'anglo-saxon, si l'institution des soldurii eût été particulière aux Ibères ? Cette institution, qui, nous semble-t-il, est commune aux Celtes et aux Celtibères, nous indique comment, sur le sol aquitain, s'était opérée la fusion des deux familles.

Le nom d'Occitania a été employé pour désigner l'Aquitaine. " Charles VII, dans l'ordonnance portant érection du Parlement de Tolose, la nomme Patria Occitania : ce qui a donné sujet au pape Innocent VI, dans son registre, d'appeler ce païs Occitania. Mais communément et le plus souvent il est nommé dans les anciens actes patria linuae Occitaniae. " (1)

L'auteur des Mémoires de l'Histoire du Languedoc voudrait, à cause de la première syllabe d'Occitania, appliquer ce terme au languedoc, mais cette expression, désassemblée et interprétée par la langue celtique nous montre avec la dernière évidence que les Occitani étaient les habitants des côtes maritimes qui enserrent le golfe de Gascogne, c'est-à-dire, les Aquitains et les Cantabres.

La réputation des Basques et des Cantabres comme intrépides marins n'a jamais été contestée, et ce n'est pas sans raison qu'ils s'attribuent

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(1) Mémoires de l'Histoire du Languedoc par G. de Catel.

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l'honneur d'avoir, les premiers, donné la chasse à la baleine. Du reste, si les baleines tombaient peut-être rarement sous leurs coups, il n'en était pas de même des marsouins, et cette chasse habituelle aux marsouins leur a valu le nom d'Occitani - hog-sea (hogsi), marsouin, - to hit, frapper, - hand, la main - hogsihithand. - Le terme Occitani était donc un nom général désignant les pêcheurs du golfe de Gascogne. Les Celtibères de l'intérieur du pays compris entre l'Océan, les Pyrénées et la Garonne, avaient reçu une autre dénomination, générale aussi, celle d'Aquitani. Les Basque appellent dit-on, leur langue, l'Escualdunac : c'est le langage des dompteurs de chevaux, dompteurs au visage sombre et refrogné - scowl (skaoul), air sombre et refrogné, - to down (daoun), dompter, - hack, cheval.- Le titre de dompteurs de chevaux n'appartient pas aux seuls Basques, il doit être partagé par les aquitani, et cette communauté de goûts et de moeurs nous semble un trait remarquable d'affinité, qu'il ne faut point négliger.

Il eut été difficile aux Aquitains d'être de mauvais cavaliers, car leur pays était fécond en chevaux renommés.

Le savant Bénédictin, Dom Martin, à qui les auteurs modernes ont emprunté les détails les

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plus curieux sur les moeurs, le gouvernement et la religion des celtes, comprenait que cette production de magnifiques chevaux avait eu une grande influence sur le nom donné à l'Aquitaine. Aussi avance-t-il que ce pays s'était d'abord appelé Equitaine, du latin, equus, cheval. La sagacité remarquable du docte religieux n'était guère en défaut, car c'étaient encore de hardis dompteurs de chevaux, que ces Aquitani - hack, cheval, - to cow (kaou) intimider, - to hit, frapper, - hand, main, - hackcowhithand. -

La passion du cheval est-elle disparue du coeur des Aquitains modernes ? Il est certain qu'elle possède encore le même degré de vivacité, malgré les changements apportés par les siècle dans les habitudes : les exercices équestre d'un cirque quelconque suffisent, en effet, pour exciter dans l'âme des Aquitains et des Gascons un intérêt et un enthousiasme qui ne saurait être contenus.

Les tribus qui vivaient dans l'Aquitaine étaient au nombre de quarante environ, parmi lesquelles neuf principales ont fait donner par les Romains à ce pays le nom de Novempopulanie. Nous examinerons les nom de quelques-unes de ces tribus avec ceux de plusieurs villes, et nous constaterons qu'ils appartiennent tous à la langue celtique.

Les Tarbelli occupaient les côtes de l'Océan, et

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Ausone n'hésite pas à appeler le golfe de Gascogne, l'Océan Tarbellien. Strabon prétend que leur pays était riche d'un or excellent : cependant les mines d'or de la contrée n'étaient pour rien dans le nom qu'ils portaient. Marins soigneux et prévoyants, ils savaient goudronner leurs barques légères pour lutter contre l'action destructive des eaux de la mer - to tar, goudronner, - to belly, bomber.- A l'extrémité de leur territoire, du côté de l'Espagne, les Tarbelli possédaient une ville, Lapurdum, dont le nom a servi plus tard à désigner le pays de Labour ou Labourdan. On croit que c'est Bayonne (1) Lapurdum, l'ancien Bayonne, devait être placé sur les bords de la mer, puisque les flots de l'Océan Tarbellien arrivaient jusqu'à lui, - to lap, lécher, - ord, bord, - Lapord. -

Les bigerriones dont parle César, occupaient le pays dont Tarbes est aujourd'hui le chef lieu.

" De bigerriones est venu le nom de bigorre qui désignait anciennement un château fort défendant la ville de Tarbes. Deux de ses premiers pasteurs, Aper, dans le concile d'Agde, et St-Julien dans le quatrième concile d'Orléans, s'intitulent, l'un, évêque de la cité de Bigorre, civatis Bigorritanae, et l'autre, évêque

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(1) Histoire de la Gascogne par l'abbé Monlezun.

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de la cité Bigerricae. Grégoire de Tours ne la nomme jamais autrement. " (1)

Quelques auteurs ont cru pouvoir faire dériver Bigorre de deux mots basques, bis, deux, gora, hauteur ; mais cette interprétation par le basque n'offre aucun sens précis.

Ausone appelle ce petit peuple bigerri, et parait bien qu'il nous a transmis avec le véritable nom, la prononciation la plus exacte. Ces montagnards étaient des dévastateurs, des pillards dont l'intrépidité n'avait jamais fléchi. C'est là le trait de moeurs retracé dans Bigerri d'Ausone - big, courageux, to harry (herri), piller, dévaster -.

Les Auscii formaient dans l'Aquitaine la tribu la plus puissante. Les anciens géographes donnent à leur ville principale le nom de climberris. Nous croyons bien à une erreur de leur part ; ils n'ont point saisi le sens exact de ce terme, distinctif d'une contrée entière, car Auch n'a jamais pu voir varier son nom qu'il a emprunté aux Auscii. Du reste, il nous semble qu'on peut découvrir la vérité par la signification de Climberris qui devait s'appliquer à toute la contrée comprenant aussi bien la ville d'Auch que celle d'Eluse. Tout ce pays produisait des baies et des grains -

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(1) Histoire de la Gascogne par l'abbé Monlezun. Notes.

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clime, région, pays, - berry, baie, grain, - Climeberry -. Pourquoi aurait-on attribué à une seule ville la production des grains et des baies de raisins, dès lors que c'était là une production générale de la région ? Et qu'on ne soit pas étonné de voir les baies de la vigne, les raisins entrer dans la composition de Climberris, car la vigne existait dans les Gaules à l'état sauvage. Un temps considérable s'était écoulé peut-être sans qu'on ait songé à sa culture, et l'histoire semble faire honneur aux Grecs d'avoir enseigné aux Celtes à faire le vin, ce qui nous paraît d'ailleurs fort douteux, les Gaulois étant aussi avancés que les Grecs dans la civilisation matérielle, et supérieurs aux fils de Javan dans la sciences philosophique et religieuse.

Nous avons déjà dit qu'Auch avait emprunté son nom aux Auscii et était leur ville principale. En cherchant à donner à Auch une prononciation celtique, on est forcé de dire Aouch et c'est probablement l'appellation véritable de cette ville, s'écrivant en anglo-saxon Ouch, et se prononçant Aoutch.

Ouch signifie collier d'or, enchâssure d'une pierre précieuse, et Auscii désigne les ouvriers habiles, appliqués au travail des métaux précieux et fabriquant ces magnifiques colliers d'or dont les guerriers ornaient leur poitrine dans les

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grands jours de joie qui, pour eux, étaient les jours de combat - ouch (aoutch), collier d'or, - hew (hiou), tailler -

Les Auscii pouvaient aisément se rendre habiles dans les ouvrages d'or ; ce métal était presque à fleur de terre dans leur région, et divers historiens prétendent que les avides marchands Grecs et Phéniciens, revenant dans leur pays, donnaient pour lest à leur vaisseaux l'or recueilli dans les Pyrénées.

La richesse de l'Aquitaine en chevaux avait séduit une fraction des Bituriges-Cubes (du Berry), et ils se détachèrent du gros de la tribus pour se fixer à l'embouchure de la Gironde. Les Bituriges-Cubes avaient les mêmes goûts que les Aquitains. Comme eux, ils étaient éleveurs de chevaux, prompts à bondir sur leurs coursiers et habiles à se servir du frein, - bit, frein, mors, - ure, usage, - itch, désir démangeaison, - to cub, mettre bas, produire -.

Cette partie de la tribu des Bituriges-Cubes, établie sur les deux rives de la Gironde prit le nom de Bituriges-Vivisci. Le mot Vivisci, en celtique vives (vaïvz), se rapporte à une maladie des chevaux, maladie que les Bituriges traitaient sans doute avec grand succès. Ils avaient pour cité principale Burdigala (Bordeaux). Cette ville devait être alors comme de nos jours le principal

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entrepôt du commerce entre l'Océan et la Méditerranée. Il est tout à fait instructif de voir Burdigala exprimer l'idée d'une marine marchande et commerçante dans ces temps si éloignés de nous, - board (bord) le pont d'un vaisseau, - to higgle, revendre.

Au-dessous de la rive gauche de la gironde, et tout à côté des Bituriges-Vivisci, le littoral du golfe de Gascogne était occupé par les Boii, - bow (), arc, - to hew (hiou), tailler -.

Ces archers, placés par des circonstances imprévues sur les bords de la mer, devinrent d'excellents marins, et c'est probablement ce qui, plus tard, les fit appeler Boates, - boat (bôte), bateau, chaloupe.

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Chapitre V
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Langue celtique

I

L'Armorique et ses tribus

Après avoir appliqué la langue des Tectosages à interpréter le basque, nous pouvons tenter son efficacité dans l'explication de Britanni et des noms celtiques des tribus armoricaines.

La langue bretonne est, croit-on, la vraie langue celtique parlée par nos aïeux. Que les bretons aient conservé un nombre très considérable d'expressions gauloises, c'est incontestable ; mais ils n'ont point gardé cette langue dans sa pureté, et il suffit de jeter un coup d'oeil sur leurs pronoms pour juger de l'altération profonde de leur langage. Ce qui démontre au grand jour cette altération,

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c'est la difficulté éprouvée par les Bretons eux-mêmes pour éclaircir les dénominations de leurs anciennes tribus, et surtout les noms les plus chers à leur patriotisme, ceux de Britanni et d'Armorique.

Suivant Le Gonidec, Breton ou Bretoun ou mieux Brizard, vient de Briz, qui signifie peint de diverses couleurs. Lehuerou dit que Breton (Brython dans les traditions gauloises) dérive de Bro, pays et de thon, than, ou den, hommes, c'est-à-dire, hommes du pays, indigènes. C'est là, malheureusement, tout ce qu'a pu dévoiler le breton pour l'étymologie de Britanni. L'idiôme de Tectosages sera plus heureux, nous l'espérons du moins, tout en conservant une prononciation plus exacte. Britanni dérive de to breath (brith), vivre, et de to annoy (annoï), incommoder, ennuyer. L'île de Bretagne devait sans doute être occupée par des hommes vivant d'une manière incommode et dure. César, parlant de son expédition militaire dans cette île, rapporte que les anciens habitants en tenaient l'intérieur, tandis que les côtes étaient au pouvoir des Belges venus du continent. Ces Belges commencèrent à cultiver et à ensemencer les champs : l'île était fort peuplée, les troupeaux très nombreux ; les habitants de l'intérieur vivaient de lait et de viande, ne semaient point de blé, et étaient

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vêtus de peaux. (1) La privation volontaire de blé et de pain, l'alimentation exclusive par le lait et la viande, les vêtements de peaux avaient paru aux yeux du Neimheid constituer un genre de vie assez dur et assez incommode pour faire nommer ces insulaires, Britanni.

Le terme Armorique est aussi une véritable énigme dans la langue bretonne. D'après tous les auteurs, Armorique dériverait de armor, sur mer. Mor en effet, signifie mer, en breton ; mais ar, que signifie-t-il d'une manière sûre ? Et la terminaison ique est-elle donc inutile et deviendrait-elle un simple ornement ? Dans l'idiôme des Tectosages, armorique se décompose ainsi : - arm, bras, - oar (ôr), aviron, rame, - to eke (ike), allonger, perfectionner, - c'est-à-dire, un bras qui se sert de rames fort longues. Ce sens d'Armorique devient saisissant de vérité, lorsqu'on se souvient des indications données par César sur la marine Vénète, assez puissante pour rendre ce peuple indomptable. Les vaisseaux armoricains à carène plate défiaient les bas-fonds ; construits dans leur entier en coeur de chêne, ils pouvaient se jouer du choc des éperons romains ; leur proue et leur pouppe fort élevées, résistaient admirablement aux vagues

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(1) De bell. gall. lib. V. 12. 14.

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les plus fortes : les voiles étaient faites de peaux, afin qu'elles ne fussent point déchirées et mises en pièces par la furie des ouragans et des tempêtes. (1)

Il n'est dons pas étonnant, que construisant des navires à rebords si élevés, les marins de l'Armorique aient dû se servir de rames fort longues, et c'est là l'origine de leur nom, Armorici.

Parcourons encore cette terre si intéressante de l'Armorique et nous y retrouverons, par les dénominations de ses tribus et de ses cités, bien des choses dignes de fixer l'attention.

La tribu la plus puissante de confédération armoricaine était celle des Vénètes. Ces marins redoutés étaient fort religieux ; mais ils ne connaissaient pas de temple pour y prier : ils se réunissaient en plein air, lorsqu'ils remplissaient leurs exercices religieux, dédaignant de se mettre à l'abri des intempéries des saisons pour accomplir les actions les plus nobles de la vie. Le nom de Vénètes indique cette fière coutume, qui était d'ailleurs commune à tous les Gaulois, tout aussi religieux que les Vénètes, - vane (véne), temple, - to hate (héte), détester -.

Leur ville principale était Dariorigum, aujourd'hui

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(1) De bell. gall. lib. III. 13.

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Vannes. Nous avons déjà constaté l'habileté des Aquitains et des Bituriges à élever et dompter les chevaux, et maintenant dans une autre partie de la Gaule, nous pourrons nous convaincre de quels soins vigilants les Celtes entouraient l'espèce chevaline ; - to dare, oser, -to hew (hiou) tailler, -rig, cheval à demi châtré -. Au sud du Morbihan, près des côtes de la mer, se trouve Carbac, si remarquables par ses alignements. Les pierres levées y sont rangées en longues files régulières et figurent des allées dont la largeur varie entre quatre et huit mètres. Une distance de sept, huit et dix mètres est ménagée entre chacune des pierres levées. Les allées du centre sont plus grandes que les allées latérales, et à une extrémité, on voit un grand espace libre, semblable à une place publique.

On cherche depuis bien longtemps la signification de ces alignements faits de pierres levées et mesurant plusieurs kilomètres. S'il nous était permis de hasarder une opinion sur ces alignements, nous serions porté à y voir, non pas un monument religieux, mais bien un lieu d'exercices, où les Gaulois se formaient à conduire avec habileté, au milieu d'obstacles multipliés, leurs chariots de guerre, armés de faux, leurs

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cobhains, - kob, cheval, - to hem, entourer -, et on sait quelle adresse redoutable les Celtes y déployaient.

César en avait été si vivement frappé qu'il n'a pu cacher son admiration. " Les exercices journaliers, dit-il, les ont rendus tellement habiles, qu'ils savent arrêter leurs chevaux dans la course la plus fougueuse, dans les pentes les plus raides, et qu'ils les font tourner de court : eux-mêmes sont accoutumés à courir sur le timon, à se tenir sur le joug, et puis d'un bond à se rejeter dans le char. " (1)

Les alignements de Carnac étaient bien disposés pour former l'oeil et la main des jeunes Gaulois, obligés de conduire leurs chariots entre les pierres levées qu'ils devaient s'étudier à tourner et à éviter.

Au reste, ce qui nous porte à mettre en avant cette hypothèse, c'est le nom même de Carnac, signifiant un chariot attelé d'un jeune cheval, - car, chariot, - nag, jeune cheval. - Est-il inadmissible que ces longues files de pierres levées de Carnac fussent, pour ainsi dire, un champ de courses, où les Celtes montraient leur force et leur habileté en maîtrisant, au milieu des obstacles, de jeunes et vigoureux chevaux ?

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(1) De bell. gall. lib. IV. 33.

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Les amateurs de monuments mégalithiques peuvent voir à Locmariaguer, chez les Vénètes, une allée couverte, dite de César. Locmariaguer est placé tout près du lac de Vannes. Voici la composition de ce nom : un lac qui empêche les chasseurs, - loch, (lok) lac, - to mar, empêcher, - yager (iagueur), chasseur -.

Tous les auteurs qui se sont occupés des industries celtiques nous apprennent que les tamis de crin sont d'invention gauloise ; mais ils ne disent pas où était le lieu d'invention et de fabrication. Sarzeau, dans la presqu'île de rhuis nous instruit amplement à ce sujet, sarce (sarse), tamis, tissu de crin, to sew (), attacher, coudre.

Au nord des Vénètes, était établie la tribu des Curiosolites. Leurs mains façonnaient ces voiles de peaux, dont se servaient les marins de l'Armorique et qui avaient tant surpris César. Les Curiosolites étaient les corroyeurs, obligés de coudre et d'attacher les peaux puantes, to curry (keurri), corroyer, to owe (ô), être obligé, to sew (), coudre, attacher, olid, puant, fétide . Estce en souvenir des Curiosolites que la ville de SaintMalo fait encore un si grand commerce de cuirs et de peaux ?

Dans cette tribu et sur les bords de la mer, existait Reginea, dont le nom seul indique l'importance pour la marine armoricaine : on

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taillait les agrès des vaisseaux, rigging (rigguign), agrès, to hew (hiou), tailler .

Dans le terrain limitrophe des Curiosolites, se trouvait une cité du nom d'Aleth, située à peu près à l'endroit occupé aujourd'hui par la ville de Saint Servan. La cité d'Aleth, allay (allé), mélange, alliage, to etch, graver à l'eau forte sur le cuivre , fabriquait-elle des ouvrages de cuivre et de bronze, ou bien, a-t-elle reçu ce nom à cause du sol qui aurait renfermé du minerai de cuivre ? Il est bien difficile de se prononcer. Cependant notre Aleth du département de l'Aude pourrait peut-être nous renseigner ; la similitude de nom semble devoir provenir de la similitude d'industrie ou de terrain contenant des métaux de même nature dans les deux localités. L'industrie métallurgique a toujours été nulle dans notre Aleth, et il n'existe rien dans les traditions populaires qui permette même de soupçonner l'exploitation de ses pyrites cuivreuses.

Le Neimheid a dû appliquer une dénomination semblable à ces deux cités, si éloignées l'une de l'autre, probablement à cause de leur sol renfermant quantité de pyrites de cuivre mêlées à d'autres minerais.

La cité bretonne d'Aleth appartenait à la tribu des Diablintes, - to dye (daï), teindre, colorer, - able, habile, - to hint, inventer,

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suggérer -, les ouvriers ingénieux et habiles qui savaient donner aux tissus dont se composaient les vêtements des Celtes, ces couleurs vives et variées dont ils aimaient l'éclat.

Les Diablintes possédaient une autre cité appelée Fines, - to fine, affiner, purifier, - haze (hèze), brouillard. A t-on voulu dans la dénomination de Fines faire allusion aux vapeurs semblables à des brouillards s'élevant au-dessus des foyers d'affinage ? Situé à proximité d'Aleth, Fines aurait bien pu posséder des foyers, destinés à purifier les pyrites de cuivre provenant de cette localité. En admettant cette hypothèse, qui n'est pas improbable, d'une fonderie de cuivre ou de bronze, dans la ville de Fines, les fourneaux ne devaient jamais s'éteindre, surtout si elle était dans l'obligation de fournir les timons et les roues de bronze aux habitants de Carife, dont l'industrie consistait à ajuster les différentes parties des chariots celtiques, - car, chariot, - to eye (), avoir l'oeil sur, - to fay (), ajuster -. Carife était à dix lieues au sud-est d'Aleth.

A l'ouest des Vénètes, dans la partie de l'ancien comté de Cornouailles se terminant au cap ou bec du Raz, vivaient les Corisopites. Pour bien juger et apprécier cette contrée, il suffit d'en citer la description faite par Châteaubriand qui connaissait

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sa chère Bretagne : " Région triste et solitaire, enveloppée de brouillards, retentissant du bruit des vents, et dont les côtes hérissées de rochers étaient battues d'un Océan sauvage. " Ces paroles sont la traduction fidèle et complète de Corisopites, - cor, coeur, - hiss, sifflement, - sob, soupir, sanglot, - to hit, frapper, toucher -. Les sifflements aigus, les gémissements incessants produits dans les rochers par la furie des ouragans, n'étaient-ils pas de nature à frapper, à attrister le coeur des Corisopites ?

Les Agnotes, qui occupaient, au nord des Corisopites, la pointe armoricaine appelée le cap Finisterre, étaient, eux aussi, fatigués et tourmentés par le mauvais temps et les orages, - to hag, tourmenter, - naught (naût), mauvais -.

Les Agnotes étaient compris dans la tribu des Osismiens ou Osismii. Ces derniers avaient reçu cette appellation à cause de l'abondance des marsouins et des piettes qui fréquentaient leurs côtes, - hog-sea (hog-si), marsouin, - smew (smiou), piette, oiseau aquatique -.

Placée sur la rive droite de la Loire ou Ligeris, - lickerish, délicieux -, la tribu des Namnetes s'était rendue célèbre par son habileté à tendre des filets, - name, réputation, célébrité, - to net, prendre au filet -.

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D'après Ptolemée, la cité principale des Namnetes était Condivicum, aujourd'hui Nantes, - to con, apprendre par coeur, - device (divaïce), invention -. Quelles inventions avaient donc fait dénommer cette ville Condivicum, inventions que l'on apprenait par coeur ? Y avait-il une école où l'on enseignait la pratique des arts manuels, ou bien était-ce une école de navigation dans laquelle les intrépides marins Vénètes venaient se former et se tenir au courant de la science et des inventions nautiques ? Il est toujours bien certain que Condivicum possédait un chantier de construction pour les vaisseaux, puisque, dans le fleuve baignant la ville, furent lancées, par ordre de César, les galères romaines destinées à combattre la flotte des Vénètes, qui comptait deux cent vingt navires. (1)

II

Les Redones - Les monuments celtiques - Les druides - Les Carnutes

Au nord de la tribu des Namnetes, se trouvaient les Redones. On ne peut guère parler des Redones sans rappeler à l'esprit les images des

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(1) De bell. gall. lib. III. 9.

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grandes pierres dont les Bretons ont conservé les noms avec tant de soin. Il est intéressant de connaître la pensée de la science moderne sur ces monuments, pensée que M. Louis Figuier a parfaitement rendue et traduite dans l'Homme Primitif. Nous citerons textuellement, à ce sujet, quelques passages importants de ce livre.

" Une circonstance heureuse et bizarre à la fois, écrit M. Louis Figuier, a rendu extrêmement faciles, et en même temps certaines, les notions que nous allons présenter à nos lecteurs. Ces tombeaux des hommes de l'époque de la pierre polie, ces monuments funéraires, ont été étudiés, décrits, fouillés d'une manière approfondie, par les archéologues et les antiquaires, qui en ont fait le sujet d'une foule de publications et de savants mémoires. En effet, ces tombeaux ne sont rien autre chose que les dolmens, ou les monuments celtiques ou druidiques, et ils ne se rapportent nullement, comme on l'avait toujours pensé, aux temps historiques, c'est-à-dire aux temps des Celtes ou des Gaulois, mais remontent à une antiquité beaucoup plus haute, car ils appartiennent à l'époque antéhistorique de la pierre polie.

Nous étudierons, avec cette donnée explicative, les dolmens et autres monuments dits mégalithiques, restes grandioses d'une époque

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ensevelie dans la nuit des temps, énigmes colossales qui s'imposent à notre raison et piquent au plus haut point la curiosité de l'érudit et du penseur.

Les dolmens sont des monuments qui se composent d'un gros bloc de rocher, plus ou moins aplati, et posé horizontalement sur un certain nombre de pierres, dressées verticalement elles-mêmes pour servir de supports.

La terre recouvrait ces sortes de chambres sépulcrales et formait un monticule, mais par la suite des temps, cette terre ayant souvent disparu, on voit apparaître seulement les pierres nues de la chambre sépulcrale.

Ce sont ces pierres nues que l'on a prises pour des autels de pierre, et que l'on a rapportées au culte religieux des Gaulois. Les prétendus autels druidiques ne sont que des dolmens en ruine. Ce n'est donc pas, comme on l'a toujours dit, pour servir aux pratiques d'un culte cruel qu'ils ont été élevés. Il est parfaitement prouvé aujourd'hui que les dolmens ne sont que des tombeaux de l'époque antéhistorique. "... Il faut donc renoncer à voir dans les dolmens de la Bretagne, qui ont été tant de fois décrits par les antiquaires, et qui figurent au nombre des monuments de notre histoire, des

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symboles de la religion de nos pères. On ne peut plus les regarder que comme des chambres sépulcrales.

Les dolmens sont très nombreux en France, beaucoup plus nombreux qu'on ne le pense. On croit généralement qu'il n'en existe qu'en Bretagne, et les curieux admirent sous ce rapport les prétendus autels druidiques si répandus dans cette ancienne province de France. Mais la Bretagne est loin d'avoir le privilège des constructions mégalithiques. On en a trouvé dans cinquante-huit de nos départements, appartenant pour la plupart aux régions de l'ouest et du sud-ouest..

Les menhirs étaient d'énormes blocs de pierres brutes, que l'on fichait en terre aux environs des tombeaux. Ils étaient plantés isolément, ou par rangées, c'est-à-dire en cercle ou en avenue.

Quand les menhirs sont rangés en cercle, uniques ou multiples, on les nomme cromlechs. Ce sont de vastes enceintes de pierres, ordinairement disposées autour d'un dolmen. Le culte dû aux morts parait avoir converti ces enceintes en lieux de pélerinage où se tenaient, à de certains jours, des assemblées publiques. Ces enceintes sont tantôt circulaires, comme en Angleterre, tantôt rectangulaires, comme en

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Allemagne ; elles comprennent un ou plusieurs rangs.

" ... Ces monuments de pierre, nous l'avons déjà dit, ne sont pas plus celtiques que druidiques. Les Celtes, peuples qui occupèrent une partie de la Gaule, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, sont tout à fait innocents des constructions mégalithiques.

Ils les trouvèrent toutes faites lors de leur immigration, et, sans doute, ils les considérèrent avec autant d'étonnement que nous. Ils en tirèrent parti, lorsqu'ils leur parut avantageux de les utiliser. Quant aux prêtres de ces peuples anciens, quant aux druides qui cueillaient le gui sacré sur le chêne, ils accomplissaient leurs cérémonies dans le fond des forêts. Or, jamais dolmen ne fut bâti au fond des forêts ; tous les monuments de pierre qui existent aujourd'hui se dressent dans la partie découverte du pays. Il faut donc renoncer à l'antique et poétique aperçu qui fait des dolmens les autels du culte religieux de nos ancêtres. " (1)

L'opinion de la science moderne touchant les dolmens, diffère étrangement des idées suscitées par l'interprétation des noms que portent les grandes pierres, si abondantes en Armorique, surtout chez les Redones (Rennes).

§Les Redones formaient la tribu religieuse, savante, possédant le secret de l'élévation des monuments mégalithiques disséminés dans toute la Gaule ; c'était la tribu des pierres savantes,- read (red) savant,- hone, pierre taillée. - L'étude et la science étaient indispensables pour connaître le but de l'érection des mégalithes, et ceux-là seuls en possédaient l'intelligence et le sens qui l'avaient appris de la bouche même des Druides-

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(1) L'homme Primitif par M. Louis Figuier.

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Les Redones formaient la tribu religieuse, savante, possédant le secret de l'élévation des monuments mégalithiques disséminés dans toute la Gaule ; c'était la tribu des pierres savantes,- read (red) savant,- hone, pierre taillée. - L'étude et la science étaient indispensables pour connaître le but de l'érection des mégalithes, et ceux-là seuls en possédaient l'intelligence et le sens qui l'avaient appris de la bouche même des Druides.

Il est utile de remarquer que le département d'Ille-et-Vilaine comprend la plus grande partie du territoire des anciens Redones ; il reçoit son nom des deux rivières l'Ille et la Vilaine qui y prennent leurs sources. Ille, hill, signifie colline ; Vilaine - to will (ouill), vouloir, - to hem, entourer -, se rattache aux pierres levées placées sur les collines et entourant la tribu des Redones. Le rapport et la convenance entre le nom des deux rivières et celui de Redones sont-ils purement fortuits ? N'est-ce pas une confirmation frappante de l'interprétation donnée à Redones et suggérée par la langue des Tectosages ?

" Les pierres isolées, dit H. Martin, se nomment men-hir, pierre longue, ou peulvan, pilier de pierre ; les grottes factices, leckh, roche, ou dolmen pierres levées, (de tol ou dol, élévation) ou table de pierre, (de taol, table) : les

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cercles, crom leckh (pierres de crom ou cercles de pierres). Les fameuses tours rondes d'Irlande sont aussi des monuments gaëliques, d'un caratère religieux, comme l'atteste bien leur nom traditionnel, Feid-Neimheidh. "

Neimheid, nous l'avons déjà vu, désigne le corps savant qui composait les dénominations. Ces hommes d'élite distribuaient-ils aussi au peuple le fondement principal de leur nourriture, c'est-à-dire le blé et le pain? Feid le déclare positivement, puique le verbe to feed (fid) signifie, nourrir, donner à manger. Les termes ménir, dolmen, cromleck, se rapportent encore à ce fait important, qui consistait pour les Druides, à distribuer au peuple Celte, d'abord la science religieuse, essentielle à la vie morale, et en second lieu, le blé et le pain, essentiels à la vie matérielle.

Le ménir, par sa forme aiguë et en pointe, représentait l'aliment de première nécessité, le blé, - main (mén), principal, - ear (ir), épi de blé.- Chose étrange ! Dans tous nos villages du Languedoc, on trouve toujours un terrain auquel est attaché le nom de Kaïrolo, - key, clef, - ear (ir), épi de blé, - hole, petite maison des champs.- Dans ce terrain, probablement, était construit le grenier à blé des villages celtiques. La répartition du blé était faite par la main des Druides,

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comme les divers auteurs l'ont bien constaté et comme le témoigne avec évidence l'expression attachée au dolmen, qui était, d'ailleurs, construit comme une table de distribution, to dole, distribuer, - main (mén), essentiel -.

Il est tout à fait curieux et intéressant de rapprocher des termes ménir et dolmen, le nom du dernier chef des Druides armoricains, qui vit fermer les collèges druidiques en vertu d'un décret des états généraux, présidés par l'Evêque Modéran, sous le premier roi d'Armorique, Conan Meriadech, et tenus à Rennes, en l'année 396 après Jésus-Christ. Ce chef suprême de l'ordre druidique se nommait Eal-ir-bad, - to heal (hil), rémédier à, - ear (ir), épi de blé, - bad, gâté, mauvais - : rémédier au blé gâté. Il était donc obligé, par ses fonctions d'archidruide, non-seulement de répartir le blé en temps ordinaire, mais encore, dans les années malheureuses, de rémédier aux accidents survenus aux récoltes, en distribuant, sans doute, le blé prudemment tenu en réserve dans les greniers spéciaux.

Le cercle de pierres, ordinairement de forme ronde, représente le pain : Cromleck, en effet dérive de Krum (Kreum), mie de pain et de to like (laïke), aimer, goûter. Dans le Cromleck de Rennes-les-Bains, on voit de fortes pierres rondes, figurant des pains, placées au sommet de roches énormes.

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Les pierres branlantes sont nommées roulers par les Bretons, - ruler (rouleur), gouverneur, - Elles sont le signe des gouvernements divin et druidique.

On a pu croire, par les récits de César et la forme des dolmens, que ces tables servaient d'autel où les Druides immolaient des créatures humaines ; mais l'interprétation des noms de toutes les pierres levées celtiques, interprétation facile et lumineuse par l'idiome des Tectosages, fait perdre à ces mégalithes les caractères odieux qu'on leur attribuait, et les fait rentrer dans la classe de monuments très simples, possédant néanmoins une splendide signification religieuse, que nous essaierons d'exposer avec clarté en parlant du Cromleck de Rennes-les-Bains.

La plus grande indécision règne sur le peulven et le lichaven. On rapporte généralement le peulven au ménir et le lichaven au dolmen. En réalité, les peulvens et les lichavens présentent une idée semblable à celle qui est renfermée dans le nom des Vénètes, car peulven exprime un sentiment de répulsion pour les temples, - to pull (poull), arracher, - vane (véne), temple -, et lichaven représente un peuple manquant d'édifices religieux, - to lack, manquer de, - vane (véne), temple - : ce dernier devrait être écrit lackven au lieu de lichaven.

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On pourrait faire observer, au sujet de lichaven, que, dans l'idiome des Tectosages, le verbe to like (laïke) signifie aimer, ce qui attribuerait au lichaven un sens contraire à celui que nous avons cru devoir lui donner ; mais il ne faut point perdre de vue que les lichavens existent dans la tribu des Vénètes aussi bien que dans la tribu des Redones, qu'il y aurait une contradiction tout à fait flagrante dans la présence de ces lichavens (aimant les temples) au milieu du territoire occupé par les Vénètes (détestant les temples), et le Neimheid était trop savant pour commettre une méprise aussi grande.

D'après Strabon, la ville la plus importante des Redones était Condate. Elle devait être très fréquentée par la jeunesse studieuse des Gaules, car on y apprenait par coeur, les sciences communiquées par les Druides, - to con, apprendre par coeur, - death (dèth), la mort et ses suites ; ou bien encore - date (dète) époque -.

Avant de citer les affirmations de César sur l'enseignement druidique, il sera avantageux de rechercher le sens du mot Druide, lequel a reçu des interprétations si diverses.

On est persuadé communément que Druide signifie l'homme du chêne, et Pline n'a pas peu contribué à faire prévaloir cette explication ? Chêne, en dialecte languedocien, s'exprime par

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garrik ; en anglo-saxon par oak (ok) ; en breton, par derò, derv ; en gallois, par derw ; en écossais et en irlandais par dair ; en latin, par quercus, et en grec par drus. Pline, après avoir remarqué l'expression grecque, croit que Druide vient de drus : " Point de sacrifice, dit-il, sans les rameaux de chêne " (1)

Le rameau ou la branche de chêne se traduisant, en grec, par o druïnos clados, cette consonnance a dû certainement le jeter dans une erreur inévitable, s'il ignorait, comme c'est probable, le langage prétendu barbare des Gaulois.

Le mot Druide, en anglo-saxon druid (drouid), renferme un sens bien autrement sérieux et remarquable. Il faut considérer que César, en rapportant le nom des Druides, a cherché à adoucir les sons durs et gutturaux de la langue celtique et il a écrit Druides (drouides) au lieu de trouides. Ce dernier terme permet de trouver aisément la clef de l'énigme.

Il se compose du verbe to trow (trô), imaginer, penser, croire, et d'un autre verbe to head (hid), prendre garde, faire attention, - trowhead (trôhid).

Aux Druides, d'après la signification de leur nom, était imposée l'obligation d'imaginer, de construire, par des expressions sûres, pleines de

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(1) Pline. XVI.C.XLIV.

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vérité et d'à-propos, les dénominations convenant aux tribus, aux cités et à toutes les parties du territoire celtique ; et c'était une fonction qu'ils remplissaient sous le nom de neimheid. Ils devaient encore porter leur attention sur ce qu'il fallait penser et croire, chargés qu'ils étaient d'enseigner les sciences divines et humaines.

Les Druides n'écrivaient point les mystères de leur science : leur nombreux disciples en obtenaient la connaissance, en appliquant leur mémoire à retenir le grand nombre de vers dans lesquels la doctrine druidique était renfermée. En obligeant les jeunes gens à apprendre ainsi par coeur les sciences qui leur étaient communiquées, " ils les empêchaient de se reposer sur l'écriture et aussi de négliger l'exercice de la mémoire. Il arrive ordinairement en effet, que l'on s'applique moins à retenir par coeur ce que l'on peut apprendre au moyen des livres. Le fondement de leur doctrine est que les âmes ne périssent pas... Ils traitent aussi des mouvements des astres, de la grandeur de l'univers et du monde, de l'essence des choses, de la puissance des dieux immortels, et enseignent ces doctrines à la jeunesse. " (1)

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(1) César, de bell. gall. lib. VI.14. L'explication de César touchant l'obligation d'apprendre par coeur les sciences druidiques, est loin d'être satisfaisante. Cette obligation doit renfermer un motif plus important qui nous échappe.

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On voit, par ces paroles de César, que le Neimheid avait donné, avec grande justesse, à la ville des Redones, le nom de Condate, ce nom rappelant à l'esprit le souvenir des doctrines enseignées, par les Druides, à la jeunesse gauloise, dont ils cultivaient l'intelligence et la mémoire.

Il n'est pas nécessaire d'insister sur les connaissances matérielles possédées par le peuple Celte. Le nom des tribus et des villes exprimant des professions diverses, la magnifique organisation établie dans la Celtique entière, faisant ressembler les tribus à des corporations ouvrières avec une industrie particu-lière à chaque tribu et appropriée aux produits du sol, suffisent amplement à démontrer, non seulement la supériorité de civilisa-tion des Celtes, mais aussi l'intelligence parfaite de leur gouvernement, qui savait ainsi diriger toutes les productions, distribuer tous les ouvrages nécessaires à la conservation et à la prospérité de la société gauloise.

César nous donne encore quelques détails sur la hiérarchie et certaines fonctions druidiques. Ce corps enseignant était présidé par un druide revêtu de l'autorité suprême. Après la mort de ce chef, on lui donnait pour successeur le Druide le plus méritant, et, si plusieurs était également dignes de cet honneur, le plus grand nombre de suffrages obtenus par l'un d'eux, le portait au

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pouvoir : quelquefois cependant, les armes pouvaient seules décider du choix définitif. Les Druides se réunissaient à un époque fixe de l'année, dans un lieu consacré, sur les confins des Carnutes, parce que ce pays des Carnutes est considéré comme le point central de toute la Gaule. Là, s'assemblaient de toutes parts ceux qui avaient des différends, et ils se soumettaient aux jugements et aux arrêts prononcés par les Druides. (1)

La science du droit, des jugements à rendre, et des châtiments à infliger aux coupables, était aussi transmise par l'enseignement purement oral : Condom (Gers) en fait foi, - to con, apprendre par coeur, - to doom (doum), juger, condamner -.

Les Carnutes occupaient le pays dont Chartres est aujourd'hui le chef-lieu. En désassemblant les mots qui forment Carnutes, nous serons à même d'apprécier l'habileté des Druides dans la composition des noms celtiques des tribus. Carnutes signifie : chariot rempli d'avoine nouvelle et fraîche, - car, chariot, - new (niou), nouveau, frais, - oats (ôst), avoine -.

Le pays des Carnutes a-t-il jamais vu faiblir son immense production en céréales ? Et Chartres

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(1) César, de Bell. Gall. lib. VI. 13.

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peut-il citer, dans les siècle passés, une époque où son prodigieux commerce de grains ait été momentanément suspendu ? Le nom celtique de Chartres, tel que le livrent les auteurs, et Autricum. Cet Autricum est simplement une affirmation positive du lieu où se faisaient les achats et les ventes des avoines nouvelles, - oatrick, monceau d'avoine -.

Nous ignorons si l'explication des noms propres armoricains par le langage des Tectosages, portera dans l'esprit une conviction suffisante pour détruire tous les doutes. On pourrait alléguer que c'est là, peut-être, la langue Kimrique, bien différente de la langue gaëlique, en usage parmi les tribus de l'est et du centre de la Gaule.

Examinons donc encore la valeur de l'idiome des Volkes, dans l'interprétation de quelques noms propres, pris dans la partie de la Gaule possédée par la confédération dite gaëlique.

III

Le Rhone - Marseille - Les Allobroges - Lyon - Les Arverni et Vercingétorix

Une partie de la Gaule occupée par les Gaëls est arrosée par le Rhône, Rhodanus. Cette expression, Rhodanus, a donné lieu à quelques

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historiens de croire que les Rhodaniens avaient fondé une ville entre les bouches du Rhône. Henri Martin, après avoir partagé cette croyance, exprime ainsi ses hésitations. " Le nom du Rhône ne vient pourtant pas de Rhoda, comme les historiens grecs et latins l'ont imaginé, mais du gaëlique Rhuit-an, (eau qui court). " (1)

Le Neimheid, en nommant ce fleuve Rhodanus, n'ignorait point la forme de la rade qui se trouvait à son embouchure, et aussi le nombre exact de bouches par lesquelles il se jetait dans la mer. Les savants Gaulois n'auraient, d'ailleurs, jamais consenti à appeler ce fleuve Rhuit-an, eau qui court, car il aurait fallu dénommer ainsi toutes les rivières et les eaux courantes de la Gaule.

Strabon rapporte, au sujet du Rhône, l'opinion de Timée, (2) soutenant que le Rhodanus se jetait à la mer par cinq bouches différentes, dans une rade, comblée par ce fleuve travailleur, - road (rôd), rade, endroit où les vaisseaux jettent l'ancre ; - hand, main, extrémité du bras terminée par la main divisée en cinq doigts -.

Timée n'était point dans l'erreur en donnant au Rhône cinq bouches différentes, et c'était bien l'état réel du fleuve au moment où le Neimheid

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(1) Histoire de France par H.Martin, page 10. Note 3.

(2) Les Villes mortes du golfe de Lyon, par Charles Lenthéric.

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lui a imposé le nom de Rhodanus. N'abandonnons pas le Rhône sans chercher à connaître Marseille ou Massilie.

Les historiens avancent que, vers l'année 600 avant Jésus-Christ, un vaisseau venu de Phocée, ville grecque de l'Eolide, jeta l'ancre près des bouches du Rhône, à l'est de ce fleuve. Ces côtes appartenaient aux ségobriges : leur chef Nann, mariait ce jour-là sa fille. Les étrangers, accueillis avec bienveillance furent admis à prendre place parmi les convives. Suivant la coutume des Ibères, empruntée aux ligures par les Ségobriges, la jeune fille devait librement choisir son époux parmi les conviés réunis à la table paternelle. Sur la fin du repas, la fille de Nann entre, une coupe à la main : elle promène ses regards sur l'assemblée, hésite un moment, puis, s'arrêtant en face d'Euxène, chef des grecs, elle lui présente la coupe. Nann confirma le choix de sa fille, et donna pour dot à Euxène les rives du golfe où il avait abordé, et quelques terres du littoral de la Méditerranée. Euxène jeta dans une presqu'île de son domaine les fondements d'une ville qu'il appela Massilie, et bientôt, grâce aux nombreux colons qui lui arrivèrent de Phocée, la cité grecque s'éleva au plus haut degré de prospérité. (1)

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(1) Histoire de france, par E. Lefranc. Introduction.

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Ce récit des historiens laisse dans une obscurité complète les Ségobriges, qui ont reçu si cordialement Euxène avec ses Grecs ; le Neimheid lui-même livre à la postérité un bien faible renseignement sur cette tribu. Etablis à l'embouchure du Rhône, les Ségobriges étaient fort empêchés, dans leur communications, par les eaux de ce fleuve rapide et profond. Ils s'étaient donc vus dans la nécessité de construire des ponts nombreux, afin de rendre leurs relations aisées et faciles. C'est là, du reste, toute l'affirmation de l'Académie Gauloise, - to seek (sik), chercher à, - to owe (ô), être obligé de, - to bridge (brijde), construire un pont -.

Sur les côtes maritimes des Ségobriges, Euxène jeta les fondements de Marseille et rendit cette cité florissante en y appelant le commerce du Levant ; mais il est bien probable que le Neimheid ne lui abandonna pas le soin de dénommer la ville, puisque tous les mots employés dans la composition de Massilia, sont purement celtiques. Massilie, dans la concision admirable de ce terme, est un port recevant une infinité de grands vaisseaux qu'on mettait à la bande pour les radouber, - mass, un amas, - to heel (hil), mettre un vaisseau à la bande pour le radouber, - high (haï), grand -.

En remontant le Rhône vers le lac Léman et

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sur la rive gauche du fleuve apparaissent les puissants Allobroges. Ils occupaient la Savoie, et Grenoble leur appartenait avec la contrée comprise aujourd'hui dans le département de l'Isère. L'industrie prédominante de cette tribu n'est pas disparue de la région qu'ils possédaient. Les liqueurs de la côte Saint-André, les ratafias renommés de grenoble, ont succédé aux produits spiritueux et excitants fabriqués par les Allobroges, - to alloo, (allou), animer, exciter, - brewage (brouedje), mélange de différentes bières -. La profession des Allobroges permet donc de constater que l'eau claire des fontaines n'était pas l'unique boisson des Celtes.

A l'ouest du Rhône, dans le Vivarais, les Helvii emmanchaient avec adresse les armes de guerre, les lances, les piques, les haches, - to helve, emmancher, - to hew (hiou) tailler, - industrie trop modeste que les Helvetii avaient dédaigneusement repoussée comme peu conforme à leurs goûts belliqueux - to helve, emmancher, - to hate (héte) détester, - to hew (hiou) tailler -. Abandonnant les Rauraci, de Bâle, au froid qui les tourmente - raw (râu), froid, gelé, - to rack, tourmenter -, retournons vers le confluent de la Saône et du Rhône, afin d'y trouver Lugdunum, Lyon.

M.A. de Chevallet, dans son magnifique ouvrage,

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Origine et formation de la langue française, écrit : " dune, monticule de sable qui se trouve au bord de la mer ; dunette, partie la plus élevée de l'arrière d'un vaisseau. Ces mots dérivent du celtique dun, qui signifiait une éminence, une colline, ainsi que nous l'apprend Clitophon dans un traité attribué à Plutarque. Voici le passage : " Auprès de l'Arar, (la Saône), est une éminence qui s'appelait Lougdounon, et qui reçut ce nom pour le motif que je vais rapporter. Momoros et Atepomoros, qui avaient été détrônés par Seséronéos, entreprirent d'après la réponse d'un oracle, de bâtir une ville sur cette éminence. Ils en avaient déjà jeté les fondements, lorsqu'une multitude de corbeaux dirigèrent leur vol de ce côté et vinrent couvrir les arbres d'alentour. Momoros, versé dans la science des augures, donna à la ville le nom de Lougdounon, attendu que dans leur langue, (les Gaulois) appellent le corbeau lougon et une éminence dounon. "

" Cette ville, ainsi que le lecteur l'a déjà pensé, n'est autre que Lugdunum des Romains, devenu notre Lyon : elle fut d'abord bâtie le long de la rive droite de la Saône, sur les hauteurs qui avoisinent Pierre Scise.

Dun s'est conservé dans la terminaison de plusieurs autres de nos villes. "

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Le fait rapporté par Clitophon parait être tout à fait réel. C'était un heureux accident, une bonne fortune pour Momoros, versé dans la science des augures, de voir une multitude de corbeaux lui marquer, pour ainsi dire, la place que devait occuper la ville, et le terme luck (leuk), accident, bonne fortune - luckdun -, exprime bien la satisfaction qu'il en dut éprouver. Quant à dunum, qui termine le nom de plusieurs villes celtiques, il ne désigne pas l'éminence sur laquelle une ville pouvait être bâtie, car to dun, signifie : ennuyer un débiteur. Il est bien probable que les cités portant la terminaison dun ou dunum étaient primitivement des villes de refuge, où les débiteurs insolvables allaient se mettre à l'abri des poursuites de créanciers trop importuns. Le savant Dom Martin, dans son histoire des Gaules, a déjà émis cette pensée, que les cités gauloises étaient peut-être de simples villes de refuge, vides d'habitants, où l'on courait se mettre à couvert d'un danger pressant. Le verbe to dun, offre un sens tout à fait clair, précis, expliquant parfaitement la cause de la fuite précipitée d'un débiteur et sa retraite subite dans une ville éloignée.

Il est bien certain néanmoins que les Celtes recherchaient les collines pour y bâtir leurs cités et la ville de Lactora (Lectoure, dans le Gers),

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présente un exemple de ce choix judicieux. Lactora, situé sur le sommet d'une montagne escarpée, au pied de laquelle coule le Gers, indique manifestement l'éminence où il est assis, et aussi la préférence déclarée des Celtes pour les hauteurs lorsqu'ils fondaient une ville, - to like (laike), aimer, goûter, - tor, (torr), hauteur terminée en pointe -.

Parmi les tribus comprises dans la confédération dite gaëlique, la plus célèbre est celle des Averni. En citant le nom des Arverni, l'esprit s'arrête aussitôt avec un intérêt douloureux sur Vercingétorix, le dernier défenseur de l'indépendance gauloise. Commandées par Vercingétorix et combattant dans leurs chère montagnes, les Arverni infligèrent à César une sanglante défaite, dont l'amer souvenir excita, dans le coeur du général romain, la haine la plus sauvage contre son vainqueur.

César n'a pas su trouver dans son âme ulcérée, même un faible sentiment d'admiration à l'égard du héros Arverne se livrant fièrement aux Romains pour sauver ses frères d'armes. Le conquérant des Gaules, en le jetant dans les fers, a prouvé que son coeur, grandement ouvert à la férocité, était fermé à la générosité la plus vulgaire. On ne peut penser sans indignation au traitement barbare subi par le magnanime Arverne, qui a dû languir six années dans les fers,

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avant que la hache du licteur ait mis un terme à ses tortures.

Le nom de Vercingétorix, imposé au chef des Gaulois combattant pour l'indépendance de leur pays, nous le dépeint par un trait de feu. C'est le chef de guerre oubliant toutes choses, pour songer seulement aux dangers que court sa patrie et conduire ses frères au combat, - war (ouaûr), guerre, - king (kigne) chef, roi, - to head (hèd), être à la tête de, conduire, - to owe (ô), être obligé de, devoir, - risk, danger -.

On a tenté plusieurs fois d'interpréter le nom de Vercingétorix. C'est le généralissime, ver-cinn-cedo-righ, dit un historien qui accuse avec raison les auteurs latins " de confondre le titre des fonctions avec le nom propre, comme ils ont fait un Brennus de Brenn ou chef gaulois. " (1) Brenn, en réalité, dérive de brain (brèn), cerveau.

Henri Martin, dans son Histoire de France, s'exprime ainsi au sujet du héros celte : " il s'appelait Vincingétorix, c'est-à-dire, le grand chef de cent têtes, ver-kenn-kedo-righ. "

Cette explication découle de la même source

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(1) Histoire de France, par Em. Lefranc.

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indécise qui nous a donné ar-fearann, haute-terre, pour Arverni. Mais quel abîme entre cet ar-fearann et la vérité. Les Arverni étaient autrefois ce qu'ils sont encore aujourd'hui, c'est à dire, des colporteurs parcourant la Gaule pour vendre des marchandises nouvelles, - to hare, courir çà et là, - ware (ouère), marchandise, chose à vendre, - new (niou), nouveau, - et on ne pourrait point citer une seule ville de France dans laquelle on ne découvre quelques arverne enrichi par le négoce.

N'est-ce pas une chose admirable de voir les Avernes exercer la même industrie dans les siècles les plus reculés de l'histoire celtique ? Avec quel soin jaloux les membres savants du Neimheid n'ont-ils point veillé à graver exactement la profession d'une tribu dans le nom qu'elle portait ! Après l'explication des dénominations prises dans l'est et le centre de la gaule, où le langage gaëlique aurait dû dominer, ne semble-t-il pas juste d'avancer que la langue celtique employée par l'académie Gauloise était une, et que les différences dialectiques existaient seulement dans le langage populaire ? Le neimheid n'était pas établi uniquement en Irlande, où il a laissé son nom attaché aux tours rondes qui subsistent encore. César dit que l'institution druidique a été imaginée d'abord dans l'île de bretagne, et de là,

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introduite en Gaules ; (1) mais est-il croyable que le bel ordre des druides ait eu un brusque commencement parmi les insulaires bretons ? Lorsque les Celtes ont abandonné l'Asie, se dirigeant vers l'Occident, le Neimheid accomplissait déjà ses fonctions, et les appellations qu'il a dû laisser en suivant le cours du Danube, le prouveront plus tard surabondamment, car nous avons la ferme confiance que leur interprétation, par la langue des Volkes, sera d'une extrême facilité.

Nous avons déjà désassemblé et expliqué plus de deux cents mots ou dénominations, hébraïques, puniques, basques et celtiques. Ne sommes-nous pas en droit de trouver la preuve assez forte, pour avancer que la langue des Tectosages, conservée par les Anglo-Saxons, est la vrai langue celtique ? N'est-il pas juste de l'appeler la langue primitive, parlée par Noé, et transmise à ce patriarche par Adam qui l'avait reçue de Dieu, puisque les noms divins et les noms propres des premier hommes ne s'interprètent avec une clarté réelle que par les termes pris dans cette langue ?

Combien de souvenir nos Bretons de France pourront faire revivre, eux dont la mémoire fidèle nous a conservé les noms de tous ces monuments

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(1) César, de bell. gall. lib. VI. 13.

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celtiques, considérés avec curiosité comme de véritables énigmes !

Nous sommes loin de prétendre qu'aucune erreur ne se soit glissée dans l'explication des noms propres celtiques que nous avons tentée à l'aide de la langue des Tectosages ; mais ces erreurs seront facilement écartées ou corrigées par le flambeau des traditions locales, dont la persistance projettera aussi son rayon lumineux sur la vie et l'histoire de nos ancètres.

Cette histoire, d'ailleurs, n'est-elle pas à refaire ? " Ces Gaëls primitifs, dit Henri Martin (1), tatoués, armés de couteaux et de haches de pierre, devaient offrir une certaine ressemblance avec les sauvages belliqueux de l'Amérique du Nord. Ils sont pasteurs et chasseurs ; ils ont même déjà un peu d'agriculture. "

A cela, le Neimheid répond par les dénominations religieuses, et les appellations industrielles imposées aux cités, aux tribus et aux plus petits villages dont les noms dévoilent bien des choses surprenantes. Il faut donc abandonner toutes ces hypothèses de sauvagerie et d'état barbare, outrageantes pour nos ancètres gaulois, et leur rendre avec justice, le degré élevé de civilisation religieuse, morale et matérielle à

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(1) Histoire de France, 1er vol

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laquelle ils ont un droit incontestable. A la réponse du neimheid, vient s'ajouter la réplique encore plus grave de nos livres saints : " Qu'est-ce qui a été jadis ? Ce qui doit arriver à l'avenir. Qu'est-ce qui a été fait ? Ce qui doit se faire encore. Rien n'est nouveau sous le soleil, et nul ne peut dire : voilà une chose nouvelle ; car déjà elle a été dans les siècles écoulés avant nous. " (1)

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(1) Ecclesiaste. C. I. v. 9. 10.

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Chapitre VI
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Les Volkes Tectosages et le Languedoc

I

Les Volkes Tectosages et Arecomiques - Les Belges - La Garonne - Toulouse - La Gironde

Suivant plusieurs historiens, le quatrième siècle avant notre ère avait vu les Volkes Tectosages et Arécomiques se fixer dans le midi de la Gaule. Guillaume de Catel, dans son histoire du Languedoc, dit que les Tectosages étaient déjà établis dans le sud de la Gaule avant le quatrième siècle ; car il suppose l'armée de Sigovèse, vers l'année 587 avant Jésus-Christ, formée en grande partie de Tectosages, tandis que l'armée de Bellovèze en marche vers l'Italie, renfermait des Bituriges, des Edues, des Arvernes et des guerriers

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appartenant aux autres tribus de la Gaules centrale. Cette assertion ne manque pas de fondement et il est fort probable que César fait allusion à cette première expédition, en écrivant dans ses commentaires : " Bien avant il fut un temps où les Gaulois surpassaient les Germains en valeur guerrière et leur firent la guerre jusque chez eux : les champs ne suffisant plus à nourrir une population trop nombreuse, ils envoyèrent des colonies au-delà du Rhin. C'est donc dans les terres de la Germanie les plus fertiles, autour de la forêt Hercynie, que les Volkes Tectosages s'établirent après les avoir conquises. Ce peuple jusqu'à ce temps occupe ce même territoire. " (1)

Jule César nous montre ainsi les Tectosages fixés au-delà du Rhin d'abord, puis autour de la forêt Hercynie, c'est-à-dire, possédant aussi les rives du Danube. Vers l'année 281 avant Jésus-Christ, les Tectosages du midi de la Gaule, emmenant avec eux d'autres tribus, se présentèrent à leur frères des bords du Danube, et les entraînèrent vers la Macédoine, l'Epire, la Thrace et la Grèce. Cette dernière expédition, conduite par les Tectosages de toulouse, alliés avec les Tectosages du Danube et les Gaulois Sordiques ou à longue épée - sword (sôrd), épée, - to eke

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(1) César, de bell. gall. lib. VI. 24.

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(ike), allonger -, placés aussi dans la région danubienne, porte à deux les principales migrations des Tectosages effectuées depuis leur établissement dans le midi Gaulois. Dans la première migration vers le nord, César les a représentés possédant, sans esprit de retour, les pays conquis sur les Germains : dans la seconde expédition vers la Macédoine, une partie de ces Tectosages, insatiables d'aventures, passèrent en Asie et y fondèrent avec leurs alliés une Gaule nouvelle, la Galatie ; une autre partie des Tectosages retournèrent vers leur pays natal, et rapportèrent, disent les historiens, jusque dans Toulouse l'or de Delphes et les dépouilles de la Grèce.

Les volkes paraissent, d'après cela, avoir conquis le midi de la Gaule, longtemps avant que les Belges aient envahi le nord Gaulois ; ce qui arriva pour ces derniers, dans le courrant du quatrième siècle avant notre ère. Ils ne seraient donc pas une tribu belge, quoique appartenant, comme les Belges, à la famille Cimmérienne.

Le nom des Belges ne donne aucune indication précise sur leur origine, mais il définit leur tactique guerrière. Ils savaient allier une grande prudence à un courage remarquable, et dit César, " seuls parmi les Gaulois, ils avaient repoussé victorieusement les attaques des Teutons et des Cimbres (sans doute de Volkes fixés au-delà

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du Rhin), de sorte qu'ils avaient d'eux-mêmes et de leur capacité dans l'art militaire une très haute opinion. " (1)

L'art de la science guerrière, parmi les Belges, consistait surtout en un choix judicieux de leurs camps retranchés, qu'ils savaient fortifier de manière à les rendre inexpugnables. On a retrouvé des restes de ces enceintes fortifiées, que M. Louis Figuier croit être contemporaines de l'âge de la pierre. (2)

" Pour trouver, dit-il, les témoignages encore debout des guerres des hommes de l'âge de la pierre, il faut nous transporter dans la partie de l'Europe qui forme aujourd'hui la Belgique. Oui, à l'âge de la pierre, par delà toute tradition écrite, les peuples de cette contrée guerroyaient déjà, soit entre eux, soit contre d'autres peuples venus du dehors. On en a la preuve par les enceintes fortifiées ou camps retranchés, qui ont été découverts par MM. Hamour et Himelette. Ces camps sont ceux de Furfooz, de Pont-de-Bonn, de Simon, de Jemelle, de l'Hastedon et de Poilvache.

" Ces divers camps présentent des caractères communs. Ils sont généralement établis en surplomb de vallées escarpées, sur un massif de

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(1) César, de Bell. Gall. lit II. 4.

(2) L'homme primitif, par M. Louis Figuier.

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rochers, formant une sorte de promontoire, qui est relié au reste du pays par un étroit passage. Un large fossé était creusé dans cette langue de terre, et le camp tout entier était entouré d'une épaisse muraille de pierres, simplement assemblées les unes contre les autres, sans aucun mortier ni ciment. Au camp de l'Hastedon, près de Namur, cette muraille, qui était encore bien conservée au moment de sa découverte, mesurait trois mètres de largeur, sur une hauteur à peu près égale. Lorsqu'ils étaient attaqués, les hommes, réunis dans l'enceinte, faisaient pleuvoir sur les assaillants des pierres empruntées à leur mur, lequel devenait ainsi tout à la fois un ouvrage de défense et d'attaque.

" Ces positions retranchées étaient si bien choisies que la plupart continuèrent à être occupées pendant le siècle suivant. Nous citerons en exemple celle de Poilvache. Après avoir été citadelle romaine, elle se transforma, au moyen âge, en un château fort, qui fut détruit seulement au quinzième siècle.

" Les camps de l'Hastedon et de Furfooz ont également été utilisés par les Romains.

" Dans toute l'enceinte de ces anciens camps, on a trouvé des silex taillés et des débris de poterie, toutes choses qui suffiraient pour attester la présence de l'homme primitif. Les énormes

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murailles de ces mêmes camps indiquent en même temps qu'il a vécu, sur les points désignés, en agglomérations déjà nombreuses. "

La construction de ces camps, indiquait, chez les Belges, le choix raisonné de leur tactique, et il était impossible que leur nom n'en portât point une trace sérieuse : aussi en désassemblant les syllabes qui composent Belgae, on y trouve des hommes sachant, à la guerre, entourer leurs positions d'un mur ou d'une palissade, qui put les mettre à l'abri d'une surprise de l'ennemi, et l'effrayer par la difficulté ou l'impossibilité d'enlever de vive force leurs retranchements, - to pale (péle), entourer, palissader, - to cow (kaou), intimider, effrayer, - Pelkaou -.

Les Volkes Tectosages ne conduisaient pas une guerre de cette sorte. Leur ordre de bataille, - to come (keume), devenir, - to eke (ike), perfectionner -. Dédaignant l'abri d'un retranchement, lis fondaient sur l'ennemi, rapides comme la foudre, reformaient leurs rangs avec aisance, évoluaient sans souci du danger et comme assurés de la victoire. On est heureux de retrouver dans ce peuple, souche des Francks, la furia qui a rendu les armées françaises si redoutables.

Cette dissemblance dans le génie guerrier nous

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engage fortement à ne point considérer les Volkes Tectosages et Arécomiques comme deux tribus Belges, quoique le verbe to cow, effrayer, entre également dans la composition de Belgae et de Volcae.

Les Tectosages et les Arécomikes se partagèrent le midi de la Gaule, les premiers s'étendant depuis Bésiers jusqu'au Rhône avec Nemausus (Nîmes) pour ville principale. Nemausus, en celtique, signifie : maison de renom, - name (nème), renom, célébrité, - house (haouce), maison -. Quelle était donc cette maison renommée ? La maison carrée de Nîmes est citée encore de nos jours comme un monument remarquable. Mais comment cette maison a-t-elle pu devenir célèbre par cette unique et simple qualité d'être carrée ? C'est sans doute parce que, les Habitations gauloises affectant la forme ronde, une maison carrée construite dans la ville a excité un étonnement général et déterminé l'appellation de Nemausus. Peut être aussi toutes les maisons de la cité avaient-elles la forme carrée.

Les Tectosages avaient placé le siège de leur domination à Tolosa (Toulouse), qui existait déjà et était, probablement, la ville la plus grande et la plus considérable de la Gaule méridionale. La Garonne, navigable sur un grand parcours, prêtait son service aux embarcations gauloises, qu'on

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était cependant obligé de remorquer, pour les faire arriver jusqu'à Tolosa, devenu un centre commercial pour le Midi. On employait comme remorqueurs de magnifiques taureaux du pays, les chevaux étant aux yeux des Gaulois des bêtes trop précieuses pour servir à pareil usage. Aussi bien, le taureau, plus fort que le cheval, était-il plus propre à entraîner des embarcations souvent engagées dans le limon du fleuve, - to tow (), remorquer, - to low (), beugler, mugir, - ooze (ouze), vase, limon, - towlowooze.

La petite ville de Tolosa, dans le Guipuscoa, entouré de l'Oria, la plus forte rivière de cette province après la Deva, voyait aussi de légères embarcations Cantabres, remorquées par des taureaux, arriver jusqu'au pied de ses habitations.

La Garonne, Garumna, prend sa source dans les Pyrénées espagnoles. Cette contrée était occupée par la tribu des Garumnites, dont le fleuve Garumna a tiré son nom. Les montagnes des Garumnites nourrissaient de véritables troupeaux de chamois : l'espèce pyrénéenne est connue dans la région sous le nom d'isard. Cette appellation, tout à fait celtique, a trait à un détail important de la vie de ces animaux. Lorsque le troupeau pâture, deux ou trois vieux mâles se postent en sentinelles sur les éminences dominant le pâturage, et à la première apparence de danger, ils

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avertissent par un sifflement aigu : aussitôt le troupeau entier s'élance vers les hauteurs avec la rapidité de l'éclair, - to hiss, siffler, - hart, un cerf. Les isard sont couverts d'un poil laineux d'un brun foncé en hiver et d'un brun fauve en été. Chassés avec ardeur, les isards ont gagné les lieux les plus inaccessibles des Pyrénées, pour échapper à la poursuite des Garumnites et de leurs descendans, - gare (guère), laine grossière, - rum (reum) singulier, drôle, bizarre, - neat (nit), bêtes à cornes.

La description de l'espèce animale, renfermée dans Garumnites, se rapporte moins à l'isard qu'au bouquetin. Les poils de celui ci sont un peu plus longs : les cornes recourbées en arrière sont surtout remarquables : elles sont composées de nombreux anneaux, et la longueur totale en est si considérable chez les vieux mâles, que les extrémités atteignent l'origine de la queue, lorsque leur tête est relevée.

Les bouquetins ont disparu des Pyrénées, ils sont en petit nombre dans les Alpes.

Sur la fin de son parcours et après avoir reçu la Dordogne, la Garonne prend le nom de Gironde. Quoique les anciens auteurs désignent ce fleuve par le nom unique de Garumna, nous voyons cependant les géographes modernes, se fiant aux traditions locales, l'appeler aussi Gironde avant

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qu'il se jette à la mer. La première partie de ce nom, - to sheer (chir), lancer, rouler, - indique clairement, par ce terme de marine, que les vaisseaux Bordelais ont joué un rôle important dans la composition de Gironde, et la seconde partie dérivant de to undam (eundam), lâcher une écluse, cette appellation nous montrerait sur le bord du fleuve un véritable chantier de construction de navires gaulois, et leur lancement dans les eaux d'un bassin fermé par une écluse.

II

Le Languedoc - Les Wisigoths et les peuples dit Barbares

La contrée habitée par les Volkes Tectosages porte le nom de languedoc. Le dialecte parlé dans la région méridionale, longtemps après son accession à la France, a t-il réellement provoqué la dénomination de Languedoc par opposition à la Langue d'oïl, se rapportant au langage des Français établis au-dessus de la Loire ?

Nous sommes loin de le croire, et ce partage nous paraît tout à fait arbitraire et dénué de fondements sérieux. Guillaume de Catel, en ses Mémoire de l'histoire du Languedoc, imprimés à

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Tolose en 1633, s'exprime ainsi : " Nous tenons aujourd'hui fort peu de la Belgique, ce qui peut avoir donné sujet aux modernes de diviser ce que nous retenons des Gaules en deux langues ou deux parties, l'une qui se nomme la langue d'Ouy, de laquelle Paris est la capitale ; l'autre, le languedoc qui a Tolose pour métropole... Charle VIIeme dans l'ordonnance portant érection du Parlement de Tolose, la nomme Patria Occitania ; ce qui a donné sujet au Pape Innocent IV dans son registre, d'appeler ce pays Occitania. Mais communément et le plus souvent, il est nommé dans les anciens actes, patria linguae occitaniae.

" Plusieurs ont estimé que le pays de Languedoc aurait pris son nom des Goths qui ont longues années tenu le dit pays, d'autant que land en Allemagne signifie pays. Et partant, Languedoc semble être dit pays des Goths, même anciennement le languedoc fut appelé Gothie. Mais je crois qu'ils n'ont pas bien rencontré : car ce mot de Languedoc vient plutôt de la langue que les naturels parlaient. Car comme ceux du pays de la langue française sont appelés de la langue d'Ouy, de même ceux de ce pays sont appelés du Languedoc, c'est-à-dire, comme nous avons remarqué ci- dessus, langue de Oc. "

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Cette citation montre que le point de départ pris pour expliquer le terme Languedoc, est l'interprétation tout à fait erronée de Occitania. Nous avons déjà vu que l'expression Occitani, - hog-sea (hog-si), marsouin, - to-hit, frapper, - hand, main, - la main qui frappe le marsouin -, est attachée aux habitants des bords du golfe de Gascogne, Cantabres et Aquitains.

Toulouse a pu être considéré comme la ville la plus considérable du pays voisin des Occitani, cependant ce n'est point une raison suffisante pour que ce nom particulier, désignant une habitude professionnelle, se doive appliquer au langage du Languedoc, différant fort peu de celui des Aquitains de l'intérieur des terres, mais différent beaucoup de celui des Cantabres. Du reste, la langue parlée dans le Nord à l'époque dont parle Catel employait presque autant de mots celtiques et latins que la langue Toulousaine.

Il y a encre une erreur fort sensible dans l'affirmation de Guillaume de Catel, opposant la langue d'Ouy au Languedoc, car le Languedoc est ordinairement mis en parallèle, par les divers auteurs, non pas avec la langue d'Ouy, mais bien avec la langue d'Oïl, ce qui constitue une différence considérable. Quand Guillaume de Catel rapporte que, selon l'estimation de plusieurs, le Languedoc a été ainsi dénommé par les Goths, il

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était loin de soupçonner la vérité, entrevue par ces plusieurs ; en effet, les wisigoths parlant la langue celtique, le Languedoc était pour eux le Landok ou pays des chênes - land, pays, - oak (ôk) chêne -, opposé au landoïl ou pays de l'huile, - land, pays, - oil (oïl) huile - celui-ci comprenant la région habitée par les Arécomiques, et aussi certaines parties de la Provence.

Ces deux appellations attachées par les Wisigoths à la région méridionale de la France, possédée par eux, n'ont rien d'anormal ni de contraire aux habitudes des conquérants. Comme toutes les dénominations essentielles existaient depuis longtemps déjà dans la contrée, les wisigoths ont simplement divisé leurs possessions gauloises en deux parties, désignées par les traits généraux des productions du sol.

Ces explications ne doivent point paraître tout a fait hasardées, si l'on considère que les Wisigoths d'Espagne, maîtres du royaume de Toulouse, parlaient la langue celtique, comme leur nom particulier l'établit clairement.

Les historiens ont cru devoir appeler les Wisigoths et les Ostrogoths, les Goths de l'Ouest et de l'Est ; mais en réalité, leur nom provient plutôt des qualités ou des habitudes guerrières qu'ils s'attribuaient, et de la direction de leur marche vers un climat plus clément que le leur. Ainsi les

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Wisigoths s'avançaient avec prudence et habileté vers de chaudes terres - wize (ouaïze), prudent, habile, - to go, marcher, - hot, chaud -, tandis que, eu se dirigeant aussi vers ces contrées privilégiées, les Ostrogoths, dédaignant les feintes habiles, attaquaient brutalement l'ennemi, - to host, attaquer, - raw (râu) grossier, brut, - to go, marcher, - hot, chaud -. Ce n'est point d'une manière fortuite que le nom des Wisigoths et des Ostrogoths, s'interprète par la langue celtique, puisque les noms des autres peuples qui ont démembré l'empire romain s'expliquent aussi avec la même facilité.

Les jutes du Juland, - to jut, avancer, saillir, - land, terre -, les Angles -, to angle, pêcher à la ligne -, les Saxons, faisaient partie des Tectosages fixés au-delà du Rhin, et sous des noms inconnus jusque là, couraient ravager les contrées dans lesquelles s'étaient multipliés leurs aïeux. Les hérules aux manteaux de poil, venus de l'Euxin, - hair (hér), poil, - hull, couverture extérieure ; - les Gépides, qui veillaient avec soin à leur haute taille et à la beauté de leur corps, - shape (shépe), taille, proportion du corps, - to head (hid), faire attention ; prendre garde - ; les Lombards ou Longobards, qui désiraient ardemment la lutte violente et rude, - to long, désirer ardemment, to cope, lutter, -

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hard, pénible, dur - ; les Vandales eux-mêmes, qui n'avaient point de maisons, et détruisaient de fond en comble les monuments et les maisons des autres peuples, - to want (ouâunt), n'avoir point, - hall, maison ; tous, malgré leurs noms différents, ne laissaient pas que d'appartenir à la même famille de Gomer.

III

Les Franks - Leur origine

Les Franks formaient sur la rive droite du Rhin une confédération de tribus, se confondant dans une dénomination générale, qui était pour eux comme un signe de ralliement. Ils se faisaient gloire d'un caractère généreux et sincère, - frank, sincère, - et avaient renoncé à l'ancien titre de pillards conservé seulement dans une de leurs tribus. Leurs sentiments de pudeur et de réserve étaient gravés dans le nom des Chamaves, - shame (shème), pudeur, - to have, posséder, - compris dans cette confédération. Voici un portrait des Franks fait par un poète latin, à peu près dans le temps où ils commençaient à s'établir dans les Gaules : " ils ont, dit il, la taille haute, la peau fort blanche, les yeux bleus ;

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leur visage est entièrement rasé, à l'exception de la lèvre supérieure, où ils laissent croître deux petites moustaches. Leurs cheveux, coupés par derrière, long par devant, sont d'un blond admirable. Leur habit est si serré, qu'il laisse voir toute la forme de leur corps. Ils portent une large ceinture où pend une épée lourde, mais extrêmement tranchante. C'est, de tous les peuples connus, celui qui entend le mieux les mouvement et les évolutions militaires. Ils sont d'une adresse si singulière, qu'ils frappent toujours où ils visent ; d'une légèreté si prodigieuse, qu'ils tombent sur l'ennemi aussi tôt que le trait qu'ils ont lancé ; enfin d'une intrépidité si grande, que rien ne les étonne, ni le nombre des ennemis, ni le désavantage des lieux, ni la mort même avec toute ses horreurs ; ils peuvent perdre la vie, jamais ils ne perdent courage. " (1)

C'est le portrait fidèle des Volkes, renfermés d'ailleurs dans leur nom - to vault, - voltiger, - to cow, effrayer -.

La contrée occupée par les Franks était une partie du pays dont les Volkes Tectosages s'étaient emparé sur les Germains. Leur présence dans cette région est une indication sûre de leur

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(1) Histoire de France par Em. Lefranc.

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origine ; car aucun peuple n'a jamais réussi à déposséder les Tectosages de leurs conquêtes. Les Jutes, les Angles, les Saxons ; les Frisons - free (fri) indépendant, - son, fils, descendant -, appartenaient à la famille des Tectosages, et les Franks, séparés par leur générosité de leurs frères les pillards Saxons, accusent aussi par leur position sur la rive droite du Rhin, par leurs moeurs, leur constitution et leurs croyances, la même origine.

L'extérieur des Franks ne différait point de l'extérieur des Gaulois, leur religion présentait une analogie frappante avec le druidisme : elle avait pour fondement l'immortalité de l'âme, et, disent les historiens, leurs autels ne furent jamais souillés de sang humain. Ce dernier trait de leurs moeurs nous fait connaître qu'au temps de la migration des Tectosages de Toulouse, les sacrifices humains n'existaient point dans la Gaule. La tactique guerrière des Franks les décèle surtout comme étant la vraie lignée des Volkes Tectosages et Arécomiques.

Ils avaient eu singulièrement raison ces Cimmériens du vieux temps de prendre le nom de Volkes, puisque, d'après le poète latin cité plus haut, aucun peuple n'entendait mieux les mouvements et les évolutions militaires que leurs descendans, les guerriers Franks.

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La confédération Franke était composée de tribus réputées germaines et connues comme telles par les historiens latins. Tacite parle des Cherusci, des Chatti, des Bructeri, dans l'histoire de l'expédition de Germanicus au-delà du Rhin. Les Chatti, les Chauci, les Bructeri, les Cherusci et d'autres encore étaient compris parmi les Franks. Ces appellations diverses sont presque synonymes et présente la même pensée. Ainsi les guerriers Chatti brisaient tout sur leur passage, - to shatter, fracasser - ; les Chauci aimaient les attaques, les heurts violents, - to shock, attaquer ; les Bructeri, dans leurs mouvements et leurs évolution légères, taillaient en pièce les ennemis - to brush (breuch), passer brusquement, - to tear (tér), mettre en pièces, et les Cherusci accueillaient par des clameurs d'enthousiasme le partage du butin - to share (shère), partager, - to huzza (houzzé), accueillir par des cris d'acclamation -. Tous ces titres portés avec orgueil par les diverses tribus se réduisent en résumé au titre de Volkes Tectosages ou dévastateurs à l'allure rapide. C'est toujours le même peuple recherchant la guerre avec ses aventures, ses dangers glorieux et attendant le partage égal du butin entre les guerriers de l'expédition.

L'histoire du vase de Soissons, témoigne de ce droit incontesté au partage des dépouilles, entre

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les soldats. " Clovis," dit Em. Lefranc (1), " désirant entretenir les bonnes dispositions du clergé gaulois, évita de passer avec son armée dans les grandes villes dont il avait reçu la soumission. C'était le seul moyen de sauver du pillage les couvents et les basiliques qui renfermaient beaucoup de richesses. Cependant une des églises de Reims ne put échapper à la rapacité d'une bande de maraudeurs franks. Dans leur butin se trouvait un vase sacré d'une grandeur et d'une beauté singulières.

" L'évêque, instruit de ce fait, députa vers Clovis pour réclamer ce vase. Charmé d'être agréable au prélat, le roi dit aux envoyés : Venez avec moi à Soissons et si parmi le butin je trouve l'objet ravi, je vous le rendrai. Tout le butin était mis en commun après la campagne, et le sort réglait le partage entre tous. On ne tarda pas à découvrir le vase précieux parmi les dépouilles rassemblées, sous une tente, au milieu de la place publique de Soissons. Mes braves compagnons, dit alors Clovis aux Franks, il ne vous sera pas désagréable que je prenne le vase, et que je le rende aux gens qui le réclament ? Les officiers et les soldats y consentirent. Non, certes, dit un guerrier brutal et jaloux,

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(1) Histoire de France par Em. Lefranc.