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Avant-propos
Le titre donné à cet ouvrage semble, au premier abord, trop
prétentieux pour être rigoureusement exact. Il est facile , toutefois, d'en
démontrer la vérité, puisque la langue celtique n'est point une langue morte,
disparue, mais une LANGUE VIVANTE, parlée dans l'univers par des millions
d'hommes. Le langage d'une nation aussi puissante que l'était la nation
Gauloise , aurait-il pu se perdre ainsi sans laisser aucune trace ? Est-il bien
surprenant qu'un peuple de notre Europe se serve encore, pour exprimer ses
pensées, des termes sortis de la bouche des hommes aux temps les plus reculés du
monde? Sans
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doute, ce peuple, qui cherche
aujourd'hui avec ardeur à renouer le fil de ses traditions interrompues , ignore
les diverses migrations de ses valeureux ancêtres, mais avec le secours de sa
langue nationale, il peut se livrer à des recherches, qui, certainement, seront
couronnées du plus heureux succès. La langue vivante, à laquelle nous faisons allusion, nous a
puissamment aidé à découvrir le magnifique monument celtique existant à
Rennes-les-Bains, et, de son côté, l'étude de ce monument nous a conduit avec
sûreté à des déductions étymologiques qui nous semblent difficiles à
réfuter. C'est ainsi que le Cromleck de Rennes-les-Bains se trouve
intimement lié à la résurrection, ou, Si l'on veut, au réveil inattendu de la
langue celtique.
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Observations preliminaires
Préoccupé de mettre par écrit quelques remarques sur la station
thermale de Rennes-les-Bains, où Dieu nous avait appelé à exercer le ministère
paroissial, désireux de faire revivre d'antiques souvenirs, nous pensions, à
tort ou à raison, que le nom de Rennes, renfermant sans doute en lui-même
l'histoire du pays dans les temps celtiques , nous découvrirait, par une
interprétation exacte, bien des choses intéressantes au sujet des roches aiguës
qui couronnent nos montagnes. Deux pierres branlantes, placées sur une arête de
colline, nous invitaient aussi à interroger avec persévérance un passé,
d'ailleurs, fort ténébreux. Mais comment
|
| - II -
pénétrer le secret d'une histoire locale
par l'interprétation d'un nom composé dans une langue inconnue, lorsque
l'histoire de la Gaule ancienne est encore plongée dans une obscurité
désolante?
La plupart des peuples de l'antiquité ont laissé des écrits : ils
ont eu des historiens , des poëtes, et de leurs récits, ou fabuleux ou fortement
empreints de ce patriotisme orgueilleux qui les exagère, défaut commun à toutes
les nations, on peut dégager les certitudes de leur origine et les phases
diverses de leur développement.
Chez les Celtes, rien de pareil : de toutes parts une nuit
profonde. Des chercheurs intrépides , des historiens illustres ont poussé le
plus loin possible leurs investigations passionnées. Tous les écrivains de
l'antiquité ont été interrogés. La somme des connaissances acquises reste
toujours fort incomplète. Où trouver le " flambeau " qui dissipera ces ténèbres?
N'est-ce pas dans le vieux langage que nos pères nous ont légué?
" Les dialectes , dit J. de Maistre, les noms propres d'hommes et
de lieux me semblent des |
| - III -
mines presque intactes et dont il est
possible de tirer de grandes richesses historiques et philosophiques. " (1).
Le dialecte languedocien parlé dans nos contrées, ne paraît pas
une voie bien sûre pour que l'on puisse en la suivant, conserver l'espoir
d'arriver à un résultat important. Néanmoins, cette voie, nous l'avons parcourue
avec patience, dans la ferme persuasion que la Providence Divine dirigerait nos
pas et nous permettrait d'atteindre au but de nos efforts.
Lorsque le flambeau que nous cherchions avec anxiété, s'est
montré à nos yeux, son premier rayon est tombé sur le nom des Tectosages, et ce
rayon nous a ébloui. Il était nécessaire toutefois de ne pas se livrer
pleinement à l'imagination, et dans l'intention de nous convaincre nous-même de
la réalité de cette lumière, propre à éclairer les temps gaulois, nous avons
tenté de la faire réfléchir par les miroirs des langues hébraïque, punique,
basque et celtique. Le résultat nous a paru sérieux, et avant de nous servir du
langage des Tectosages pour expliquer la signification des monu- |
| - V -
ments mégalithiques de
Rennes-les-Bains, objet premier de nos recherches, nous l'avons appliqué à
l'interprétation des noms propres pris dans ces langues diverses. C'est pourquoi
on trouvera, en premier lieu, dans ce travail ces essais d'interprétation; car
ils sont destinés à servir de preuve décisive. |
| - 1 -
Chapitre I _____
Langue
celtique
I
Précis de l'occupation première des Gaules
Il n'est pas sans utilité, croyons nous, de faire précéder cette
étude d'un rapide résumé des connaissances actuelles sur la célèbre nation
Gauloise. La Gaule a été le point central de l'établissement définitif de la
famille Celtique dans les contrées occidentales de l'Europe, et le nom même de
gaule qu'elle a conservé, témoigne de la domination persistante, dans ce pays,
de son peuple valeureux. Elle était comprise entre l'Océan, les Pyrénées, la
Méditerranée, les Alpes et le Rhin. La partie méridionale, depuis le golfe de
gascogne jusqu'a la Méditerranée, a été occupée d'abord par les |
| - 2 -
Ibères et les Ligures venus de la
péninsule espagnole.
Les gals, descendans de gomer, fils de Japheth, partirent de
l'Asie Mineure à une époque que l'on ne peut préciser, se répandirent dans la
Gaule en refoulant les Ibères vers le sud, les ligures vers l'Est, et
envahissant l'Espagne, se mêlèrent aux Ibères.
Les Aquitains, tribu ibérienne, résistèrent aux envahissements
des Gals et conservèrent leur position entre l'Océan, les Pyrénées et la
Garonne. Vers le seizième siècle avant Jésus Christ, les Gals étaient les
maîtres incontestés de la Gaule.
La conquête de l'Espagne par les Gals força les Ligures à se
déplacer, et, vers l'an 1400 avant Jésus-Christ, après avoir franchi les Alpes,
ces derniers fondèrent en Italie la domination des Ambras ou Ombres, 647 ans
avant la fondation de Rome.
C'est à cette première branche de la famille gauloise, que,
d'après Am. Thierry, les anciens historiens appliquent plus particulièrement le
nom de Celtes.
Les Kimris formaient la seconde branche de la famille gauloise
Les Grecs les nommaient Kimmerioi et les Romains les appelaient Cimbri. En l'an
631 avant Jésus-Christ, les peuples |
| - 3 -
scythiques, au rapport d'Hérodote,
fondirent sur les bords du Palus-Méotide et poussèrent devant eux les Kimris qui
se dirigèrent vers le soleil couchant sous la conduite de Hu-ar-Bras,
remontèrent le cours du Danube et envahirent la Gaule par le Rhin. Suivant les
traditions Kimriques, Hu-ar-Bras ne s'établit point dans la gaule, mais il
traversa l'Océan brumeux et conquit sur les Gals l'île d'Albion.
Pendant ces émigrations et ces conquêtes des Kimris, ancus roi de
Rome, victorieux de ses voisins, Batit la ville d'Ostie à l'embouchure du
Tibre.
Cependant de nouvelles tribus de Kimris inondaient successivement
les Gaules, et " après une immense mêlée, la Gaule apparaît partagée entre les
Kimris et les Gaels." (1) Les Kimris, à l'ouest, occupent les cotes de la mer
ainsi que les plaines du nord et du Nord-Est, et les Gaels retiennent l'Est et
le centre de la Gaule.
C'est à la suite de ces mouvements des populations que les
historiens placent les deux émigrations de Sigovèse et de Bellovèse neveux
d'Ambigat, roi ou chef des Bituriges, en l'an 587 avant Jésus-Christ. Bellovèse
prit le chemin de l'Italie ; Sigovèse se dirigea vers le Nord-est,
_________
(1) Histoire de france par H. Martin. |
|
- 4 -
franchit le Rhin, et traversant la forêt
Hercynienne, vint s'établir sur les bords du Danube.
Environ 300 ans avant Jésus Christ, une puissante confédération
de Kimris, celle des Belges, envahit le nord de la Gaule et s'en empara. Deux
tribus belges, les volkes Tectosages et, les Volkes Arécomiques traversèrent la
Gaule, les armes à la main, et s'arrêtèrent dans le Midi, les Volkes Tectosages
sur les bords de la Garonne, à Toulouse, dont ils firent leur capitale, et les
Volkes Arécomiques, à l'Est des Cévennes, avec leur centre à Nimes.
Les Volkes Tectosages ne restèrent pas longtemps en repos dans le
pays qu'ils venaient de conquérir. Vers 281 avant Jésus-Christ, une forte
émigration alla rejoindre, sur les bords du Danube, les tribus gauloises qui
descendaient des compagnons de Sigovèses. Emportés par leur humeur guerrière,
tous ces Gaulois se divisèrent en trois corps et s'abattirent comme un ouragan
dans la Macédoine, l'Epire et la Thrace. Une partie de ces Tectosages,
insatiables d'aventures, traversèrent l'Asie Mineure, et, près de leur patrie
primitive, fondèrent une nouvelle Gaule, la Galatie.
" Les Gaulois remplissaient ainsi du fracas de leurs armes " le
monde ancien tout entier. L'étendu- |
|
- 5 -
" de leurs possessions directes, le territoire occupé en corps "
de nation par les Gallo-Kimris, était immense. Si l'on jette " un regard sur la
carte du monde ancien vers la première " moitié du troisième siècle avant notre
ère, on voit la race " gauloise déployée depuis Erin, (Irlande) jusqu'à
l'Estonie " (à quelques marches de Saint Pétersbourg), depuis la " pointe
septentrionale de la presqu'île Cimbrique " (Danemark) jusqu'aux Apennins,
depuis les trois Finisterre " de Bretagne, de Gaule et d'Espagne jusqu'aux
frontières " du pont et de la Cappadoce, en passant par le Danube " qu'ils
tiennent jusqu'au delà de son confluent avec la Save, " par les Carpathes, les
Alpes Illyriennes, l'Hémus et la " Thrace. Les Gaulois planent sur l'Europe, des
extrémités " de l'Espagne au Pont-Euxin. " (1)
II
Langue celtique
D'après ce rapide exposé, on voit que les historiens font
intervenir dans la possession des Gaules, d'abord les Gals, puis les Kimris et
_________
(1) Histoire de france par H. Martin. |
|
- 6 -
enfin les Belges, dont ils font
descendre, sans aucune certitude, les Volkes Tectosages et Arécomiques.
On pourrait se demander pourquoi les historiens modernes nomment
Gals ou Gaels les premiers habitants de la Gaule, lorsque Jules César (1) nous
avertit que les Gaulois, dans leur propre langue, s'appelaient Celtae et dans la
langue latine Galli. Ces deux appellations sembleraient donc être synonymes et
posséder une signification unique, et c'est bien là ce que prouve d'une manière
péremptoire M. l'abbé Bouisset, dans son mémoire sur les trois collèges
druidiques de Lacaune. Le terme Celtae - Kell - avait pour ces peuples un
sens très positif désignant l'homme fait, et l'expression Galli, d'après les
explications lumineuses de M. l'abbé Bouisset, renfermerait la même idée.
Dans la mythologie grecque, les Gaulois étaient les sujets de
Galatès, fils d'Hercule. La réputation guerrière de Galatès fut immense, ainsi
que celle de sa force et de ses vertus. Nous ne dédaignerons pas de recueillir,
au milieu des allégories de la mythologie, ces détails en apparence fort
secondaires, mais en réalité d'une utilité considérable. _________
(1) De bello gallico. lib. 1. |
|
- 7 -
A l'époque où César porta la guerre dans
les Gaules, il nous la montre occupée par trois peuples : les Belges, les
Aquitains et les Celtes. " Ils diffèrent tous, dit-il, par le langage. Cependant
cette différence ne devaient pas être bien profonde. Dans un mémoire sur
l'origine des langues celtique et française, Duclos, né à Dinan en 1704,
secrétaire perpétuel de l'académie Française, s'exprime ainsi : " A défaut de
monuments, c'est-à-dire d'ouvrages écrits, nous n'avons d'autre lumières sur la
langue celtique que le témoignage de quelques historiens, desquels il ressort
que la langue celtique était commune à toutes les Gaules. Les Gaules étaient
divisées en plusieurs états (civitates), les états en pays (pagi)
qui tous se gouvernaient par des lois particulières, et ces états formaient
ensemble un corps de république, qui n'avait qu'un même intérêt dans les
affaires générales. Ils formaient les assemblées civiles ou militaires ;
celles-ci appelées comitia armata, ressemblaient à l'arrière-ban. Donc,
nécessité d'une langue commune pour que les députés pussent conférer, délibérer
et former sur le champ des résolutions qui devaient être connues des assistants
; et nous ne voyons dans aucun auteur qu'ils eussent besoin d'interprètes.
Nous voyons, d'ailleurs, que les Druides, faisant à la fois
fonction de prêtres et de juges, avaient cou- |
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- 8 -
tume de s'assembler, une fois l'année,
auprès de Chartres, pour rendre la justice aux particuliers, qui venaient de
toutes parts les consulter. Il fallait donc qu'il y eut une langue générale et
que celle des Druides fut familière à tous les Gaulois...
Il y avait aussi plusieurs nations, dont la langue devait avoir
beaucoup de rapports avec la Gaulois. Il y a apparence que les Gaulois et les
Germains ne devaient point différer beaucoup ces peuples ayant la même origine
celtique ; des Germains étaient venus s'établir dans les Gaules et des Gaulois
étaient réciproquement passé dans le Germanie, où ils avaient occupé de vastes
contrées... "
Ces pensées judicieuses conduisent l'auteur du mémoire à affirmer
que les différences de langage observées par Cesar étaient seulement des
différences dialectiques. Nous ne le suivrons pas dans ces considérations fort
justes sur l'altération considérable produite dans la langue celtique par
l'établissement en Gaule de la famille latine. Nous faisons remarquer néanmoins,
que s'il avait tiré de ses prémices une conséquence rigoureuse, il aurait été
amené à conclure, que la langue celtique a dû conserver une intégrité parfaite
dans une contrée, dont les Romains n'auront jamais foulé le sol.
Il est bien avéré que les Gaulois n'ont point |
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- 9 -
laissé de monuments écrits, parce qu'ils
avaient peut-être plus de confiance dans les traditions, et il n'y a pas lieu
d'être étonnés de cette manière d'agir, si l'on fait attention à la tenacité des
traditions chez un certain peuple de l'Europe, que nous désignerons plus loin
avec clarté. Cependant, il n'est pas admissible, que la nation celte n'ait point
laissé aux siècles futurs le souvenir de ses moeurs, de sa religion et de son
industrie. Cette histoire des Gaulois n'est point écrite dans les livres ; elle
est gravée sur le sol même qu'ils occupaient. Ils ont donné aux tribus, aux
terrains, aux montagnes, aux fleuves de la Gaule des noms que le temps lui-même
n'a pu effacer. Là est renfermée leur véritable histoire.
Ces appellations possèdent certainement un sens précis, plein de
révélations intéressantes, quoique toutes les langues semblent impuissantes à
expliquer ces énigmes.
La décomposition de ces noms propres de lieux, d'hommes, de
tribus, a préoccupé sérieusement bon nombre d'esprits : on s'est efforcé de
rechercher cette langue, qui a rempli notre sol de dénominations indélébiles,
dont la signification inconnue jette à notre légitime curiosité un défi
incessant.
Sir William Jones, fondateur de la société asiatique de Calcutta,
avait remarqué tout d'abord une certaine affinité entre le sanscrit, le grec et
|
|
- 10 -
le latin. Ils devaient donc avoir une
origine commune et, sans oser l'affirmer, il a soupçonné que le celtique et le
gothique provenaient de la même source que le sanscrit.
La grammaire comparée des langues européennes de François Bopp a
expliqué ensuite, comment les lois grammaticales permettent de découvrir dans le
sanscrit, le persan, le grec, le latin et le gothique, non plus une simple
affinité, mais une réelle communauté d'origine.
Tout récemment encore, " M.Tregear a lu devant la société
philosophique de Wellington, une étude sur les Maori en Asie. Il a cité la
langue Hindostani moderne et la persane en regard de la langue Maori, faisant
voir nombre d'accords remarquables entre elles. Les mots cités étaient en
eux-mêmes pleins d'histoire et ont fourni la preuve du grand espace de temps
écoulé, depuis que les Maori ont habité l'inde.
Partant des langues de l'Europe, l'orateur a fait voir que des
centaines de mots semblables à ceux de la langue Maori se trouvent dans les
langues grecque, latine, lithuanienne, celte, etc, etc. Mais la partie la plus
intéressante de son étude était celle qui constatait l'identité du Maori et de
l'anglais, en ne tenant pas compte des mots Anglo-Maori, mots fabriqués |
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- 11 -
des deux langues, depuis la conquête du
pays par l'Angleterre. " (1).
Toutes ces observations successives ont conduit à penser que la
langue sanscrite donnera peut-être la clef de langue celtique, et on l'a cru
avec d'autant plus de raison, que les Celtes sont venus de l'Asie, berceau du
genre humain.
Nous pouvons observer que les dialectes parlés dans la France,
l'Irlande et l'Ecosse devraient nous donner cette clef plus facilement encore
que le sanscrit ; car l'altération du langage n'empêche pas, même aujourd'hui de
retrouver les mêmes termes celtiques dans les dialectes irlandais, écossais,
gallois breton et languedocien. On pourrait faire des citations nombreuses ;
mais nous nous bornerons à quelques-unes.
La pellicule du blé moulu et passé au blutoir se nomme, en
dialecte languedocien, brén ; en breton bren ; en gallois bran ;
en irlandais et écossais bran. La bruyère, si commune dans les landes de la
Gaule, s'appelle, en languedocien brugo ; en breton bruk et brug ;
en gallois grug et brwg. Le verbe français nettoyer se traduit en
languedocien par scura ; en écossais par sguradh ; en irlandais par
sguradh. Le nom français de l'aune, _________
(1) The advocate, 5 sept. 1885, journal de Melbourne,
Australie. |
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- 12 -
essence d'arbres, se dit en languedocien
bergné ; en breton et en gallois gwern ; en écossais et irlandais
fearn. (1)
III
Dialecte languedocien et les Tectosages
Il est donc certain, par quelques exemples, que des mots
celtiques se retrouvent dans le langage des descendans des Celtes en Bretagne et
en languedoc ; aussi nous n'hésiterons pas à faire l'épreuve du dialecte
languedocien, pour tacher de découvrir la vraie langue celtique parlée par nos
ancêtres. Néanmoins, il doit paraître bizarre que nous choisissions le dialecte
languedocien plutôt que le breton pour nous mettre sur la voie ; nous
invoquerons pour cela une sérieuse raison historique, et en examinant de près
les émigrations des Volkes Tectosages, on se convaincra pleinement de la
justesse de ce choix. A une époque fort indécise et que les historiens croient
pouvoir déterminer, cependant, comme étant le quatrième siècle avant Jésus
Christ, deux tribus que l'on dit appartenir aux Belges, les Volkes Tectosages et
les Volkes Aré- _________
(1) Les noms bretons, irlandais, écossais et gallois sont pris de
l'ouvrage de M. A. de Chevallet : origine et formation de la langue
française. Ier Vol |
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- 13 -
comiques traversèrent la Gaule et
vinrent s'établir dans le midi Gaulois entre la Garonne, les Pyrénées et le
Rhône. Les Tectosages firent de Toulouse leur capitale et les Arécomiques se
placèrent à l'est des Cévennes avec Nimes comme point central de leur
domination. Vers l'année 281 avant Jésus-Christ, une forte émigration de
Tectosages se dirigea vers le Danube pour rejoindre leurs frères, aussi
Tectosages, qui possédaient les rives du fleuve.
Mettons maintenant en regard de ces faits les indications
fournies par Jules César.
" Bien avant, il fut un temps où les Gaulois surpassaient les
Germains en valeur guerrière et ils leur ont fait la guerre jusque chez eux :
les champs ne suffisaient plus à nourrir une population trop nombreuse. Ils
envoyèrent des colonies au-delà du Rhin. C'est donc dans les terres de la
Germanie les plus fertiles, autour de la forêt Hercynie, que les Volkes
Tectosages se sont établis après les avoir conquises. Ce peuple jusqu'à présent
occupe ce même territoire. " (1)
Au temps où Cesar écrivait ces lignes, les Volkes Tectosages
étaient donc établis en maîtres _________
(1) Lib. VI. 24. de bello gallico. |
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- 14 -
incontestés sur la rive droite du Rhin
et autour de la forêt Hercynie, c'est-à-dire, au nord de cette immense forêt,
depuis le Rhin jusqu'à l'Oder et peut-être même au delà ; et de plus, ils
possédaient la rive gauche du Danube qui coule au sud de la même forêt. César ne
fixe point l'époque des conquêtes des Tectosages ; mais la chose la plus
importante à observer, c'est que les pays situés sur le rive droite du Rhin et
conquis sur les Germains, leur ont toujours appartenu.
Après Jules César, les auteurs ne font plus mention des
Tectosages. Il semblent disparaître du monde, tant le silence s'est fait profond
autour de leur nom. Nous les retrouverons cependant bientôt, en prenant pour
guide l'étymologie de Volkes Tectosages et nous pourrons suivre encore la longue
trace de leurs expéditions guerrières.
Volkes (Volcae) dérive des verbes to vault
(vâult), voltiger, faire des sauts et to cow (kaou),
intimider ; Tectosages est produit par les deux autres verbes to take
to (téke to), se plaire à..., et to sack, piller,
saccager. En réunissant les quatre verbes constituant les deux appellations,
nous constatons dans leurs significations diverses, que les Volkes Tectosages
effrayaient les ennemis par la rapidité de leurs évolutions dans le combat et se
plaisaient à dévaster et à piller. |
|
- 15 -
Ne laissons point passer inaperçue cette
allure bondissante, traditionnelle parmi les voltigeurs des anciennes armée
Françaises, et conservée encore dans nos régiments de Zouaves et chasseurs à
pied, car les Volkes sont ancêtres des Franks, comme on pourra s'en assurer
lorsque nous parlerons des tribus Frankes.
Les mouvements guerriers des Volkes se distinguaient donc par une
célérité portant avec elle l'effroi, ordinairement couronnée par la victoire et
suivie de la dévastation et du pillage. En résumant le nom des Volkes
Tectosages, nous voyons en eux de rapides et effrayants pillards.
Cette appellation n'avait rien que de glorieux pour ce peuple ;
car le pillage, c'était la guerre, et on sait que les cimmériens l'aimaient avec
passion. Aussi cette signification honorable du terme pillard s'est-elle
conservée intacte dans le pays occupé par eux au Midi de la France. Lorsqu'un
enfant montre une intelligence vive, une âme pleine d'énergie, et lorsque cet
esprit énergique est servi par un corps dont les membres sont agiles et nerveux,
les parents en parlent avec orgueil et l'appellent " un Pillard ". Ils vont même
plus loin dans la signification de ce mot ; si on les interroge sur le nombre de
leurs enfants, ils répondent, sans hésitation, qu'ils ont " un, deux ou trois
Pillards "- |
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- 16 -
L'histoire, avons-nous dit, après César, ne parle plus des Volkes
Tectosages, et ce silence est d'autant plus extraordinaire que le peuple qui
avait envoyé des colonies au delà du Rhin, autour de la forêt Hercynie, sur les
bords du Danube et jusqu'en Asie ne pouvait perdre si rapidement les traditions
de son génie aventureux. Toujours avides d'expéditions guerrières, ils
reparaissaient avec éclat sous le nom de Saxons. Ils déclaraient ainsi
ouvertement et à la face des nations, qu'ils étaient bien les fils, les
descendans directs des Tectosages, - to sack, piller, -
son, fils descendant. Ils est remarquable que les historiens les
appellent toujours les Saxons pillards. Ce qualificatif était en réalité leur
véritable nom, et, d'une manière inconsciente, ces historiens expliquent, par le
terme de pillards, le sens exact de Saxons.
Vers l'année 446 après Jésus-christ, le chef des Bretons de l'île
de Bretagne, Wor-Tigern, demanda du secours aux Saxons pour le délivrer des
Pictes et des Scots qui cherchaient à l'opprimer. Les Saxons se hâtèrent de
voler dans l'île de Bretagne sous la conduite des deux frères Hengis et Horsa,
et, après avoir battu les Pictes et s'être rendus les maîtres de l'île, ils
exterminèrent les Bretons leurs alliés. Les Angles, - to angle,
pêcher à la ligne, - qui vivaient sur les bords de la mer Baltique, vinrent
prendre avec |
|
- 17 -
leurs frères Saxons leur part du pillage
et, après avoir forcé la plus grande partie des Bretons échappés au massacre de
se réfugier en Armorique, ils fondèrent le royaume AngloSaxon connu sous le nom
d'Angleterre.
Les Tectosages, suivant les historiens, étaient de race Kimrique,
et les Cimbres - Kimbo, fourchu, - to harry, dévaster - les
dévastateurs fourchus, allusion aux cornes d'urus dont les guerriers ornaient
leur tête, - les Cimbres disons nous, appartenaient à la famille celtique : ils
devaient donc, Cimbres et Tectosages, parler le langage de leur famille.
La possession de l'île de Bretagne par les Tectosages a exercé
sur eux une influence favorable à la conservation de leur langage et de leurs
moeurs. L'isolement les a préservés des altérations profondes subies par les
langues des autres peuples de l'Europe, tout en leur laissant la liberté la plus
entière pour les colonisations lointaines, qui sont un trait spécial de leur
caractère.
IV
Dialecte languedocien et la vraie langue celtique
La généalogie des Anglo-Saxons telle que nous présentons,
pourrait encore, malgré |
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- 18 -
tout, paraître à quelques uns purement
hypothétique, mais il est facile de l'appuyer d'une preuve convaincante, puisque
la langue des Tectosages a laissé des traces profondes dans l'idiome
languedocien. Une simple comparaison entre quelques termes languedociens et
leurs correspondants Anglo-Saxons suffira à démontrer la complète analogie des
deux langues. Désirant cependant éviter l'ennui de comparaisons trop
multipliées, nous donnerons seulement les expressions les plus connues et les
plus usitées. (1)
|
Dialecte
Languedocien |
Langue
Anglo-Saxonne |
| Alader,
arbre vert à feuilles persistantes. |
Alder,
aune. |
| Ander,
chenêt |
Andiron
(andaïeurn),chenêt |
| d'Arréou,
à la file. |
Array(arré),ordre
de bataille. |
| Baïssel,
vaisseau, tonneau. |
Vessel,
vaisseau, tonneau. |
| Barata,
troquer, échanger |
to
Barter, troquer, échanger. |
| Bouich,
buis. |
Bush
(bouch), buisson. |
| Bécka,
sommeiller. |
to
Beck, faire un signe de la tête. |
| Bolo,
une boule. |
Ball
(bâul), une boule. |
| Bosk,
un bois. |
Bosky,
boisé. |
_________
(1) Les mots saxons sont empruntés au dictionnaire
anglais-français de Percy Sadler. Nous tenons ce dictionnaire de l'obligeance de
M. William O'Farrel. M. William O'Farrel est auteur d'une grammaire anglaise,
admirable d'ordre et de clarté. |
|
- 19 -
| Braou,
jeune taureau |
Braw
(braou), front, air. |
| Braza,
souder avec du cuivre. |
to
Braze (brèze), souderavec du cuivre. |
| Brèn,
son. |
Bran,
son. |
| Bugado,
lessive. |
Buck
(beuk), lessive. |
| Caicho,
caisse. |
Cash,
caisse. |
| Cambo,
jambe. |
Ham,
jambe. |
| Catcha,
serrer, presser. |
Catch,
capture, crampon. |
| Clapa,
frapper. |
to
Clap, frapper. |
| Clouko,
poule qui glousse. |
to
Cluck, glousser. |
| Carreto,
charreite. |
Car,
chariot. |
| Cost,
prix. |
Cost,
prix. |
| Costo,
côte, rampe. |
Coast
(kost), côte, rivage. |
| Counta,
calculer, compter |
to
Count (kaount), calculer. |
| Crinko,
sommet. |
Crinkle,
pli, sinuosité. |
| Dérouca,
ébrancher, écorcer. |
to
Roughcast (reuffcast), tailler grossièrement. |
| Despatcha,
hâter. |
to
Despatch, expédier. |
| Escapa,
échapper. |
to
Escape (iskepe) échapper. |
| Estreït,
étroit. |
Strait
(strète), étroit. |
| Flac,
sans force. |
to
Flag, tomber de faiblesse. |
| Flasketo,
poire à poudre. |
Flasck,
une poire à poudre. |
| Franchiman,
un Français. |
Frenchman,
un Français. |
| Fresco,
fraîcheur. |
Fresco,
fraîcheur. |
| Fréta,
frotter. |
to
Fret, frotter. |
| Gat,
un chat. |
Cat,
un chat. |
| Godo,
nonchalance. |
Goad
(gôd), aiguillon. |
| Hai,
terme employé pour presser le pas des chevaux. |
to
hie (haï), se presser, sehâter. | |
|
- 20 -
| Jouk,
perchoir des poules. |
to
Juke (djiouke), percher. |
| Keck,
bègue. |
to
Keck, (peu usité) faire des efforts pour vomir. |
| Leït,
couchette, lit. |
to
Lie (laï), être couché. |
| Maït,
davantage, plus. |
Might
(maït), pouvoir, force. |
| Maïré,
lie. |
Mire
(maïre), lie. |
| Neït,
nuit. |
Night
(naït), nuit. |
| Nouzé,
un noeud. |
Noose
(nouze), noeud coulant. |
| Panno,
poêle à frire. |
Pan,
poêle à frire. |
| Pasta,
pétrir. |
to
Paste (peste), pétrir. |
| Penteno,
filet pour prendre les lapins de garenne. |
Pent,
enfermé, serré. |
| Pickasso,
hache, cognée. |
te
Pick, percer et Axe, hache. |
| Préfaïthié,
mercenaire |
Prizefighter(praïzefaïteur),
qui se bat pour de l'argent. |
| Raït,
adv. à la bonne heure. |
Right
(raït), adv. à la bonne heure. |
| Raja,
couler. |
Rash,
éruption. |
| Raouba,
voler. |
to
Rob, voler. |
| Raspa,
limer, râper. |
to
Rasp, limer, râper. |
| Régna,
rendre un son |
to
Ring (rigne), rendre un son. |
| Rocko,
un rocher. |
Rock,
un rocher. |
| Rodo,
une roue. |
Roâd
(rôde), baie, rade. |
| Round,
rond, cercle. |
Round,
rond, cercle. |
| Rank,
qui boite. |
Shrank,
prétérit de to shrink, se raccourcir. |
| Scalféto,
chauffe-pieds. |
to
Scald, chauffer, feet, pieds | |
|
- 21 -
| Scaouda,
échauder. |
to
Scald (skauld), échauder. |
| Scoutos,
espion. |
Scout
(skaout), espion. |
| Scruma,
écumer. |
to
Scum, écumer. |
| Scura,
nettoyer. |
Sot
cour (skaour), nettoyer. |
| Seït,
assis. |
to
Sit, s'assoir. |
| Sembla,
ressembler à. |
to
Semble, ressembler à. |
| Senshorno,
sans intelligence. |
Sense,
intelligence et horn, privé de. |
| Shakad,
mis en pièces. |
to
Shake, tomber en pièces. |
| Shankad,
déhanché. |
Shanked,
qui à des jambes. |
| Shépad,
mal ajusté. |
to
Shape (chepe), ajuster. |
| Sigur,
sûr. |
Secure
(sikioure), sûr. |
| Sillo,
sourcils. |
to
Seel (sil), fermer les yeux. |
| Skaïsha,
écacher, déchirer. |
to
Squash (skouoch), écacher, écraser. |
| Spatarrad,
jeté à terre tout de son long. |
to
Spatter, éclabousser, couvrir de boue. |
| Spillo,
une épingle. |
Spill,
un petit morceau de bois. |
| Tasta,
goûter d'une liqueur. |
to
Taste, goûter d'une liqueur. |
| Trapa,
surprendre. |
to
Trap, surprendre. |
| Trounko,
tronc d'arbre. |
Trunk
(treugnk), tronc d'arbre. |
| Trullo,
amaigrie. |
Trull,
perdue de moeurs. |
| Up,
en haut. |
Up,
(eup), en haut. |
| Yé,
vraiment. |
Yea
(yé), oui, certainement | |
|
- 22 -
Cette parenté indiscutable entre les termes languedociens et
leurs correspondants Anglo-Saxons, démontre mieux que tous les raisonnements que
les Tectosages du midi Gaulois, émigrés au delà du Rhin, et les Anglo-Saxons
sont bien le même peuple, et elle conduit à cette conséquence absolue que la
langue Anglo-Saxonne est bien la langue parlée par la famille Cimmérienne.
L'explication d'une tradition soi-disant druidique rapportée par
César fait ressortir encore cette conséquence. " Les Gaulois, dit il, se
glorifient de descendre tous de pluton et ils assurent tenir cette croyance de
l'enseignement des Druides : c'est pourquoi ils comptent le temps, non par les
jours, mais par les nuits et ils sont attentifs à indiquer les jours de
naissances, les commencements de mois et d'années, de telle sorte que le jour
suive la nuit. " (1) César se trompe évidemment en disant que les Gaulois se
glorifiaient de descendre de pluton, dont les druides se souciaient aussi peu
que de Proserpine : les Cimmériens, enfants de Gomer, avaient apporté de
l'Orient cette coutume de compter les jours par le soir et le matin, et les
juifs l'ont conservée jusqu'à leur dispersion comme corps de nation :
_________
(1) lib. VI. 18, de bello gallico. |
|
- 23 -
l'origine de cette coutume nous est
dévoilée dans ces paroles de la Genèse : " et du soir et du matin se fit le
premier jour. " (1) Cependant, César ne se trompe pas en avançant que les
Gaulois comptaient le temps, non par les jours, mais par les nuits ; les
descendans des Tectosages disent encore fortnight (fortnaït)
quatorze nuits, pour exprimer le temps écoulé en deux semaines, et
se'nnight (sennit) sept nuits, pour compter les jours d'une seule
semaine.
V
Le Neimheid
L'identité de la langue celtique avec celle des Tectosages
devient tout à fait évidente par la décomposition des appellations données aux
diverses parties du sol Gaulois et surtout par la décomposition des noms de
tribus transmis par l'histoire ; ces noms renferment, en effet, en les
interprétant par la langue Anglo-Saxonne, des indications justes, précises et
confirmées par l'histoire.
Ces dénominations, qui affectent tout le pays celtique, ne sont
pas certainement l'oeuvre du peuple ; on ne pouvait point livrer, abandonner la
composition sérieuse, exacte et fidèle de ces _________
(1) Genèse. chap. I. v. 5. |
|
- 24 -
noms essentiels, à des caprices sans
nombre et sans fondement. Il y avait assurément un corps savant chargé de ce
soin ; et ce qui le rend manifeste, ce sont les appellations semblables imposées
à des pays placés aux deux extrémités de la Gaule. Pour en donner quelques
exemples assez frappants, pourquoi un Aleth existait-il anciennement dans la
tribu des Curiosolites, et un autre Aleth existe-t-il encore dans le Languedoc ?
Ou ces deux localités exerçaient la même industrie, ou encore elles possédaient
un sol bien ressemblant. Pourquoi la ville de Rennes en Bretagne et la station
Thermale de Rennes-les-Bains du département de l'aude portent-elles le même nom
? C'est évidemment à cause de la similitude qu'offraient les deux pays par leurs
ménirs et leurs pierres branlantes. Pourquoi encore la ville de Rennes, portant,
d'après Strabon, le nom de Condate, trouvait-on un autre Condate dans la tribu
des Allobroges, et un troisième chez les Santones, si ce n'est qu'on devait
enseigner dans ces villes les mêmes traditions ?
Cela ne démontre-t-il pas qu'un corps savant et fortement
constitué était chargé de donner à chaque cité et à toutes les parties du
terrains celtique des dominations, justifiées par la vérité et l'exactitude des
objets signifiés - |
|
- 25 -
" Selon les traditions irlandaises, dit
H.Martin, Gadhel ou Gaël, personnification de la race, est fils de Neimheidh.
Qu'est-ce que ce Neimheidh, cette mystérieuse figure qui plane sur nos origines
? L'histoire ne peut répondre. " (1)
Neimheidh n'est point le nom d'un chef Gaulois ; il signifie
celui qui est à la tête, commande, conduit et donne les dénominations, -
to name (néme), nommer, - to head
(hèd), être à la tête, conduire, - et il était matériellement impossible
à un seul homme de donner à tout le pays celtique les noms que portent les
cités, les tribus, les rivières et les moindres parcelles de terrain : c'était
là l'oeuvre d'un corps savant et le terme de neimheidh, appliqué à ce corps
d'élite composé des druides, présente une expression de vérité indéniable,
puisque les druide étaient à la fois prêtres, juges, chefs incontestés des
Gaulois et chargés de la transmission de toutes les sciences.
Les druides du Neimheidh savaient former excellemment les noms
propres d'hommes ou de lieux : ils employaient surtout les termes
monosyllabiques de leur langue et les plaçaient dans un agencement tel, que les
son de ces monosyl- _________
(1) Histoire de france, note 1 de la page 1. |
|
- 26 -
labes, accolés les uns aux autres, ne
pouvaient blesser l'oreille la plus délicate. La décomposition des mots celtique
désignant les villes et les tributs gauloises fera le jour le plus complet sur
la manière de faire de ces savants, ainsi que nous le verrons plus loin, lorsque
nous parlerons des Armoricains et des autres peuples de la Gaule. |
|
- 27 -
Chapitre II _____
Langue
Hébraique
I
Les noms divins
Désirant indiquer les rapports de ressemblance entre les langues
celtique et hébraïque, nous nous voyons exposé à des longueurs considérables et
néanmoins nécessaires. On nous les pardonnera ; les récits bibliques sont en
eux-mêmes d'un intérêt saisissant, et de nature à captiver l'attention la plus
rebelle. Les commencements de l'humanité y sont racontés avec une exactitude
admirable. L'historien sacré accomplit son oeuvre avec fidélité et sincérité :
il n'exagère point les faits généreux, il ne jette point de voile sur les
actions criminelles. Dans son langage concis et grave, les paroles divines
apparaissent plaines de grandeur et de majesté ; les faits humains s'y déroulent
avec la plus grande netteté, sans discours, sans digression, présentant des
traits |
|
- 28 -
sublimes qui ne sont point étudiés et
recherchés. Nous aurions vivement souhaité de les faire remarquer ; mais nous
avons dû nous borner simplement à signaler, dans notre essai d'interprétation,
la concordance parfaite des récits bibliques avec la signification renfermée
dans les noms propres des hommes dont ils retracent le caractère et la vie.
Une pensée qui se présente tout naturellement à l'esprit est
celle-ci : en supposant le langage des Tectosages comme étant la vraie langue
celtique, il semble indispensable que les expressions les plus pures de ce
langage se retrouvent abondantes dans les noms des chefs de cette famille dont
l'expansion a presque rempli l'univers. On fait remonter à Gomer, fils aîné de
Japheth, la paternité de la nation celtique et cimbrique ; il faudrait donc dans
la langue anglo-saxonne, que nous appellerons désormais la langue celtique, une
grande ressemblance avec l'hébreu, et dans les termes monosyllabiques des deux
langues, une certaine conformité, au moins pour une grande partie des mots qui
composent les noms propres, sinon pour la totalité de la langue. Cette pensée a
un fondement trop assuré pour que nous n'examinions pas si la langue celtique
pourra expliquer les noms des premiers hommes cités dans les livres de |
|
- 29 -
Moïse, et aussi dans quelques-uns des
autres livres des Hébreux.
Il est ici nécessaire d'observer que le séjour prolongé des
hébreux à babylone par suite de la captivité avait exercé une influence
désastreuse sur leur langage. Un nombre considérable d'expressions chaldéennes
s'étaient glissées dans la langue hébraïque et elle en devint grandement
défigurée. Après la captivité, Esdras, le docteur habile dans la loi de Moïse,
s'appliquant à instruire le peuple dans la loi du seigneur, changea les anciens
caractères de l'écriture hébraïque et leur substitua les caractères chaldéens,
afin de rendre la lecture de l'Ecriture Sainte plus facile aux juifs déjà
accoutumés à ces caractères. Il fut donc obligé non seulement de transcrire
l'Ecriture Sainte en caractères connus du peuple, mais encore de traduire
l'ancien langage purement hébraïque que la plupart des juifs ne comprenaient
plus, en la langue parlée en ce moment et composée d'un mélange d'hébreu et de
chaldéen. Ce qui démontre la nécessité absolue de cette tradition faite par
Esdras, c'est la difficulté insurmontable éprouvée par l'historien Josèphe,
lorsqu'il a cherché à interpréter les noms propres hébraïques par le langage
hébreu-chaldéen : aussi ont-ils résisté ordinairement à tous les efforts de sa
perspicacité |
|
- 30 -
Avant de faire l'essai de la langue
celtique sur ces noms d'hommes qui doivent, ce semble, renfermer l'histoire
abrégée du premier âge du monde, il est juste de s'arrêter en premier lieu sur
les noms différents données à Dieu, le créateur de l'univers.
Elohim est le nom, par lequel les hommes ont tout d'abord désigné
le Seigneur qui à créé la terre, et a daigné la bénir en la consacrant à sa
gloire. L'expression hébraïque Elohim, disent les rabbins, est mise au pluriel
par respect pour Dieu ; car au singulier on dirait Eloha. Les hébreux le font
dériver de el, fort et puissant et de ala, obliger, astreindre,
parce que Dieu s'oblige et s'astreint pour ainsi dire à faire servir sa
puissance à la conservation des choses créées. (1)
S'il nous est permis de parler avec franchise, nous dirons que la
langue celtique explique bien mieux le sens d'Elohim.
Lorsque Dieu eut créé l'homme et la femme à son image et
capables, en conséquence, de béatitude, de connaissance et d'amour surnaturel,
il les bénit, leur disant : " Croissez et multipliez vous et remplissez la
terre. " (2)
C'est donc la multiplication de la race humaine _________
(1) Cornelius a Lapide.
(2) Genèse, chap. I. 28. |
|
- 31 -
que Dieu voulu bénir et le terme Elohim
en langue celtique ne dit pas autre chose, - Hallow - heam, -
heam (him) représentant l'enfant qui n'a pas encore vu le jour,
tandis que le verbe to hallow (hallo) signifie bénir,
sanctifier : c'est l'Etre par excellence qui possède le droit de bénir et de
sanctifier toutes choses. Cette similitude de sens et d'expression ne nous
paraît pas devoir être négligée.
Dieu était encore connu sous le nom de Saddaï, qui exprimait
l'idée du créateur donnant la nourriture et l'abondance des choses nécessaires à
la vie corporelle par sa libéralité, car Saddaï signifie large et libéral.
(1)
En interprétant Saddaï par la langue celtique, nous trouvons que
les hommes sont rassasiés par un Dieu soucieux de ses créatures, - to
sate (séte), rassasier, - to eye (aï) avoir
l'oeil sur ...
Adonaï était encore une autre dénomination donnée par les hommes
au Tout-Puissant : c'est le Seigneur, le Dominus de l'Ecriture Sainte. Les
hébreux n'écrivant pas, par respect, le nom _________
(1) Cornelius a lapide. |
|
- 32 -
de Jehova, le remplaçaient ordinairement
par Adonaï. Il n'a pas suffi à la bonté divine de veiller par sa Providence à la
nourriture de ses créatures, elle leur à donné aussi le pouvoir de posséder,
suivant ces paroles de la Genèse : " Croissez et multipliez-vous, et dominez sur
les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tous les animaux qui se
meuvent sur la terre. " (1)
Le pouvoir de posséder accordé par Dieu aux hommes est renfermé
dans le terme Adonaï, inexplicable par la langue hébraïque, - to add,
ajouter, to own (ôn), posséder, - to eye (aï), avoir
l'oeil sur.
Jehova est le nom sacré, le vrai nom du seigneur, révélé par Dieu
lui-même à Moïse. Les hébreux ne l'écrivaient point ; il était cependant gravé
sur la lame d'or qui était attachée et retenue par un ruban d'hyacinthe à la
mitre du Grand Prêtre. Josèphe rapporte que lorsque Alexandre se présenta devant
le Grand Prêtre Jaddus revêtu en ce moment de tous ses ornement pontificaux, ce
conquérant de l'Asie se prosterna pour adorer celui dont le nom redouté était
gravé sur cette lame d'or brillant au-dessus du front du successeur d'Aaron.
D'après les traditions des Hébreux, Jehova _________
(1) Genèse, chap. I. 28. |
|
- 33 -
exprimait la trinité des personnes dans
l'unité divine. Mais où était la possibilité d'exprimer par le nom de Jehova la
trinité dans l'Unité ? Il fallait, pour atteindre ce but, que ce nom divin
renfermât dans sa composition les pronoms personnels de la langue parlée par
Moïse.
Le moi de la première personne, en hébreu, se traduit par
ani et anci et le nous par anu, nênu ; le
toi et le vous de la seconde personne par ate et atm
; le lui de la troisieme personne par eua.
Les pronoms personnels de la langue hébraïque ne se rapportent
donc pas aux quatre lettres i, he, u, i, qui forment
le nom saint de Jehova. Cependant l'i (iod) se trouve parmi les
pronoms affixes de la première personne, qui correspondent aux pronoms réfléchis
et pronoms adjectifs possessifs de la langue française.
Plaçons en regard des quatre lettres hébraïques i,
he, u, i, qui composent le nom divin révélé à Moïse, les
pronoms personnels de la langue celtique I, he, we,
ye, et nous pourrons être légitimement étonnés du résultat. Observons en
passant que l'alphabet hébreu ne possède pas d'y, tandis que cet y est dûment
renfermé dans l'alphabet celtique. Nous avons donc en réalité dans les pronoms
personnels celtiques les quatre lettres formant le nom divin, c'est-à-dire deux
|
|
- 34 -
i, un he et un we
qui remplace le ouau de la langue hébraïque.
Le premier i s'écrivant toujours par un I majuscule
représente le nominatif singulier de la première personne je ou
Moi et se prononce aï.
Le second i, ye qui se prononce yi,
correspond au nominatif pluriel de la seconde personne Vous ; le
thou ou Toi du singulier, n'exprimant qu'une familiarité peu
respectueuse, n'est point usité en Anglo-saxon, comme d'ailleurs, en Français,
dans le langage poli.
Le he, se prononçant hi, correspond au nominatif
singulier de la troisième personne, Lui. Quant au we dont la
prononciation est oui et qui remplace le ouau hébraïque, c'est le
nominatif pluriel de la première personne, Nous.
Dans ces quatre lettres se trouve donc la désignation des trois
personnes divines par Moi, Vous et Lui, tandis que le
Nous les rassemble, les unit pour en faire un être unique possédant une
substance, une nature, une essence communes aux trois personnes distinctes.
Ce Nous se retrouve plusieurs fois dans le récit de
l'histoire des hommes fait par Moïse, le serviteur fidèle, qui rapportait avec
intégrité les instructions divines adressées au peuple hébreu. Le premier
Nous apparaît à la création |
|
- 35 -
de l'homme : " Faisons, dit le Seigneur,
l'homme à notre image et à notre ressemblance. " (1)
Après la désobéissance et la chute d'Adam et d'Eve, le
Nous est encore retracé dans ces paroles empreintes d'une ironie
salutaire et vengeresse que Dieu leur adresse : " Voilà Adam devenu comme l'un
de Nous, sachant le bien et le mal. " (2) Une troisième fois le
Nous divin est accentué dans l'arrêt porté contre l'orgueil des hommes et
suivi de la dispersion complète de la famille humaine par la confusion du
langage primitif : " Venez donc, dit le Tout-Puissant, descendons en ce lieu, et
confondons-y tellement leur langage, qu'ils ne s'entendent plus les uns les
autres. " (3)
Nous avons écrit le nom de Jehova au moyen des lettres i, he,
u, i, quoique le texte hébraïque porte i, he, u, he. Cornelius
a Lapide relate à ce sujet la formule employée par les juifs quand on les force
à prêter serment ; afin de ne pas prononcer le nom divin et sacré, ils
s'expriment ainsi : " Je jure par i, he, u, i, et ces lettres ajoute le
même Cornelius, forment le vrai nom de Jéhova. La différence accusée par la
quatrième lettre paraît au premier abord fort _________
(1) Gen. chap. I. 26.
(2) Gen. chap. III. 22.
(3) Gen. c. XI. 7. |
|
- 36 -
importante, mais en l'examinant avec
soin, elle n'offre rien d'embarrassant ; car dans le pronom celtique ye,
vous, il y a en même temps un y et un e, et c'est là,
croyons-nous, le noeud d'une difficulté que la langue hébraïque moderne, réduite
à ses seules forces, ne saurait résoudre.
En dehors d'une transmission traditionnelle, depuis longtemps
interrompue, il devient à peu près impossible de reconstituer la prononciation
du nom de quatre lettres contenant le mystère de la Sainte Trinité. Du reste,
les juifs eux-mêmes ignorent de qu'elle manière Moïse et les prêtres juifs le
prononçaient devant le peuple assemblé pour les cérémonies religieuses.
La facilité avec laquelle les pronoms personnels de la langue
Anglo-Saxonne expliquent le nom divin de Jehova, nous amène à croire que les
Celtes étaient loin d'ignorer et ce nom et sa véritable signification, puisque
les relations de la Gaule avec l'Asie étaient incessantes par les émigrations
vers l'Occident de nouvelles peuplades celtiques.
L'année 1491 avant Jésus-Christ avait vu la révélation du nom de
Jehova faite à Moïse. Quarante années plus tard, à la suite de la conquête de la
Palestine faite par Josué dans l'espace de six ans, de 1451 à 1445 avant
Jésus-Christ, les brillants faits d'armes des Hé- |
|
- 37 -
breux avaient porté au loin leur
réputation guerrière et frappé d'étonnement les peuples asiatiques, qui
comprenaient bien la protection divine, dont la force invincible éclatait dans
les secours surnaturels prodigués aux descendans de Jacob. Les diverses
peuplades celtiques, dans leur marche lente et continue vers l'Europe, pouvaient
donc connaître, non seulement les exploits hébreux, mais encore leur
organisation en tribus et le nom de leur puissant protecteur, Jehova. On ne doit
pas être surpris que, possédant le sens de ce nom sacré, les Celtes aient
professé une vénération extrême pour le nombre trois, qui représentait à leur
esprit la Trinité sainte dans l'unité divine.
Le nom sous lequel les Celtes désignaient le peuple hébreu
affirme clairement leur connaissance certaine du nom de Jehova. Pour les enfants
de Gomer, un hébreu s'appelait jew (djiou) c'est-à-dire, un homme
devant lequel était prononcé le nom de quatre lettres, et qui se servait de ce
nom divin dans ses adorations et les hommages de sa prière. En réalité, les
enfants de Gomer avaient appliqué au peuple protégé le nom du protecteur, et il
nous paraît très vraisemblable que l'expression jew est bien le nom saint
de jehova contenant les quatre lettres révélées à Moïse. |
|
- 38 -
II
Les premiers hommes - Adam jusqu'a Noé
Après avoir tenté d'interpréter les noms divins par la langue
celtique, nous essaierons aussi cette même langue dans la décomposition des noms
propres d'hommes et de lieux.
La souche du genre humain, le premier être possédant une âme
raisonnable, unie à une substance corporelle, porte le nom d'Adam. Sous ce nom,
il faut entendre l'homme et la femme, " car Dieu les créa mâle et femelle ; il
les bénit et il leur donna le nom d'Adam au jour qu'ils furent créés. " (1) Ce
nom était donc commun à Adam et à Eve, et Dieu lui-même l'avait imposé. Les
hébraïsants veulent qu'Adam dérive de adama, terrestre, parce que Dieu
l'avait formé du limon de la terre.
Interprété par la langue celtique le terme Adam, composé de deux
mots, présente pour ainsi dire, un résumé de la création de nos premiers
parents. Parmi les êtres créés, Adam n'en avait point trouvé qui lui fût
semblable. " Et _________
(1) Bible de Carrières, Gen. c. v. 2. Nous donnons ordinairement
la traduction de l'Ecriture Sainte d'après cette bible, parce qu'elle est fort
exacte et très appréciée. Nous faisons ici cette remarque afin de n'avoir pas à
y revenir dans toutes nos citations. |
|
- 39 -
" le seigneur dit : il n'est pas bon que
l'homme soit seul ; faisons-lui une aide semblable à lui " (1) Dieu fit donc la
femme et l'amena à Adam. D'après l'écriture sainte, la femme était une créature
ajoutée à l'homme, semblable à lui et son aide pour la multiplication du genre
humain, c'est à dire, la mère ajoutée au père, et c'est là l'idée offerte par la
décomposition du nom d'Adam, - to add, ajouter, dam, la
mère.
L'Ecriture Sainte donne au premier des enfants d'Adam, le nom de
Caïn. A sa naissance, Eve, sa mère, s'écria : " je possède un homme par la grâce
de Dieu. "
Caïn, en hébreu, implique l'idée de possession, et il vient de la
racine Kana, posséder. Adam et Eve regardaient donc leur fils comme leur
bien et leur acquisition particulière ; au reste, la puissance du père sur son
enfant n'est-elle pas de droit naturel ? Eve a eu grandement raison d'appeler
son premier fils, Caïn, sa possession.
La langue celtique retient, non pas le verbe Kana,
posséder, mais le verbe Can, pouvoir. La signification du nom de Caïn
serait alors le pouvoir, la faculté de posséder un homme par la grâce de Dieu,
et cette différence n'est point _________
(1) Gen. C. II. 18. |
|
- 40 -
sensible dans la pensée qu'Eve a dû
attacher aux paroles prononcées par elle à la naissance de son fils.
Dans le texte hébraïque, Caïn est écrit Qin : en langue
Celtique to coin (coïn) se traduit par battre monnaie,
inventer. Ne serait-ce pas là le sens véritable de Caïn qui aurait imaginé,
inventé la valeur conventionnelle des monnaies ? L'amour trop vif de l'or et de
l'argent étouffe sûrement les sentiments généreux, et arme ordinairement du fer
meurtrier la main des assassins. Caïn avait cent seize ans lorsqu'il commit le
crime affreux qui le fit maudire. On peut croire avec juste raison que les
hommes étaient déjà nombreux, puisque Caïn répondant à la menace divine, disait
: " Quiconque donc me trouvera, me tuera. " La multiplication rapide du genre
humain a dû faire naître, dans l'esprit de Caïn, la pensée de remplacer les
échanges par une valeur conventionnelle attachée aux métaux précieux, or et
argent.
Abel est le second fils d'Adam et d'Eve, mais sa mère ne lui a
point donné ce nom. Josèphe le fait dériver du mot hébreu ebel deuil ;
car, par la mort d'Abel, le deuil a fait sa première apparition sur la terre.
Pour bien saisir le sens du mot Abel, tel que l'indique Josèphe, il ne faut
point perdre de vue une |
|
- 41 -
expression très fréquente dans les
livres saints désignant la mort et le tombeau ; c'est l'expression inferi, les
enfers, tandis que le lieu du supplice des réprouvés et des maudit est
l'infernus ; et c'est dans le premier sens que David, étant près de mourir,
recommanda à Salomon, son fils de punir Joab de se crimes : " Vous ferez,
dit-il, à son égard, selon votre sagesse ; et vous ne permettrez pas qu'après
avoir vieilli dans l'impunité de son crime, il descende en paix dans le tombeau
; et non deduces canitiem eju ad inferos. " (1)
Abel présente la première image de la mort par le crime affreux
de son frère aîné, - to ape (épe), imiter, présenter,
l'image de..., hell, enfers.-Le terme ebel ou épel serait
ainsi appliqué au second fils d'Adam seulement après le fratricide de Caïn, et
la désignation de leur fils par une telle expression a dû, pendant de longues
années, raviver dans l'âme de ses malheureux parents la douleur de sa perte.
Nous nous sommes attaché dans cette interprétation à suivre le
sens donné par Josèphe : toutefois, comme les premiers hommes étaient souvent
connus sous plusieurs noms présentant des significations différentes, nous
croyons pou- _________
(1) Troisième liv. des Rois, c. II. 6. |
|
- 42 -
voir expliquer d'une autre manière le
nom d'Abel, en conservant avec rigueur la prononciation donnée par l'Ecriture
Sainte.
Il est indubitable pour tout esprit sérieux qu'Adam avait reçu de
Dieu les communications les plus précieuses, non seulement sur les vérités
religieuses, mais encore sur les industries humaines nécessaires à l'état
social, et Adam transmettait à ses enfants et la science religieuse et en même
temps les principes des arts industriels. " Le monde disait Origène à Celse,
ayant été créé par la Providence, il faut nécessairement que le genre humain ait
été mis, dans les commencements, sous la tutelle de certains esprits supérieurs,
et qu'alors Dieu se soit manifesté aux hommes. C'est aussi ce que l'Ecriture
Sainte atteste... et il convenait, en effet, que dans l'enfance du monde,
l'espèce humaine reçut des secours extraordinaires, jusqu'à ce que l'invention
des arts l'eût mise en état de se défendre elle-même et de n'avoir plus besoin
de l'intervention divine. " (1)
Abel était pasteur ; il offrait à Dieu des sacrifices,
choisissant à cet effet les agneaux les plus beaux et les plus gras de son
troupeau, et le Seigneur regardait favorablement ses présents. (2)
_________
(1) Soirées de Saint-Petersbourg, 2e entretient, note VI
(2) Gen. c. IV. 2-4. |
|
- 43 -
L'Ecriture Sainte, en marquant avec soin
la profession pastorale d'Abel, semble indiquer la provenance de son nom. Abel
recueillait les belles toisons de son magnifique troupeau ; sa main filait la
laine soyeuse, et ces fils entrelacés, formant et la chaîne et la trame, lui
donnaient un excellent tissu dont il se pouvait vêtir, - abb, trame de
laine, - to ell, mesurer.
Un châtiment juste et sévère suivit de près le crime horrible de
Caïn. Le Seigneur avait dit au fratricide : " Vous serez fugitif et vagabond sur
la terre ", et le coupable avait répondu : " Vous me chassez aujourd'hui de
dessus la terre et j'irai me cacher de devant votre face, et je serai fugitif et
vagabond sur la terre. Donc quiconque me rencontrera, me tuera. " Le Seigneur
lui répondit : " Non, cela ne sera pas ainsi ; mais quiconque tuera Caïn sera
puni sept fois plus. " Et le Seigneur " mit un signe sur Caïn, afin que ceux qui
le trouveraient ne le Tuassent point. " Caïn, s'étant retiré de devant la face
du Seigneur, habita en fugitif sur la terre vers la région orientale d'Eden.
(1)
Le texte hébraïque, au lieu de ces paroles : Caïn habita en
fugitif sur la terre, porte : Caïn _________
(1) Gen. c. IV. 14-16. |
|
- 44 -
habita dans la terre Nod. Josèphe fait
de nod un nom propre de lieu, parce qu'il n'a pu arriver à découvrir le sens
exact de cette expression de la langue primitive. Le terme nod existe dans
l'anglo-saxon et il donne la connaissance du signe de la malédiction divine
attaché à Caïn ; to nod signifie, faire un signe de tête, saluer
en baissant la tête.
La note d'infamie, marquée sur la personne du fratricide, devait
donc consister en un mouvement nerveux et convulsif de la tête, obligeant Caïn à
la baisser honteusement devant tous ceux qu'il rencontrerait. D'après la
tradition, le signe de malédiction porté par Caïn était un tremblement continuel
du corps, tremblement révélateur de son forfait.
Abel, l'enfant pieux et pur fut remplacé par Seth, et Eve disait
: " Le Seigneur m'a donné un autre fils au lieu d'Abel que Caïn a tué. " (1) En
hébreu suth signifie mettre et placer : dans la langue des Tectosages, le
verbe to set retient le même sens de mettre et placer. Seth était
le remplaçant d'Abel et destiné à devenir le père des hommes fidèles à leur
Créateur.
Les tissus de laine fabriqués par Abel ne reparaissent plus dans
le nom des premiers hommes et cèdent la place à la mention des ouvrages de
_________
(1) Gen. c. IV. 25. |
|
- 45 -
fer et de bronze. Il ne faut pas
descendre fort longuement dans la généalogie des enfants d'Adam pour y
rencontrer la science des métaux, car Malaleel, - to mall frapper
avec un maillet, - to allay (allé) mélanger les métaux, -
to ell, mesurer, - était l'arrière petit-fils de Seth. Suivant la
chronologie ordinaire, lorsqu'à l'âge de soixante-dix ans Malaleel est devenu
père de Jared, les hommes habitaient le monde depuis seulement trois cent
quatre-vingt-quinze ans. Adam était encore au milieu de ses descendans pour les
aider de ses conseils et les initier aux travaux industriels. Parce que la
science des métaux est inscrite dans Malaleel, est-ce à dire que ceux qui
l'avaient précédé ignoraient l'usage du fer et les alliages de cuivre et d'étain
constituant le bronze ? Nous sommes bien loin de le croire ; Adam assistait aux
travaux de ses enfants, et sa présence indique suffisamment d'où venaient les
connaissances acquises et d'où partait l'impulsion donnée aux diverses
industries.
Il n'était pas possible d'écrire dans le nom d'un seul homme la
somme des sciences possédées à l'origine du monde et on les a gravées peu à peu
dans le nom des chefs de famille. Malaleel nous dénote les ouvrages de fer et de
bronze, et afin que les générations futures ne se méprennent pas et ne voient
pas en lui un artisan unique, il |
|
- 46 -
appelle son fils Jared, - to jar
(djar), tinter, cliqueter, - to head (hèd) être à la tête de,
commander, - prouvant ainsi qu'il était à la tête de nombreux ouvriers en
métaux.
Ces noms propres d'hommes, renfermant la mention des
connaissances matérielles des premiers temps du monde créé, indiquent ainsi que
la marche de la civilisation humaine n'a point été ascendante et que l'âge de
pierre et de bronze n'ont aucunement précédé l'âge de fer au berceau de
l'humanité.
Le petit-fils de Jared, Mathusalem dont la longévité a surpassé
celle des autres hommes, nous initie à une autre branche d'industrie : les lits
moelleux n'étaient guère alors en usage, te ces produits d'une civilisation trop
avancée étaient remplacés par des nattes sur lesquelles on prenait un repos
nécessaire dans sa demeure, - to mat, couvrir de nattes, -
to use (iouse) se servir de, - hall, salle,
maison.
Les enfants de Seth ne sont point seuls à dévoiler les secrets
des arts parmi les premiers hommes, et en parcourant la brève lignée des
descendans de Caïn, nous remarquons Tubalcaïn " qui fut habile en toutes sortes
d'ouvrages d'airain et de fer. " (1) Néanmoins cette habi- _________
(1) Gen. c. IV. 22. |
|
- 47 -
leté à travailler le fer et le bronze
n'est point écrite dans son nom ; elle y est remplacée par la mention d'une
autre connaissance, celle de l'art nautique.
Les hommes étaient en état de construire de bons vaisseaux et on
comprend ainsi comment ils ont prêté une médiocre attention à l'arche destinée à
Noé et faite suivant la forme et les dimensions données par Dieu lui-même.
Peut-être même ont-ils compté sur eux pour tenter de se soustraire aux effets
des menaces divines. Il y avait cependant une différence bien sensible entre la
construction de leurs vaisseaux et celle de l'arche dont disposerait Noé.
Celle-ci était un vrai navire ponté, protégé contre la pluie du ciel et les
grandes lames de la mer, tandis que les vaisseaux ordinaires, complètement
découverts, n'étaient point défendus contre les grandes pluies ni contre les
hautes lames. Le premier mot qui entre dans la composition du nom de Tubalcaïn
retrace la forme de ces premiers bâtiments, - tub, vaisseaux découvert,
cuve, baquet, - hall, maison, - to coin (coïn),
inventer. |
|
- 48 -
III
Noé et ses enfants
Les sciences possédées parles hommes les entraînèrent à la
révolte la plus audacieuse contre Dieu. Les crimes contre nature s'accumulèrent,
et, fatigué de cette obstination dans le mal, le Seigneur dit à Noé : " J'ai
résolu de faire périr tous les hommes : ils ont rempli toute la terre
d'iniquités, et je les exterminerai avec tout ce qui vit sur la terre. " (1)
Noé était juste, et ayant trouvé grâce devant Dieu, il était
devenu comme le confident de ses desseins vengeurs. Il construisit l'arche sur
l'ordre donné par le seigneur, et s'enfermant avec sa famille et les animaux qui
devaient être conservés sur la terre dans ce vaisseau placé sous la protection
divine, il fut sauvé du déluge dans lequel périrent tous les hommes criminels.
Noé proclame qu'il avait la connaissance du châtiment futur des hommes, de la
manière dont il serait infligé et aussi la connaissance de sa propre
conservation et de celle de sa famille, - to know (nô),
connaître, savoir, - how (haou), comment, de quelle manière.
_________
(1) Gen. c. VI. 13. |
|
- 49 -
Après la destruction violente du genre
humain par le déluge, Dieu bénit Noé et ses enfants et leur dit : " Croissez et
multipliez-vous et remplissez la terre. Noé avait donc trois fils qui sortirent
de l'arche, Sem, Cham et Japheth. Or cham est le père de Chanaan. Ce sont là les
trois fils de Noé ; et c'est d'eux qu'est sortie toute la race des hommes qui
sont sur la terre. " (1)
Le déluge et le salut miraculeux de Noé et de ses enfants étaient
des événements trop considérables dans l'histoire de l'humanité pour que le nom
d'un des fils de Noé n'en reproduisit point quelque trait essentiel. L'arche
ayant flotté sur l'eau pendant sept mois avant de toucher le sommet des
montagnes d'Arménie, Noé a voulu écrire ce souvenir intéressant dans le nom de
son fils aîné, Sem, - to swim (Souim) flotter sur
l'eau.
Le second de ses enfants, grossier et impudent, attira sur sa
postérité la malédiction paternelle par une faute lamentable demeurée à jamais
sa honte et son opprobre ; aussi son nom Cham - to shame, couvrir
de honte, - redit son acte infâme et la malédiction qui l'a suivi.
L'Ecriture Sainte dit fort clairement que de _________
(1) Gen. c. IX. I. 18. 19. |
|
- 50 -
Sem, Cham et japheth est sortie toute la
race des hommes qui sont sur la terre.
On a cru pouvoir abandonner ce point de départ tout à fait
historique pour s'attacher à un autre ordre d'idées, permettant de distinguer
les variétés humaines d'après la couleur de la peau et les degré de l'angle
facial. Il serait bien long d'énumérer toutes les classifications mises en
avant, et il nous paraît préférable de s'arrêter à la division de Cuvier
distinguant le variétés suivantes : 1° La blanche ou Caucasique ; 2° la Jaune ou
Mongolique ; 3° la Nègre ou Ethiopique.
" La variété blanche, Caucasienne, Arabe Européenne se reconnaît
principalement à la forme ovale de la tête, à la couleur de la peau plus ou
moins blanche, aux lèvres petites, aux traits réguliers. Son centre principal
serait en Europe et dans l'Asie Mineure, l'Arabie, la Perse et l'Inde jusqu'au
Gange, et l'Afrique jusques et y compris le Sahara. "
" La variété Jaune ou Mongolique se reconnaît à la face carrée,
aplatie, au nez plus enfoncé, aux yeux placés obliquement, à la peau olivâtre et
basanée. Elle aurait en quelque sorte son foyer sur le plateau de la grande
Tartarie et du Thibet. "
" La variété Nègre ou Ethiopique a le teint noir ou noirâtre, le
crâne déprimé, le nez épaté |
|
- 51 -
et les lèvres grosses. Elle couvre la
plus grande partie de l'Afrique et quelques îles de l'Océanie. " (1)
Nous ne rechercherons pas les inconvénients d'une classification
renfermant dans une même variété les Arabes, les Abyssins, les Egyptiens et les
nombreux rameaux celtiques ; il nous suffit de retrouver en Japheth, troisième
fils de Noé, la souche réelle et incontestable de la variété humaine la plus
blanche. Les enfants de Sem dont le type le mieux conservé est retracé dans les
Arabes, ont le teint plus ou moins basané, mais le trait particulier de la
famille se montre dans les yeux et les cheveux noirs. Ce ne peut être toutefois
qu'un caractère général ; et, parmi les Hébreux, descendans directs de Sem,
l'Ecriture Sainte constate une exception en la personne de David dont les
cheveux étaient roux.
Dans la famille de Japheth, à la peau blanche et aux cheveux
ordinairement peu foncés se joignent les yeux bleus ou quelque peu décolorés.
Cette couleur plus claire des yeux était tellement sensible dans le troisième
fils de Noé qu'il en a gardé le nom d'oeil décoloré ou Japheth, Iphth, dans le
texte hébraïque, - eye (aï) oeil, to fade
(féde) se décolorer. _________
(1) Géographie par Maltebrun. |
|
- 52 -
Gomer, fils aîné de Japheth, devait
présenter cette marque distinctive de l'oeil décoloré, puisqu'il en a été
proclamé le véritable héritier, - to come (keume) devenir,
- heir (ér) héritier. Il ne s'agissait point ici des faveurs
essentielles conférées par le droit d'aînesse et permettant à l'héritier
ordinaire, au fils aîné, d'offrir à Dieu les sacrifices, de commander à ses
frères et de conserver les biens paternels ; car ces droits appartenaient aux
aînés de toutes les familles. Ce terme d'héritier s'appliquait plutôt aux
qualités corporelles remarquées dans gomer et transmises à sa postérité formant
l'immense famille celtique.
Les hommes s'étaient fort multipliés après le déluge : " Il n'y
avait alors qu'une langue et une même manière de parler pour tous les hommes. "
Obligés qu'ils étaient de s'étendre par suite de leur rapide accroissement, ils
dirent : " Venez, faisons-nous une ville et une tour dont le sommet arrive
jusqu'au ciel : et rendons notre nom célèbre, avant de nous disperser sur la
terre. " (1)
Ils tenaient cet orgueilleux langage dans les plaines de Sennaar,
et ils se mirent à l'oeuvre, se servant de briques à la place de pierres et de
bitume en guise de ciment. _________
(1) Gen. c. XI. 4. |
|
- 53 -
Or le Seigneur fut irrité de ce travail
insensé ; et il dit : " Ils ne sont tous maintenant qu'un seul peuple et ils ont
un même langage : ils ont commencé cet ouvrage et n'abandonneront point leur
dessein qu'ils ne l'aient entièrement terminé. Venez donc, descendons en ce
lieu, et confondons-y leur langage, de telle sorte qu'ils ne s'entendent plus
les uns les autres.
" C'est de cette manière que le Seigneur les dispersa de ce lieu
dans tous les pays du monde, et qu'ils cessèrent de bâtir la ville.
" C'est aussi pour cette raison que cette ville fut appelée
Babel, parce que là fut confondu le langage de toute la terre : et le seigneur
les a dispersés ensuite dans toutes les parties du monde. " (1)
Babel, d'après les termes de l'Ecriture Sainte, porte en soi
l'idée de la confusion, et les Hébreux, en recherchant soigneusement Babel dans
leur langue, n'ont pu retrouver que balal, confusion, pour expliquer ce Babel
qu'ils ne possèdent plus. Mais balal est bien loin d'avoir la valeur du
verbe celtique to babble, babiller, jaser : babil incohérent,
confus, remplissant de honte les hommes qui n'entendent plus le langage qu'ils
comprenaient très bien la veille. _________
(1) Gen. c. XI. 6-9. |
|
- 54 -
La langue primitive est-elle disparue au
milieu de cette confusion ? Nous pouvons dire avec assurance, qu'elle est
demeurée en usage dans la bouche d'une partie des enfants de Sem et aussi d'une
partie des enfants de japheth ; et cette langue primitive est comme le point de
départ des autres langues parlées dans le monde, comme une source donnant
naissance à des ruisseaux sans nombre qui vont décrire au loin des méandres
capricieux. Ce langage s'est perpétué dans un état parfait parmi les hébreux
jusqu'à ce que le séjour du peuple de Dieu dans la Chaldée l'ait fait modifier
d'une manière très sensible.
Les enfants de Gomer l'ont-ils transmis intact, au moins dans ses
parties essentielles ? Nous essaierons de démontrer que l'intégrité de la langue
primitive s'est conservée dans la famille de Japheth plus sûrement que dans la
famille de Sem, peut-être à cause de la domination universelle promise par Dieu
à la postérité de Japheteh. Cette démonstration peut se faire en interprétant
par la langue celtique les noms propres des hommes les plus célèbres, conservés
dans l'histoire du peuple hébreu ; toutefois, il ne faut pas perdre de vue que
le nom propre d'un homme, après la confusion des langues comme au premier âge du
monde, retient ordinairement la mémoire d'une action remarquable de sa vie, |
|
- 55 -
ou bien le pouvoir d'une qualité, d'un
défaut corporels, et quelquefois aussi représente l'état des moeurs de
l'époque.
Nous avons vu par le récit de la Genèse les hommes abandonnant la
construction de ville et de la tour de Babel. Dans cette ville inachevée, le
farouche Nemrod, petit-fils de Cham, établit sa demeure et fonda le royaume de
babylone. Ce violent chasseur devant le Seigneur n'attaquait point les bêtes
fauves ; il était chasseur d'hommes, opprimant ses semblables, semant partout
l'épouvante et méritant bien le nom sous lequel il était connu, car Nemrod
signifie un épouvantail renommé, - name (néme) réputation, -
rawhead (râuhèd) épouvantail.
La dispersion des hommes est déterminée et fixée par Phaleg dont
la traduction, en hébreu, est division, " parce que la terre fut divisée de son
temps " entre les peuple parlant des langues différentes. (1) La langue des
Tectosages nous représente dans Phaleg, les hommes poussés à diminuer leur trop
grande concentration dans une seule contrée du monde, - to fall,
diminuer, - to egg, pousser, exciter.
Phaleg était le fils aîné d'Héber; les Hébreux sont les
descendans d'Héber et celui-ci _________
(1) Gen. c. X. 25. |
|
- 56 -
leur a laissé son nom, pour témoigner
que ses enfants possédaient par lui l'héritage des bénédictions divines promises
à Sem et à sa postérité directe, - Heber se décompose ainsi : to
ebb, descendre, - heir (ér) héritier.
IV
Abraham et les patriarches
Le grand Abraham appartenait à la lignée d'Heber et l'Ecriture
Sainte a soin de l'appeler Abram hébreu, accusant par là l'importance attachée à
ce titre. Abram, premier nom de ce patriarche, est le précis exact et fidèle des
ordres reçus de Dieu. Le Seigneur lui avait dit : " Sortez de votre pays, de
votre parenté et de la maison de votre père et venez en la terre que je vous
montrerai.
" Je ferai sortir de vous un grand peuple, je vous bénirai, je
rendrai votre nom célèbre et vous serez béni.
" Je bénirai ceux qui vous béniront, et je maudirai ceux qui vous
maudiront ; et tous les peuples de la terre seront bénis en vous. Abram |
|
- 57 -
sortit donc comme le Seigneur le lui
avait ordonné, et Loth le suivit. " (1)
Les hébraïsants traduisent Abram par le père illustre
ab-ram, et Abraham par le père illustre d'une multitude
ab-ram-a-mon. Cette explication paraît un peu obscure quoique déterminée
par un fait de tous points conforme à la vérité.
Abram, d'après les ordres divins, devait porter ses pas dans une
terre étrangère qui lui serait montrée par Dieu. Abandonnant le sol natal, sa
parenté et la maison de son père, il devenait en réalité un étranger pour les
habitants des pays qu'il traversait, il imitait le voyageur errant, allant çà et
là, en attendant que le lieu de son séjour fut fixé avec certitude, - to
ape (épe) imiter, to err, errer, aller çà et là,
ham, jambe - aperrham. L'expression arabe berrani, étranger
et le terme Kabyle aberrani, signifiant aussi étranger, viennent
confirmer cette interprétation du premier nom d'Abram.
Obéissant à la parole du Seigneur, Abram parcourut le pays de
Chanaan ; il dut le quitter bientôt à cause de la famine qui sévissait dans la
contrée : il se retira en Egypte, toujours protégé d'une manière visible, et,
après y être demeuré _________
(1) Gen. c. XII. 1-4. |
|
- 58 -
quelque temps, il revint dans le pays de
Chanaan, avec sa femme et tout ce qu'il possédait. Il était fort riche ; l'or et
l'argent abondaient dans sa tente. Lot accompagnait Abram, et lui aussi avait
des troupeaux de brebis et des troupeaux de boeufs.
Une querelle s'étant élevée entre les pasteurs de Lot et d'Abram,
celui-ci dit à son neveu : " Qu'il n'y ait point, je vous prie, de dispute entre
vous et moi, entre vos pasteurs et les miens, parce que nous sommes frères. Vous
avez devant vous toute la terre : retirez-vous, je vous prie, d'auprès de moi ;
si vous allez à la gauche, je prendrai la droite ; et si vous choisissez la
droite, j'irai à la gauche. " (1)
Cette circonstance de la vie d'Abram valut à son neveu le nom de
Lot - to lot, diviser en lots, en portions.-Lot choisit le pays
qui lui parut le plus fertile et vint s'établir dans Sodome.
Les habitants de cette ville et des cités voisines, livrés aux
excès de la débauche la plus éhontée, avaient irrité contre eux la justice
divine. Par un jugement d'une équité redoutable, le seigneur avait condamné à la
destruction par le feu et les habitants de Sodome et le sol lui-même qu'ils
avaient souillé - Sod, le sol, - to doom (doum)
juger, condamner. _________
(1) Gen. c. XIII. 1-9. |
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- 59 -
Cependant Lot était juste et Dieu ne
voulait pas l'envelopper dans la punition des coupables. Deux anges lui furent
envoyés pour l'entraîner hors de ce lieu maudit. Le récit des Livres Saints nous
donnera la raison pour laquelle la petite cité où Lot trouva refuge, a porté
dans la suite le nom de Segor.
" A la pointe du jour, les anges pressaient Lot de quitter la
ville en lui disant : levez-vous, emmenez votre femme et vos deux filles, de
crainte que vous ne périssiez vous-même dans la ruine de la cité.
" Voyant qu'il différait toujours, ils le prirent par la main et
emmenèrent aussi sa femme et ses deux filles, car le Seigneur voulait le sauver.
Ils le conduisirent ainsi hors de la ville et lui dirent : sauvez votre vie, ne
regardez point derrière vous et ne vous arrêtez point dans le pays alentour,
mais sauvez-vous sur la montagne, de peur que vous ne soyez enveloppé dans la
destruction.
" Lot leur répondit : Seigneur, puisque votre serviteur a trouvé
grâce devant vous, et que vous avez montré envers lui votre grande miséricorde
en sauvant ma vie, voyez, je vous prie, que je ne puis me sauver sur la
montagne, car le danger peut me surprendre auparavant et me faire périr. |
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- 60 -
" Mais il y a là, tout près, une ville
dans laquelle je puis me réfugier ; elle est petite et je m'y sauverai ; vous
savez qu'elle n'est pas grande ; et elle me sauvera la vie.
" L'ange lui répondit : j'accorde encore cette grâce à la prière
que vous me faites de ne pas détruire la ville pour laquelle vous me parlez.
Hâtez-vous et sauvez-vous parce que je ne pourrai rien faire jusqu'à ce que vous
y soyez entré. C'est pour cela qu'on a donné à cette ville le nom de Segor. Le
soleil s'élevait sur la terre, lorsque Lot entra dans Segor. " (1)
La pensée essentielle se dégageant de ce récit peut se traduire
ainsi : les anges pressaient Lot de quitter Sodome, car approchait l'heure fixée
pour le châtiment, et Lot, de son côté, alléguant sa faiblesse, cherchait à
retarder cette heure de l'expiation suprême. Il a fallu qu'un ange le prit par
la main, le forçant ainsi à le suivre, et alors Lot, voulant à tout prix sauver
une partie des habitants de la région, demanda à se réfugier dans la petite
ville nommée Segor : sa prière fut écoutée ; mais, dit encore l'ange, hâtez vous
!
Cette insistance de l'ange à répéter que l'heure était pressante
est parfaitement reproduite dans Ségor - to say (sé)
répéter, to egg, pousser, exciter, - hour (haour)
heure, moment. _________
(1) Gen. c. XIX |
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- 61 -
Lot
était en sûreté dans Segor, " et le Seigneur fit descendre du ciel une
pluie de souffre et de feu sur Sodome et Gomorrhe. (1) " Gomorrhe nous
dévoile la transformation de la belle vallée en un marais aux eaux
stagnantes to come (keume) devenir, - moor (mour)
un marais. Les eaux de ce lac semblent empoisonnées : elles ont une
telle densité que le corps humain ne peut s'y enfoncer complètement ;
leur amertume est extrême et le sel dont elles sont saturées les rend
pesantes à ce point que le vent le plus impétueux semble impuissant à
leur communiquer quelque mouvement. Les rives présentent une affreuse
aridité ; le regard n'y rencontre point le vert feuillage des arbres
pour s'y reposer. l'image de la désolation y est peinte partout ; la
malédiction divine est passée dans la vallée. "
Plusieurs voyageurs, entre autres Troïlo et d'Arvieux, disent avoir
remarqué des débris de murailles et de palais dans les eaux de la mer
Morte. Ce rapport semble confirmé par Maundrell et le père Nau. Les
anciens sont plu positifs à ce sujet ; Josèphe, qui se sert d'une
expression poétique, dit qu'on aperçoit au bord du lac les ombres des cités détruites. Strabon donne soixante stades de tour aux _________
(1) Gen. c. XIX. |
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- 62 -
"
ruines de Sodome. Tacite parle de ces débris : comme le lac s'élève ou
se retire selon les saisons, il peut cacher ou découvrir tour à tour
les squelettes des villes réprouvées. " (1) Quelques
années avant ces événements redoutables, Abram qui était sans
postérité, fut prié par Saraï d'épouser Agar sa servante, afin
d'accomplir les promesses divines. Mais Agar, peu reconnaissante,
commença à mépriser sa maîtresse : celle-ci indignée de son insolence,
se plaignit d'abord à Abram et châtia Agar avec tant de sévérité,
qu'elle la contraignit de prendre la fuite. Cet accident de la vie de
Saraï a produit ce premier nom - to say (sé), raconter, - row (raou) bruit, querelle, high (haï), violent. Agar, - to hag, tourmenter, harasser - to hare (hère),
courir çà et là, - se rendait en Egypte par la voie du désert lorsqu'un
ange lui apparut et lui ordonna de retourner à sa maîtresse et de
s'humilier sous sa main. Il ajouta : " Je multiplierai votre postérité
de telle sorte qu'elle sera innombrable... Vous enfanterez un fils ; et
vous l'appellerez Ismaël parce que le seigneur a entendu votre
affliction. " (2) _________
(1) Itinéraire de paris à jérusalem par le vicomte de châteaubriand. (2) Gen. c. XVI. 9-11. |
|
- 63 -
Ismaël
marque la fin des froissements produits enter Saraï et Agar ; la
servante a été délivrée des mauvais traitements par sa docilité à
s'humilier sous la main de sa maîtresse - to ease (ise) délivrer, to maule (mâule) froisser. En
annonçant la naissance d'Ismaël, l'ange du Seigneur avait dit à Agar :
" Ce sera un homme fier et sauvage : il lèvera la main contre tous et
tous lèveront la main contre lui ; et il dressera ses tentes vis-à-vis
de tous ses frères. " (1) C'est la peinture fidèle du caractère des
Arabes, descendans d'Ismaël. D'une nature fougueuse et ardente, aimant
avec passion la liberté et l'indépendance, ils ont toujours recherché
le pillage et les aventures. Leurs tentes de peaux de chèvres les
abritent à peine quelques instants et bientôt, dégageant des entraves
leurs chevaux toujours sellés, ils dévorent dans une course rapide les
sables brûlants du désert. Leur couverture de laine blanche jetée sur
leur tête comme un voile vient les désigner au loin aux regards
inquiets des voyageurs qui se hasardent à traverser leur pays aride et
sans arbres - to hare (hère), courir çà et là - abb, trame de laine. Durs à la fatigue, supportant facilement la faim et la soif, dédaignant le _________
(1) Gen. c. XVI. 12. |
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- 64
repos sur un lit moelleux, ils ont mériter le nom de bédouins sous lequel ils sont aussi connus - bed, lit, - to wean (ouin) priver de. Treize
ans s'étaient écoulés depuis la naissance d'Ismaël ; Dieu apparut à
Abram et lui dit : " Je suis le Dieu tout puissant, marchez en ma
présence et soyez parfait. " Je ferez alliance avec vous et je multiplierai votre race jusqu'à l'infini... "
Vous ne vous appellerez plus Abram, mais Abraham, parce que je vous ai
établi pour être le père d'une multitude de nations. " (1) Le
changement opéré par Dieu même dans le nom du grand patriarche porte en
entier sur la dernière syllabe d'Abram : c'est dans la composition
celtique de ce nom, ham, jambe, qui est transformée en heam (him) l'enfant qui n'a pas encore vue le jour, et cet heam renferme en lui-même l'assurance de la multiplication de sa famille. Ainsi, Abram, l'étranger est devenu Abraham - to ape, imiter, - to err, aller çà et là, - heam (him), l'enfant qui n'a pas encore vu le jour, - c'est à dire l'étranger à la nombreuse descendance. Cette interprétation par la langue celtique fait aisément comprendre pourquoi les Arabes appel- _________
(1) Gen. c. XVII. 1-5. |
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- 65 -
lent Ibrahim ce patriarche père d'Ismaël et souche de leur famille. Après
avoir prescrit à Abraham la circoncision comme signe de son alliance,
Dieu, renouvelant la promesse déjà faite d'une magnifique postérité,
lui dit : " Vous n'appellerez plus votre femme Saraï, mais Sara. Je la
bénirai et je vous donnerai d'elle un fils que je bénirai aussi. Il
sera le père de plusieurs nations, et des roi de peuples sortiront de
lui. " (1) Après cet ordre donné par Dieu à Abraham
d'appeler sa femme Sara, l'écriture Sainte la nomme désormais Sara,
qu'elle écrit Saré - to say (sé), dire, - to ray (ré)
rayonner. Ce rayonnement autour de Sara devait provenir de la belle
postérité annoncée par le seigneur. Abraham était alors âgé de cent ans
et Sara de quatre-vingt-dix. Le Saint patriarche était fort tourmenté à
la pensée que son âge et celui de sa femme seraient sans doute un bien
grand obstacle à l'accomplissement de la parole divine : il croyait
cependant à cette parole dans la persuasion intime que Dieu opérerait
pour lui un prodige. Pendant qu'il était livré à ces anxiétés, Dieu lui dit encore : " Sara votre femme vous donnera _________
(1) Gen. c. XVII. 15, 16. |
|
- 66 -
un
fils que vous nommerez Isaac. Je ferai un pacte avec lui et ses
descendans afin que mon alliance avec eux soit éternelle. " (1) "
Sara conçut et enfanta un fils en sa vieillesse, dans le temps que Dieu
lui avait prédit. Abraham donna le nom d'Isaac à son fils qui était né
de Sara. Et il le circoncit le huitième jour selon
le commandement qu'il en avait reçu de Dieu... Et Sara dit : Dieu m'a
donné de sourire de joie : quiconque le saura, prendra part à mon
sourire de bonheur. " (2) En hébreu-chaldéen, Isaac
dérive du verbe tsachak, sourire de satisfaction, être félicité, et le
sens est en rapport parfait avec le texte sacré. En examinant le terme
Isaac dans sa composition celtique, on y découvre l'assurance
infaillible de l'accomplissement des promesses divines, assurance qui
doit délivrer Abraham de tous les tourments d'esprit causés par la vue
d'une impossibilité naturelle - to ease (ise) délivrer, to hag, tourmenter. Isaac
hérita, non seulement des grandes richesses de son père, mais aussi de
sa foi et de son obéissance au seigneur. Avant leur naissance, ses deux
fils Esaü et Jacob, - to jog, _________
(1) Gen. c. XVII. 19. (2) Gen. c. XXI. 2-6. |
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- 67 -
pousser, remuer, - up (eup)
en haut, par-dessus, - s'entrechoquaient dans le sein de leur mère
Rebecca, et celle-ci effrayée, consulta le seigneur qui lui dit : "
Deux nations sont dans votre sein, deux peuples divisés l'un contre
l'autre en sortiront ; l'un de ces peuples surmontera l'autre peuple et
l'aîné sera assujetti au plus jeune. " (1) L'aîné des deux enfants
était velu et il fut nommé Esaü ; son frère fut appelé Jacob. Esaü portait aussi le nom de Seir - to say (sé) raconter - hair (hér)
poil - confirmant la remarque contenue dans les livres saints sur le
poil étrange dont son corps était couvert. L'appellation d'Esaü - to Haze (hèze) effrayer, - how (haou)
comment de quelle manière se rapporte à la fureur dont il fut saisi
lorsque son frère Jacob après lui avoir d'abord acheté son droit
d'aînesse, lui ravit la bénédiction paternelle. La haine d'Esaü devint
si violente que Jacob, plein d'effroi, se vit contraint de fuir la
maison paternelle et de se réfugier quelque temps chez Laban. C'est poussé, excité par l'insistance et les conseils de sa mère Rebecca - rape (rèpe) l'action de ravir, de transporter, - to egg, pousser, exciter - que Jacob avait consenti à se servir _________
(1) Gen. c. XXV. 23. |
|
- 68 -
de la ruse maternelle pour enlever la bénédiction destinée à son frère Esaü. Jacob passa quatorze années auprès de son oncle Laban - to lap, envelopper, entortiller, - to hand,
se saisir de - avant d'épouser Rachel. Ce temps avait été pour lui un
véritable temps de vexations douloureuses qu'il a voulu marquer dans le
nom de Rachel - to rack, harasser, tourmenter - to ail (él) causer de la douleur. Les
tourments multipliés subis dans la maison de Laban permettaient à Jacob
de dire avec vérité à lia et à Rachel : " Vous savez que j'ai servi
votre père de toutes mes forces. Il a même usé de tromperie envers moi,
et a changé dix fois ce que je devais avoir pour récompense : et
cependant Dieu ne lui a pas permis de me nuire. " (1) On
sait par qu'elle suite particulière d'événements Dieu conduisit en
Egypte le patriarche Jacob et ses nombreux enfants. Joseph, la joie de
sa mère Rachel et l'espoir de sa fécondité, (2) to joy (djoï) se réjouir, se féliciter, safe (séfe) sauf, hors péril - avait fait donner à ses frère la partie orientale de l'Egypte, et les _________
(1) Gen. c. XXXI. 6-7. (2) Gen. c. XXX. 23. 24. |
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- 69 -
Hébreux
s'étaient multipliés à tel point que le Pharaon qui gouverna plus tard
le pays, ignorant les immenses services rendus par Joseph à son
royaume, résolut d'arrêter par tous les moyens cette propagation,
inquiétante pour sa politique ombrageuse. Les mesures les plus iniques
furent décrétées contre les enfants mâles des hébreux qui venaient au
monde, et ordre fut donné de les jeter dans les eaux du Nil. Pendant
que les jeunes enfants étaient ainsi exterminés, les officiers publics
accablaient les hébreux sous le poids de travaux écrasants et rendaient
leur vie tout à fait amère. V
Moise et les Hébreux dans le désertMoïse
naquit au milieu de ces circonstances déplorables, et sa mère, après
l'avoir tenu caché durant trois mois, l'exposa sur le bord du fleuve où
Dieu, par une disposition miséricordieuse de sa providence, attira la
fille de Pharaon. Touchée de la beauté de l'enfant, " elle l'adopta
pour son fils et le nomma Moïse, parce que, disait-elle, je l'ai retiré
de l'eau. " (1) _________
(1) Exode, c. II. 10. |
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- 70 -
Le
nom de Moïse se refuse à une interprétation rigoureuse par
l'hébreu-chaldéen ; du reste, ce nom est une allusion à la position
particulière de l'enfant élevé à la cour de Pharaon et à l'action de la
fille du roi retirant cet enfant des bords du fleuve où il était
exposé. L'adoption de Moïse par la fille de Pharaon l'avait délivré des
travaux des champs et aussi de l'oppression effroyable sous laquelle
gémissaient ses frères. Il n'était plus, par conséquent, obligé de
moissonner, de transporter les fruits récoltés dans les granges
disposées à cet effet, et c'est là l'explication fort simple et très
claire du nom de Moïse par la langue celtique - to mow (mô), moissonner, faucher, to ease (ise), délivrer. - Josèphe fait remarquer que le nom de Moïse, le délivré des eaux, était de composition égyptienne, car dit-il, mo indique l'eau et ise
se traduit par délivrer. Il est bien probable que l'appellation
égyptienne donnée à Moïse par la fille de Pharaon signifiait qu'elle
l'avait sauvé des eaux du Nil, tandis que celle par laquelle les
Hébreux ses frères le connaissaient, se rapportait surtout à son
éducation à la cour du roi. Nous n'insisterons pas
sur les événement miraculeux par lesquels Dieu conduisit le peuple
Hébreu à travers le désert pour le mettre en possession de la terre de
Chanaan à l'heure |
|
- 71 -
voulus
par la providence ; nous nous contenterons d'ajouter quelques termes
qui sont une démonstration bien sensible du langage parlé à cette
époque par les descendans de Jacob. Engagé dans le désert, le peuple
après trois jours de marche dans cette aride contrée, parvint auprès
d'une fontaine dont les eaux étaient impropres à la boisson à cause de
leur mauvais goût, et il se prit à murmurer. Moïse se mit en prières et
le Seigneur lui montra un arbuste dont il jeta le bois dans les eaux et
elle devinrent fort douces. Les eaux de cette fontaine nommée Mara
n'étaient pas seulement amères ; elles étaient encore corrompues, et
cette altération repoussante est bien indiquée par le verbe celtique to mar, gâter. En
arrivant dans le désert de Sin peu éloigné du Sinaï, les hébreux ayant
consommé les provisions apportées d'Egypte, se livrèrent à de violents
murmures contre leur chef, et alors Moïse leur dit : " Ce soir, vous
saurez que c'est le seigneur qui vous a tirés de l'Egypte, et demain
matin vous verrez éclater la gloire du Seigneur... Moïse ajouta : le
Seigneur vous donnera ce soir de la chair à manger et, au matin, il
vous rassasiera de pains. " (1) _________
(1) Exod. c. XVI. 6-8. |
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- 72 -
Le
soir étant venu, un grand nombre de cailles couvrit le camp, et le
matin on vit paraître dans le désert quelque chose de grenu et comme
pilé au mortier, qui ressemblait à la gelée blanche dont se couvre le
sol pendant l'hiver. Ainsi le seigneur faisait éclater sa puissance aux
regards des hébreux et cet éclat de pouvoir divin a valu à cette partie du désert le nom de Sin - shine (shaïne),
éclat. - Le peuple, à la vue de cette nourriture extraordinaire
destinée à remplacer le pain, l'aliment essentiel, s'écria : " Man hu
? C'est-à-dire, qu'est-ce que cela ? Car ils ignoraient ce que c'était.
Moïse leur dit : " C'est là le pain que Dieu vous donne à manger. " (1) Les deux mots man hu sont tout à fait dignes d'être remarqué ; man, en celtique, signifie essentiel, important, main (mén), et hu correspond à l'adverbe celtique how (haou), comment de qu'elle manière. Les hébreux ont dû s'exprimer ainsi : " Est-ce donc là l'aliment principal, main how ? " Et ils appelèrent man
cette nourriture que Dieu leur distribua pendant tout le temps de leur
séjour au désert. Ils la nommèrent ainsi parce que c'était en vérité le
fondement essentiel de leur alimentation quotidienne, tenant _________
(1) Exod. c. XVI. 15. |
|
- 73 -
lieu
du blé qu'ils ne pouvaient point récolter dans leur voyage. Nous
insistons sur cette expression d'une manière spéciale, parce que
l'adjectif celtique main (mén) principal, essentiel, est entré dans la composition des mots ménir, dolmen,
désignant des monuments celtiques, des pierres levées, et elle devient
d'un secours précieux pour l'explication de ces expressions couvertes
jusqu'à ce moment d'un voile impénétrable. Moïse se
trouvait encore dans le désert de Sin quand Jethro son beau-père vint
lui ramener sa femme et ses enfants. Le nom de Jethro, prince et prêtre
de Madian, est intéressant ; il résume le conseil donné à Moïse pour
l'établissement de juges inférieurs destinés à rendre la justice au
peuple dans les affaires les plus aisées et les plus communes. Jethro
ayant vu Moïse assidu à rendre justice au peuple qui se présentait à
lui depuis le matin jusqu'au soir, lui dit : " Pourquoi agissez-vous
ainsi à l'égard du peuple ? Pourquoi êtes-vous seul assis pour le
juger, de telle sorte que tout ce peuple attend depuis le matin
jusqu'au soir ? Vous ne faites pas là une bonne chose. "
Vous vous fatiguez ainsi imprudemment, vous et votre peuple, par un
travail inutile : cette occupation surpasse vos forces et vous ne
pourrez la soutenir seul. |
|
- 74 -
"
Mais écoutez le conseil que j'ai à vous donner, et Dieu sera avec vous.
Soyez assidu au peuple pour les choses qui regardent Dieu... et pour
lui apprendre ce qu'il doit faire pour plaire au Seigneur. "
Choisissez parmi le peuple des hommes fermes et craignant Dieu, pleins
de vérité et ennemis de l'avarice, et donnez la conduite aux uns de
mille hommes, aux autres de cent, aux autres de cinquante, et aux
autres de dix. " Qu'ils réservent pour vous les
grandes affaires et qu'ils jugent seulement les plus petites : ainsi le
fardeau de la justice étant partagé avec d'autres, vous deviendra plus
léger. " (1) Moïse suivit ces avis dont la sagesse
était évidente et distribuant la lourde charge de rendre la justice, il
se trouva ainsi protégé contre une occupation tout à fait écrasante,
qu'il avait pensé pouvoir mener à bonne fin sans succomber. Le nom de Jethro reproduit avec exactitude le fond du judicieux conseil donné à l'inexpérience de Moïse - to Shade (chède), protéger, mettre à l'abri, - raw (râu) nouveau, sans expérience. Il ne faudrait pas s'étonner de voir Moïse tout nouveau dans le gouvernement du peuple hébreu, _________
(1) Exod. c. XVIII. 13-22. |
|
- 75 -
puisque Dieu lui avait imposé ce pénible fardeau depuis six semaines seulement. Quarante-huit
jours après la sortie d'Egypte, les hébreux atteignirent le Sinaï. Dans
ce lieu, le peuple reçut du Seigneur les préceptes religieux,
politiques et judiciaires qui le devaient régir. La loi y fut proclamée
au milieu des clartés fulgurantes, au bruit des éclats d'un tonnerre
incessant, et dans la splendeur immense d'une montagne en feu. Ce
brillant appareil dans la proclamation de la loi a fait donner à cette
montagne le nom de Sinaï - to Shine (Shaïne) briller, étinceler, éclater - to eye (aï)
regarder, avoir l'oeil sur.-Au sommet du Sinaï où Dieu l'avait appelé,
Moïse reçu l'ordre de construire le tabernacle et l'arche d'alliance,
et le seigneur désigna nommément à son serviteur les deux hommes qu'il
avait remplis d'intelligence, de sagesse et de science pour inventer
tout ce que l'art peut faire avec l'or, l'argent et l'airain.
L'interprétation de Bézeléel - bezel (bèzel), chaton d'une bague, - to lay (lé), mettre, projeter, - to ell, mesurer, - et celle de Ooliab, - wool (ououl) laine, - to eye (aï) avoir l'oeil sur, - abb, trame de laine, - nous apprennent que Bèzeléel dut faire en or battu les deux chérubins - share (shére) partage - up (eup) en haut - placés de chaque côté du propitiatoire, tandis |
|
- 76 -
que
Ooliab fut chargé d'exécuter les riches broderies des rideaux du
tabernacle et les vêtements destinés au ministère du Grand Prêtre. (1) Après
plus d'une année de séjour au pied du Sinaï, le peuple Hébreu, conduit
par la main divine, fut amené dans la grande solitude de Pharan - to fare (fère) passer, voyager, - to hand,
conduire par la main - où ses tentes demeurèrent dressées jusqu'à ce
qu'il reçut l'ordre de se diriger vers la terre promise pour en prendre
possession. Moïse y avait envoyé des explorateurs, et les hébreux
connaissaient le pays de Chanaan par leurs rapports Josué était au
nombre de ces explorateurs, et probablement aussi leur chef, puisqu'à
cette occasion Moïse changea le nom qu'il portait précédemment en celui
de Josué. La conduite de la nation fut, plus tard, confié à Josué,
lorsque Moïse, peu de temps avant de mourir, lui adressa ces paroles
devant tout le peuple assemblé : " Soyez ferme et courageux, car c'est
vous qui ferez entrer ce peuple dans la terre que Dieu a juré à leurs
pères de leur donner, et vous aussi qui la partagerez au sort. " (2) _________
(1) Exod. c. XXXI. (2) Deut. c. XXXI. 7. |
|
- 77 -
VI
Josué - Jésus sauveur - Goliath et DavidLa
mission de Josué était bien déterminée par ces paroles. Il était établi
chef de guerre des Hébreux, devait conquérir la terre de Chanaan et la
partager au sort entre les tribus, mais l'autorité qu'il recevait ne
devenait point héréditaire dans sa famille : il avait simplement à
remplir la fonction de lieutenant du Seigneur, et Dieu s'était réservé
d'une manière absolue le commandement de son peuple. Le gouvernement
direct de Dieu sur les Hébreux a duré depuis la sortie d'Egypte
jusqu'au jour où le peuple a demandé un roi possédant les mêmes droits
que les rois des nations voisines. Samuel, à qui le peuple s'était
adressé pour obtenir le gouvernement monarchique, reçut cette
proposition avec déplaisir et offrit sa prière à Dieu pour connaître sa
volonté, et le Seigneur lui dit : " Ecoutez la voix de ce peuple dans
tout ce qu'ils vous disent ; car ce n'est pas vous, mais c'est moi
qu'ils rejettent, afin que je ne règne point sur eux... mais
auparavant, faites-leur bien comprendre et déclarez-leur le droit du
roi qui leur commandera. " Samuel exposa aux Hébreux ce |
|
- 78 -
que
serait pour eux l'autorité royale qu'ils sollicitaient avec tant
d'insistance ; mais " le peuple se refusa à écouter ces explications :
Non, lui dirent-ils, nous voulons un roi qui nous gouverne. " (1) La
résistance de Samuel à l'insulte que le peuple adressait à Dieu par sa
demande, la réponse du Seigneur et l'obstination du peuple démontrent
avec évidence l'exercice direct de l'autorité divine sur les Hébreux.
Ce gouvernement théocratique est gravé dans le nom de Josué, ou
Iehosuah, comme porte le texte hébraïque. La première partie de ce nom
se compose des lettres, i, he, u, i, renfermés dans Jehova, et la deuxième partie comprend le verbe to sway (soué), gouverner, commander ; ces deux parties, dans leur réunion, produisent Iosoué, c'est-à-dire, gouvernement de Jehova. La
langue hébraïque-chaléenne est impuissante à traduire littéralement
Josué. La seule expression qu'elle ait pu avancer pour son
interprétation est iehoscua, sauveur, et elle est encore fort
loin de la composition exacte de Josué. Aussi la traduction hébraïque
de Josué par iehoscua, sauveur, a-t-elle fait supposer que le nom de
jésus, sauveur et rédempteur du genre _________
(1) Premier liv. Rois. c. VIII. |
|
- 79 -
humain,
devait dériver de la même racine ; car l'ange apparaissant à saint
Joseph lui adressa ces paroles : " Joseph fils de David, ne craignez
point de prendre avec vous Marie votre épouse, car ce qui est né en
elle, est l'ouvrage du Saint-Esprit : et elle enfantera un fils à qui
vous donnerez le nom de Jésus : en effet, il sauvera lui-même son
peuple en le délivrant de ses péchés. " (1) Le sens
de sauveur et libérateur doit donc être renfermé dans le nom du
Seigneur Jésus, d'après l'explication de l'ange, et l'expression de ce
sens est parfaitement rendue par les deux verbes celtiques to ease (ise), délivrer, to sway (soué) commander, gouverner, qui correspondent parfaitement aux caractères hébraïques reproduits dans issâ,
Jésus, et constituent une notable différence entre le nom de Josué et
celui de Jésus. La langue arabe confirme cette différence entre les
deux noms ; on sait que les Arabes traduisent, Jésus fils de Marie, par
Aïssa ben Mariam. Ces interprétations si
faciles des noms hébreux par la langue des Tectosages nous prouvent que
ce dernier langage était bien celui des premiers temps. Pour terminer
la preuve et la _________
(1) Saint Math. c. I. 21. |
|
- 80 -
rendre, pour ainsi dire, tangible, nous pouvons tenter encore de décomposer les deux noms de Goliath et David. Personne
n'ignore les incidents du combat singulier entre Goliath et David. Il
est cependant nécessaire de rappeler certains détails qui expliquent
parfaitement le nom donné par les Hébreux au géant philistin. L'armée
des philistins et les soldats de Saül étaient en présence lorsque
Goliath se plaçant devant les bataillons d'Israël leur criait : "
Pourquoi venez-vous livrer bataille ? Ne suis-je pas Philistin, et vous
serviteurs de Saül ? choisissez un homme parmi vous, et qu'il vienne se
battre seul à seul. S'il peut me combattre et me
frapper, nous serons vos esclaves ; mais si je suis moi-même vainqueur
et que je le tue, vous serez nos esclaves et vous servirez. " Et
le Philistin disait : " J'ai défié aujourd'hui tous les bataillons
d'Israël et je leur ai dit : Donnez moi un homme, et qu'il vienne se
battre contre moi. Cependant ce Philistin se présentait au combat le matin et le soir, et il agit ainsi durant quarante jours. " (1) _________
(1) Premier liv. des Rois. c. XVII. 8-16. |
|
- 81 -
Le
but la fin du combat proposé par le philistin était l'assujettissement
du vaincu au vainqueur ; en regardant la stature du géant, les Hébreux
furent saisis d'effroi, et l'audacieux Philistin put jeter quarante
fois son défi aux plus valeureux des soldats de Saül, sans que personne
osât le relever, - goal (gol), but, fin, to eye (aï) voir, regarder, - to add, additionner. - Cependant
un beau jeune homme, indigné de ces outrages, s'armant seulement d'une
fronde et d'un bâton, s'offrit à vaincre Goliath au nom du Seigneur des
armées. Le géant s'avança d'un air méprisant ; mais " David se hâta et
courut au combat. Il mit la main dans sa panetière, il en prit une
pierre, la lança avec sa fronde - davit (dévit) moulinet
- et en frappa le Philistin au front. La pierre s'enfonça dans le front
du Philistin, et il tomba le visage contre terre, (1) - to dive (daïve), - s'enfoncer, - to hit, frapper. " Ces
exemples nous paraissent devoir suffire pour offrir un appui solide à
cette assertion que la langue celtique et en réalité la langue
primitive, et nous ne poursuivrons pas plus loin ce commencement
d'études étymologiques sur la postérité de Sem. _________
(1) 1er Liv. des Rois. c. XVII. 48, 49. |
|
- 82 -
Chapitre III _____
Langue Punique
I
Afrique - Phuth - Numides et mauresParmi
les descendans de Cham nous retiendrons seulement Phuth, son troisième
fils, que les commentateurs de l'Ecriture Sainte pensent être la souche
des premiers habitants du nord de l'Afrique. Le continent africain
présente un contraste des plus frappants. Dans les partie traversées
par des cours d'eau considérables, la chaleur s'unissant à l'humidité
du sol produit dans les arbres et les plantes une végétation d'une
vigueur et d'une puissance admirables, mais dans les régions où les
rivières ont un faibles volume d'eau, la fraîcheur et la fertilité
dispa- |
|
- 83 -
raissent
sous l'action d'un soleil ardent, et le désert apparaît avec son
effrayante aridité. Dans le plus étendu de ces désert, le Sahara, des
plaines immenses de sable brûlant se déroulent aux regards. Les dangers
y sont extrêmes, car au souffle impétueux du simoun, les sables agités
roulent comme les vagues d'une mer furieuse. Malheur aux voyageurs que
le simoun, dans sa course rapide, rencontre engagés dans ces parages
funeste ! Le sable soulevé les environne, les saisit, les ensevelit
sous le poids de ses masses amoncelées - afer (éfeur) vent du sud-ouest, rick (rik) un monceau. Quoiqu'il
paraisse indispensable, en parlant de l'Afrique, de s'occuper des
Egyptiens, cependant nous laisserons de côté et leurs monuments et la
longue liste de leurs rois. Le labyrinthe égyptien et Mesraïm, premier
roi du pays, nous arrêterons à peine un instant. Mesraïm, second fils
de Cham, nous offre une preuve de la sûreté et de la véracité des
affirmations qui sont une base scientifique inébranlable. Mesraïm est
célèbre comme premier roi d'Egypte : il mérite néanmoins d'être
autrement signalé à cause d'une fantaisie architecturale léguée par lui
aux siècles |
|
- 84 -
futurs et dont ceux-ci, dans leur ingratitude, ont oublié l'auteur. Les
anciens avaient bâti en différentes contrées certains monuments appelés
labyrinthes, et les plus renommés étaient celui de Crète attribué à
Dédale, et celui d'Egypte, dont le savant architecte était demeuré
inconnu. Hérodote fait du labyrinthe égyptien l'oeuvre de douze rois,
tandis que Pline pense que Tithoès seul doit en revendiquer la gloire.
D'après la description faite par Hérodote de cet édifice, douze palais
étaient enfermés dans une seule enceinte. Quinze cents appartements,
mêlés de terrasses, étaient disposés autour de douze salles
principales, et les communications étaient ménagées de telle sorte, que
ceux qui s'engageaient dans le palais étaient impuissants à en
retrouver la sortie. Il y avait encore quinze cents appartements
souterrains. Cette construction était-elle un monument consacré au
soleil, comme Pline semble le croire, ou bien était-elle destinée à la
sépulture des rois ? N'était-ce pas plutôt un caprice, une fantaisie
d'un architecte habile dont les hommes avaient perdu le souvenir ?
Mesraïm seul peut nous mettre sur la voie et nous montrer l'issue de ce
labyrinthe d'hypothèses, en avouant qu'il est bien l'auteur de cet
édifice étrange, formé de longues rangées d'appartements, et dû à une
fan- |
|
- 85 -
taisie, à un caprice de son esprit - maze (mèze) labyrinthe, ou bien encore to maze (mèze) égarer, embarrasser, - row (rô) rangée file, - whim (houim), caprice, fantaisie. Si
Mesraïm livre son secret sans difficulté, il n'en est pas de même de
Phuth, troisième fils de Cham. Ce nom bizarre ne présente en lui-même,
dans sa forme monosyllabique, aucun sens dont l'esprit puisse se
déclarer satisfait. Il doit être divisé en deux syllabes, et alors il
offre une signification raisonnable se rapportant fidèlement au
caractère et aux vêtements des peuplades Libyes et Gaetules dont Puth
est le père. Ennemis déclarés des Egyptiens, dont
ils différaient d'une manière fort sensible, les Libyes et les Gaetules
menaient la vie nomade, errant à travers les prairies - lea (li), prairie, - by (baï), à travers, - et se faisaient remarquer par la forme particulière de leurs manteaux, - to get (guet) avoir, - hull,
une couverture extérieure, un manteau. - Le signe distinctif du manteau
des Gaetules consistait dans le capuchon, et le burnous algérien nous
paraît être une partie traditionnelle des vêtements portés par Puth et
ses descendans. Les Gaetules nous ont seuls permis, par la vue de leurs
manteaux à capuchon, de saisir la composition du nom de Puth leur aïeul
- foe (fô) ennemi, - to hood (houd), mettre un capuchon. |
|
- 86 -
Dans
son écrit sur la guerre soutenue par Jugurtha contre les Romains,
Salluste donne sur les premiers habitants du nord de l'Afrique certains
détails fort intéressants. D'après cet auteur, l'Afrique aurait été
d'abord occupée par les Gaetules et les Libyes. Ils étaient, dit-il,
d'une nature rude et intraitable, se nourrissaient des fruits spontanés
du sol et de la chair des bêtes fauves. Les lois, les chefs, la
civilisation leur étaient inconnus ; errant de çà de là, ils
s'arrêtaient dans le lieu où la nuit venait les surprendre. Mais,
continue Salluste, après la mort d'Hercule, arrivée en Espagne suivant
la croyance des Africains, son armée composée de divers peuples et
privée de son chef, se répandit de tous côtés. Les mèdes, les Perses et
les Arméniens qui faisaient partie de son armée, traversèrent la mer
sur des vaisseaux et s'emparèrent du littoral de notre mer. Les Perses
se dirigèrent surtout du côté de l'Océan : ne trouvant point dans les
champs les matériaux nécessaires à la construction de leurs maisons,
ils se servirent des carènes renversées de leurs vaisseaux en guise
d'habitation. Ils se mêlèrent peu à peu aux Gaetules par des alliances,
et comme ils changeaient souvent de lieu suivant la fertilité des
campagnes qu'ils rencontraient, ils se donnèrent à eux mêmes le nom de
Numides. Au reste, |
|
- 87 -
les
constructions des Numides de la campagne, oblongues et couvertes de
briques arquées (tuiles à canal) sont appelées par eux mapalia. Les
libyes s'allièrent avec les Mèdes et les Arméniens : ils occupaient la
contrée baignée par la mer africaine, tandis que les Gaetules vivaient
plus au loin dans les terres, dans le pays brûlé par un ardent soleil.
Les libyes possédèrent des villes de bonne heure, et, séparés de
l'Espagne par un simple détroit, ils y faisaient des échanges. Peu à
peu les Libyes altérèrent leur nom et s'appelèrent, dans leur langue
barbare, Maures au lieu de Mèdes. Les affaires des
Perse étaient bientôt devenues prospères ; et peu après, s'éloignant de
leurs pères à cause de leur nombre trop considérable, ils occupèrent,
sous le nom de Numides, le pays situé autour de Carthage et que l'on a
nommé la Numidie. Subjuguant peu à peu leurs voisins, ils se firent un
nom plein de gloire ; car les Gaetules étaient plus guerriers que les
libyes : enfin, la partie inférieure de l'Afrique tomba sous la
domination des Numides, et tous ceux qu'ils avaient vaincus, se
joignirent à eux et prirent leur nom. Tous ces
renseignements donnés par Salluste sont fort précieux et répandent
quelque lumière sur les origines de ces africains, mais nous |
|
- 88 -
sommes
surpris qu'il les prive gratuitement de lois, de chefs et de
civilisation. Ils pouvaient bien ne pas avoir de lois écrites ;
cependant il est difficile de leur refuser des traditions formant
certainement la base de leur législation. On ne voit guère, d'ailleurs,
quelle notable différence s'est introduite dans la vie de ces peuples
depuis qu'ils habitent la terre africaine. Toujours couvert de leurs
manteaux à capuchon, sans cesse à la recherche de prairies nouvelles
pouvant fournir à leurs troupeaux une abondante nourriture, conservant
à travers les siècles leurs habitudes nomades, nous les retrouvons
encore, à peu de chose près, tels que Salluste les décrit. Les maisons
construites que l'auteur latin désigne par mapalia - to map, tracer, - hall,
habitation, - n'ont pu faire renoncer la plus grande partie de la
population à parcourir en tout sens le pays pour conduire les troupeaux
dans des prairies nouvelles et plus fraîches - new (niou) nouveau, - mead (mid) prairie. Les
Numides étaient possesseurs de magnifiques chevaux, et on sait avec
quels soins minutieux les Africains les élèvent afin de leur
communiquer toute l'énergie nerveuse et l'ardeur qu'ils désirent voir
en eux. Néanmoins, malgré la vigueur de ces excellentes bêtes, les
Numides étaient impuissants à traverser les immenses |
|
- 89 -
désert
de l'Afrique ; le chameau seul était propre à parcourir ces vastes
solitudes, à cause de son extrême sobriété et de la disposition
singulière de son estomac qui renferme un poche remplie d'eau, (1)
constituant un admirable réserve qui lui permet de passer plusieurs
jours sans boire, les chameaux sont fort nombreux dans l'Ouest africain
et les Maures les regardent avec raison comme la richesse principale
d'une famille. Les anciens libyes et Gaetules connaissaient fort bien
la raison de la sobriété du chameau et de la facilité avec laquelle il
voyage de longs jours, sans s'arrêter à une source afin d'apaiser la
soif ; aussi l'employaient-ils de préférence au cheval pour s'aventurer
au milieu des déserts. Cet emploi ordinaire du chameau dans les
voyages, et la connaissance certaine de la poche pleine d'eau contenue
dans l'estomac de cet utile animal sont la cause du nom de Maures,
donné aux Libyes mêlés d'Arméniens et de Mèdes de l'Ouest de l'Afrique,
- maw (mâu) panse, jabot, - to wear (ouér), employer, avoir sur soi pour l'usage.-L'expression maw (mâu) désigne bien le chameau, puisque dans la langue des Tectosages, une étoffe faite de poil de chameau s'appelle mohair. Salluste, adoptant la croyance des africains, fait mourir Hercule en Espagne, et prétend que ses guer- _________
(1) Daubenton. Cuvier. |
|
- 90 - riers
abandonnant l'Ibérie passèrent sur la terre d'Afrique. Pour nous, nous
tâcherons de nous appuyer sur certains faits racontés par la
mythologie, et malgré ses accès de démence, elle laissera échapper
quelque lueur sur ce point historique. La Mauritanie était pour elle le
jardin des Hespérides renfermant les arbres aux pommes d'or. Un dragon
à cent têtes était préposé à leur garde, et, les yeux sans cesse
ouverts sur les fruits précieux, il poussait d'horribles sifflements.
Hercule avait promis à Eurysthée, roi de Mycènes, de lui apporter les
pommes d'or du jardin des Hespérides. Il se transporta dans la
Mauritanie, au milieu des Atlantides, tua le dragon et, s'emparant des
pommes d'or, il revint triomphant les offrir à Eurysthée. En
changeant le nom du héros de cette histoire, le récit de Salluste
apparaît tout éclairé par la lumière de la fidèle vérité. La nation
Gauloise est ici représentée par Hercule, et la mythologie elle-même
nous livre le fil conducteur, en disant que Galatès, guerrier renommé
pour ses exploits et ses vertus, et aussi roi des Gaulois, était fils
d'Hercule. Elle nous insinue donc qu'hercule, c'est-à-dire l'héroïque
famille gauloise, semblable à une marée montante et envahissante, après
avoir inondé l'Europe, a atteint le coeur de l'Espagne, et y a vu son
flot démesuré expirer |
|
- 91 - par
la longue et opiniâtre résistance des Ibères. Une partie seulement de
l'immense armée a traversé la mer et s'est emparée des magnifiques
vallons situés au pied de l'Atlas, où croissent en abondance les
orangers et les citronniers portant leurs splendides pommes d'or. Les
Atlantides, Libyes et Gaetules ont vécu avec les conquérants et sont
devenus les Maures et les puissants Numides dont la cavalerie était si
redoutée des Romains. II
Les généraux de Carthage - Le rois NumidesLes
Numides virent plus tard une colonie de Phéniciens aborder sur leurs
côtes et y fonder des établissements. La ville de Carthage y fut bâtie,
888 ans avant Jésus-Christ, par Didon, princesse tyrienne. Adonnée au
commerce, Carthage s'enrichit, s'accrut avec rapidité et étendit ses
possessions sur le littoral africain et sur les côtes de l'Espagne,
attrayante surtout par ses mines d'or et d'argent. Devenue guerrière
par l'obligation qui s'imposait à elle de soutenir son commerce, elle
levait des armées composées de soldats mercenaires auxquels elle ne
pouvait |
|
- 92 - guère
se fier. Les Numides, les Ibères, les Gaulois y abondaient, mais ces
guerriers d'emprunt restaient seulement à son service, lorsqu'un habile
général savait les mener à une victoire et à un pillage. Une bataille
perdue mettait en fureur ces soldats étrangers, et ils massacraient les
généraux malheureux qui n'avaient pas su conduire leur impétueux élan.
Cette nécessité de vaincre renferme peut-être en elle-même tout le
secret de l'habileté des brillant et intrépides généraux Carthaginois. Les
Phéniciens, fondateurs de Carthage, parlaient la langue cananéenne, et
ce langage, malgré de nombreuses dissemblances devait accuser une
étroite parenté avec celui des Numides. Mais est-ce bien à la langue
des Carthaginois qu'il faut attribuer le nom de punique, et ce nom
n'appartiendrait-il pas plutôt à celle des Numides et des Maures ? Nous
croyons que la langue Numide peut aisément le revendiquer, et, en
examinant de près le langage actuel des Kabyles, on s'assurera qu'il
est fait de jeux de mots et par conséquent le seul punique - to pun (peun) faire des jeux de mots. Cette
assertion ne paraîtra pas sans fondement, si nous comparons les noms
des plus illustres généraux Carthaginois cités par l'histoire avec ceux
des rois Numides, et on pourra sentir dans les noms |
|
- 93 - propres
Carthaginois une certaine résistance à l'interprétation, tandis que les
noms propres numides cèderont très volontiers les monosyllabes qui les
forment. Amilcar, père du célèbre Annibal, avait
donné en Sicile contre les Romains des preuves incontestables
d'habileté militaire. Poursuivant avec une ardeur opiniâtre la
prospérité et l'extension de l'empire Carthaginois - to aim (ém), diriger - weal (ouil), prospérité, - to care (kère),
se mettre en peine de, - il soumit le littoral de l'Afrique jusqu'au
Grand Océan, et en passant en Espagne, il s'empara de la côte
occidentale de ce pays. Il avait, sur ses instances réitérées, amené
avec lui le jeune Annibal, pour l'initier à la direction d'une armée et
à la science guerrière. Amilcar avait aussi avec lui, dit Cornélius
Nepos, un beau jeune homme, Hasdrubal, qu'on lui reprochait d'aimer
beaucoup plus qu'il n'aurait fallu. De là il advint, que l'inquisiteur
des moeurs lui défendit de garder Hasdrubal dans sa maison. Amilcar
prit alors le parti de donner sa fille en mariage à ce jeune homme ; il
était dans leur moeurs, qu'on ne pouvait défendre à un gendre d'habiter
avec son beau-père. Nous rapportons ce fait, ajoute Cornélius Nepos,
parce que, après la mort d'Amilcar tué dans un combat, Hasdrubal devint
le |
|
- 94 - chef de l'armée. Annibal ne prit le commandement qu'après la mort d'Hastrubal assassiné par l'esclave d'un chef Lusitanien. Le
fait raconté par Cornélius Nepos donne l'intelligence de la formation
du nom d'Hastrubal. Pressé qu'il était par l'inquisiteur des moeurs,
Amilcar voulant faire cesser des bruits fâcheux et désirant toutefois
garder Hastrubal avec lui, se hâta de lui donner sa fille en mariage - to haste (heste), se hâter, - row (raou) bruit, - to pall (pâul), abattre, affaiblir. La
présence d'Hastrubal dans la maison de son père et son élévation à la
tête de l'armée après la mort d'Amilcar durent être pour Annibal une
source d'ennuis ; en effet, soumis au commandement se son beau-frère,
l'essor de son génie militaire se trouvait continuellement comprimé.
Aussi l'avait-on appelé avec raison Annibal, c'est-à-dire, ennuyé de
mener la vie insipide d'un officier subalterne, - to annoy (annoï), ennuyer, - to pall (pâul) devenir insipide. Nous
n'avons pas à rapporter les exploits de ce grand capitaine ; ils sont
assez connus et ne sont point d'ailleurs utiles à notre dessein. La
difficulté d'interprétation présentée par ces noms propres de généraux
Carthaginois n'existe plus dans ceux des rois Numides et les
expressions celtiques s'y déroulent avec la plus grande facilité. |
|
- 95 - Après
la guerre punique, Carthage avait tout perdu, son empire, ses
richesses, son commerce : il lui restait à peine la vie, que
Massinissa, chef de la Numidie et allié des Romains, cherchait à lui
enlever. Ce numide, qui a vécu un siècle, se tenait encore nuit et jour
à cheval, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, harcelant les malheureux
Carthaginois sans trève ni merci. Cavalier indomptable, Massinissa ne
connaissait point le repos dans une maison ou dans les hôtelleries dont
il faisait profession de se moquer, - mass, amas - to inn, loger dans une auberge, - to hiss, se moquer. " Après les victoires remportées sur les Carthaginois et la prise des Syphax - to see (si), penser, - to face (fèce)
affronter, braver, - dont l'empire s'étendait au loin dans l'Afrique,
le peuple romain donna au roi Massinissa toutes les villes et terres
qu'il avait prises de sa main. " (1) Le vieux
Numide demeura toujours l'allié fidèle des Romains et laissa son
royaume à son fils Micipsa ; ses deux autres fils, Mastanabal et
Gulussa, avaient été enlevés par la maladie. Salluste garde le silence
sur leur vie, se contentant de les nommer et établissant seule- _________
(1) Salluste, bell. jug. |
|
- 96 - ment
que Mastanabal était père de Jugurtha. Mastanabal ne possédait pas sans
doute la sauvage énergie de son père Massinissa, puisque son nom le
déclare épouvanté de devenir le chef d'une nation si considérable, -
mass, amas, assemblée, - thane (théne) chef, - to appal, effrayer.- Quant à Gulussa, son nom dénotait clairement ses habitudes de tromperie - to gull (gueull) tromper, duper, to use (iouse) habituer, se servir de -. Macipsa,
devenu chef des numides ne se fit connaître que par la faiblesse de son
caractère, laissant perdre et manquant toutes les occasions favorables
pour agrandir encore l'immense territoire légué par son père, - to miss, manquer, perdre, - to heap (hip) entasser, - to say (sé), dire, raconter-. Ce
prince avait adopté son neveu Jugurtha et l'avait fait entrer en
partage du royaume avec ses deux fils Adherbal et Hiempasl. Chéri des
Romains à cause des qualité guerrières dont il avait fait preuve au
siège de Numance, où Micipsa l'avait envoyé avec l'espoir secret de l'y
voir périr, admiré comme le plus ardent chasseur de lions et le plus
hardi cavalier de toute l'Afrique, Jugurtha était dévoré de l'ambition
de posséder seul la Numidie. Comptant sur la vénalité des Romains, il
fit d'abord assassiner |
|
- 97 - Hiempsal - to eye (aï) examiner, - to aim (ém) diriger, - sale (séle), vente, marché, - le plus jeune de ses rivaux. Adherbal
le gênait encore ; car le sénat avait partagé la Numidie entre lui et
Adherbal. Jugurtha ajoute un autre crime, assiège, malgré l'opposition
des Romains, Adherbal, dans une ville où il s'était réfugié, s'empare
de ce dernier héritier de Micipsa et le fait périr dans les tourments,
- to add, ajouter, - heir (hér), héritier, - to pall (pâul), abattre -. Jugurtha
s'est donc élevé, par deux crimes affreux, jusqu'au trône de Numidie,
et il était bien juste que son nom le rapportât aux générations futures
- to juke (djiouke), s'élever, - to hurt (heurt), nuire, faire tort - Livré aux Romains par la trahison de Bocchus - to balk (Bâuk), tromper - son beau-père, roi de Mauritanie - maw (mâu) panse, - to wear (ouér) porter, avoir sur soi pour l'usage, - to hit, frapper, - hand, main, - Jugurtha fut jeté dans un sombre cachot où on le fit périr par les tortures de la faim. Après
la conquête de la Numidie par les Romains, des collèges furent établies
dans les grandes villes africaines pour l'étude des lettres latines et
grecques : néanmoins, la langue punique ne cessa point d'être parlée
dans son intégrité ; et |
|
- 98 - ce
qui le prouve, c'est le nom punique donné vers la fin du quatrième
siècle après Jésus-Christ, au plus grand génie que l'Afrique ait
produit, Saint Augustin. A peine âgé de vingt-huit ans, possédant
toutes les connaissances humaines enseignées à cette époque, il
professait avec éclat la rhétorique à Carthage et quelques années après
à Milan où il fut baptisé par saint Abroise en 387. Intelligence
élevée, avide de toute science et surtout de vérité, esprit subtil et
pénétrant, ayant une parole entraînante et un raisonnement d'une
logique inébranlable, saint Augustin méritait certainement le nom
d'Aigle des assemblées, qu'on lui a donné avec justice et bonheur - hawk (hâuk), faucon, - hustings (heusstings), salle d'assemblée. III
Langue KabyleIl
est admis dans l'histoire que les Carthaginois se distinguaient des
autres peuples par la finesse et la ruse. Mis au service de leur
commerce, cet esprit de ruse avait produit une noire fourberie, et ce
dernier vice était si bien connu que, pour exprimer la plus insigne
mauvaise foi, on disait une foi punique ou carthaginoise. Cependant la |
|
- 99 - mauvaise
foi n'appartenait point aux seuls Carthaginois et Gulussa, fils de
Massinissa, nous a suffisamment édifiés sur la tromperie habituelle de
ses moeurs et aussi de celles des Numides. Les
Kabyles sont les descendans incontestés des Numides et sous une
dénomination affectant une forme différente, les moeurs chicanières de
ce peuple se montrent au grand jour s'accusant de la formation du nom
de Kabyle - to cavil, chicaner.- Les Maures, relativement à la chicane, n'ont rien à envier aux habitants de la Grande Kabylie du Sud de l'Atlas. Les
uns et les autres ne manquent aucune occasion de prouver combien sont
grandes leur mauvaise foi et leur perfidie. Les Kabyles des montagnes
algériennes méritent plutôt le nom de Berbers, qui leur est, du reste,
attribué avec raison. D'une sobriété étonnante, quelques figues sèches
et un peu de pain suffisent à leur alimentation, et leurs habitations,
d'un dénûment extrême, marquent dans les moeurs de ce peuple l'habitude
de la pauvreté et l'énergie à supporter la privation de tout bien-être
- to bear (bér) supporter, - to bare (bére) dépouiller. Les Berbers montrent une grande honnêteté dans leurs relations. Elle provient sans |
|
- 100 - doute
de ce que, pendant plusieurs siècles, le christianisme a été florissant
dans leur pays ; et cette cause est plus que suffisante pour que les
moeurs d'un peuple accusent le changement profond opéré par la pratique
exacte des préceptes évangéliques. Malgré le despotisme musulman qui
les a saturés de mahométisme, les Berbers n'ont point perdu le souvenir
de la religion chrétienne, et ils montrent avec orgueil la croix
tatouée qu'ils portent sur leur main ou sur leur bras. Les traditions
tiennent une grande place dans les moeurs des Kabiles algériens ; ce
trait de ressemblance avec la famille celtique témoigne hautement de la
vérité des assertions de Salluste. On peut voir fleurir encore au
milieu d'eux la constitution qui régissait autrefois la Gaule et telle
que César la décrite. " On a dit plusieurs fois, dit le général Daumas dans son écrit La kabylie,
que la Kabilie était la Suisse de l'Algérie. Si cette comparaison est
juste au point de vue topographique, elle ne l'est pas moins au point
de vue de la constitution politique. Considérée dans son ensemble, la
Kabylie est une agglomération de tribus qui se gouvernent elles mêmes,
d'après des principes que la tradition et l'usage ont introduits dans
les moeurs. |
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